VIRAGE
Un homme et son jardin
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Il n’y a rien de commun entre Séraphin Poudrier et François Marcil, si ce n’est que leur histoire se love au creux des montagnes majestueuses des Laurentides. Si le premier est un avaricieux obsédé par l’argent, le second est un philanthrope devenu millionnaire sans jamais l’avoir cherché, qui depuis dix ans ouvre les clôtures de son magnifique jardin privé pour une bonne cause : l’Alzheimer.

Couvrant sept acres autour de sa charmante maison parfaitement harmonisée avec le décor, le Jardin de François flirte à plusieurs endroits avec la rivière à Simon, qui le borde. D’imposants massifs monochromes, 500 lilas, une vingtaine de sculptures de plusieurs artistes, des ponts et même une splendide maison dans les arbres que M. Marcil a bâtie pour ses huit petits-enfants constituent la signature de ce jardin privé classé parmi les 10 plus beaux du genre dans la province.

Ici et là, des myosotis (en anglais forget-me-not), fleur emblématique de l’Alzheimer, rappellent la mission du jardin : amasser des fonds pour la Société Alzheimer des Laurentides. En 2019 seulement,  plus de 1 000 visiteurs ont foulé le Jardin de François et les dons ont dépassé 40 000 $.

« Je le fais pour redonner à la communauté et parce que ce serait bien triste de ne pas partager avec d’autres un si grand jardin », dit le fondateur et ex-pdg des 17 centres de rénovations Marcil, aujourd’hui président d’Immobilier Marcil.

Parfum de passion

S’il emploie trois jardiniers à temps plein, François Marcil ne compte pas ses propres heures à jouer de la bêche ou du marteau, de la naissance du printemps à l’agonie de l’automne. Tout l’été y passe, pour ainsi dire.

« Partir d’une idée et la mener à bien, comme le pont de l’amour tout en cèdre, orné d’ouvertures en cœur, ça représente beaucoup d’ouvrage », raconte-t-il.

Il guide aussi plusieurs groupes durant la belle saison. Les visiteurs réalisent que cet homme d’affaires-philanthrope-jardinier-guide, bien qu’autodidacte, s’y connaît en horticulture et aime chacune de ses plantations, chacun des recoins de son jardin, d’où émane un parfum à dominante de passion.

Le jardinage durable a par ailleurs germé en lui graduellement au fil des ans. C’est ainsi qu’il a dit adieu à ses chers rosiers hybrides de thé, dont la vue avait pourtant causé chez lui un déclic horticole lors d’un séjour dans le Maine. Raison : ces beautés nécessitaient quantités de fongicides et insecticides. Depuis, chaque fois que des massifs sont réaménagés ou ajoutés, M. Marcil choisit des végétaux qui résistent bien chez lui.

« Je travaille présentement sur un jardin dont la thématique oscillera entre sensualité et romantisme », annonce celui qui, à 72 ans, a l’intention de continuer à parfaire son œuvre tant qu’il aura la santé. Il conseille aux amants du jardinage de ne pas tarder à venir visiter son jardin, puisque la relève se fait rare et qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Il sait de quoi il parle, ayant cru y passer à l’âge de 65 ans des suites d’un cancer de la gorge.

Un bouquet de causes

Élevé dans le don de soi et le partage, François Marcil a fait ses premières armes en philanthropie quelques années avant de créer son jardin éponyme. On l’avait alors ciblé  comme président d’honneur du Garde-manger des Pays-d’en-Haut. C’est ainsi qu’il a organisé son 1er souper-bénéfice, qui a rapporté 15 000 $. Avec les années, les montants amassés ont vite grimpé, de sorte que plusieurs autres organismes profitent aujourd’hui des talents de ce rassembleur qui gère sa philanthropie comme une entreprise. En 14 ans, il a versé plus de un million de dollars à des bonnes causes dans sa communauté.

Riche, François Marcil est particulièrement fier de ce million-là, de loin le plus significatif.

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Côté jardin

  • Calendrier des visites en 2020 (sous réserve su feu vert du gouvernement) : les mercredis, du 17 juin au 12 août et les samedis, du 20 juin au 15 août, à 9 h 15. Les sentiers et la formule des visites ont été adaptés au contexte de la pandémie. Durée de la visite : 2 h. Réservation obligatoire. Valider les dates au jardinfrancois.com
  • Pour réserver : don direct de 25 $ auprès de la Société Alzheimer des Laurentides, 1 800 978-7881.

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Ce que… m’a appris

Le jardinage : « J’ai découvert et exploité des talents que je ne me connaissais pas. J’ai tout créé dans mon jardin, sans l’aide d’architectes et sans formation horticole. Mes seules sources d’inspiration ont été les magazines et les visites de jardins. »

Vieillir : « Je ne me sens pas vieux mais en même temps, je réalise que je suis chanceux d’être vieux. Toute ma vie, j’ai accepté ce que la vie m’a apporté, dont le fait de vieillir, la seule justice sur Terre. »

La maladie : « J’ai réalisé qu’il faut toujours vivre comme si on allait mourir demain. Et qu’il ne faut pas perdre de temps à se stresser inutilement. »

L’argent : « Si l’on travaille pour l’argent, on est malheureux alors que si l’on est passionné par son travail, on est heureux. Pour ma part, j’ai été en affaires pour le plaisir de relever des défis et non pour faire de l’argent. »

La philanthropie : « Une petite implication en entraînant une autre, on peut réellement faire une différence dans sa communauté. »

 

Photo : Jardin de François