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Proches aidants, attention à l’usure de compassion

Proches aidants, attention à l’usure de compassion

Par Madeleine Fortier, formatrice et auteure du livre Usure de compassion : jusqu’où aller sans se brûler ?
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« Il y a quatre types de gens dans ce monde : ceux qui ont été aidants, ceux qui sont aidants, ceux qui seront aidants et ceux qui auront besoin d’un aidant », a dit en 2003 Rosalynn Carter, ex-première dame des États-Unis. Petit guide pour éviter l’usure de compassion, cette menace qui plane au-dessus des proches aidants.

L’usure de compassion est une profonde érosion émotionnelle et physique qui prend place lorsque les proches aidants ne sont plus capables de se régénérer et de se ressourcer. On l’appelle parfois le « burn-out de l’aidant ». Elle peut toucher tous ceux qui aident les autres et qui sont tellement engagés qu’ils s’oublient au point de s’épuiser : proches aidants, bénévoles, intervenants, et finalement toutes les personnes empathiques pour qui la compassion est naturelle et essentielle.

À quoi porter attention ?

Comme le mot « usure » le laisse entrevoir, il s’agit d’un phénomène qui peut entraîner des changements lents et profonds souvent difficiles à discerner. Pour cette raison, il faut porter attention à ses propres signaux d’alarme et développer de la vigilance, pour soi-même comme pour les autres.

Un des signaux d’alarme les plus fréquents est lorsque l’empathie se transforme en sympathie : on prend sur soi la souffrance des autres, on fusionne avec cette souffrance jusqu’à devenir incapable de prendre du recul.

Cependant, les symptômes ne sont pas les mêmes pour tous. Il est donc important d’être à l’affût de ses propres signaux d’alarme, par exemple en faisant de l’auto-observation : changements d’humeur, de comportement, variation dans les émotions, apparition de malaises physiques ou psychologiques en lien avec le rôle de proche aidant.

Voici quelques-uns des symptômes qui ont été mentionnés le plus fréquemment par les participants à mes ateliers sur l’usure de compassion :

  • Fort sentiment d’impuissance
  • Émotions diverses et souvent contradictoires
  • Culpabilité
  • Stress
  • Colère
  • Sentiment d’isolement et d’incompréhension
  • Grande fatigue physique et mentale
  • Problèmes de sommeil et problèmes alimentaires

Quelles sont les causes possibles ?

Diverses raisons peuvent fragiliser les personnes aidantes et les amener à glisser vers une surcharge émotionnelle, propice à l’apparition de l’usure de compassion. Par exemple, le syndrome du sauveur, le manque d’équilibre entre les diverses sphères de la vie, des difficultés personnelles ou professionnelles, la réticence à demander de l’aide, l’hyper-responsabilité, l’absence de réseau social, une mauvaise ambiance de travail et des attentes de rendement irréalistes.

Comment se protéger ?

Ici encore, les moyens de se protéger varient selon les personnes. Néanmoins, nous avons pu dégager quatre grands axes :

  • Apprendre à se connaître et à s’apprécier; développer de la bienveillance pour soi-même, conserver son identité propre.
  • Reconnaître et respecter ses limites.
  • Aller chercher de l’aide, s’entourer de personnes positives, parler de ses émotions à des gens de confiance.
  • Prendre soin de soi, prendre du temps pour soi, faire des activités plaisantes, bien s’alimenter et se reposer, garder son sens de l’humour.

Un plan d’action

Une des façons les plus concrètes de se protéger de l’usure de compassion, c’est de dresser un plan d’action. En effet, une fois qu’on a appris à reconnaître les signaux d’alarme et les causes potentielles, il devient plus facile de choisir une à trois actions qu’on aimerait poser dans un but préventif.

Ces actions doivent être concrètes, réalistes, plaisantes et situées dans le temps. Par exemple : « À partir de lundi prochain, je vais commencer à faire 15 minutes d’exercice par jour. Je vais aussi demander à Michèle qu’elle m’encourage à le faire. »

Prendre soin de soi

« Prendre soin de soi n’est pas quelque chose que nous réussissons à faire une fois pour toutes et pour laquelle nous recevons un diplôme que nous pouvons placer au mur », avertit Françoise Mathieu dans son livre The Compassion Fatigue Workbook (Routledge, 2012).

Il est donc nécessaire de demeurer vigilant. Toutefois, prendre soin de soi devrait devenir aussi naturel et essentiel que prendre soin des autres. Car pour prendre soin des autres, on doit d’abord être en mesure de prendre soin de soi !

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« L’usure de compassion est une profonde érosion émotionnelle et physique parfois appelée « burn-out de l’aidant » »