VIRAGE
Partager ses médicaments ? Mauvaise idée !

Partager ses médicaments ? Mauvaise idée !

Par Alexandre Chagnon, pharmacien hospitalier et fondateur de questionpourunpharmacien.com
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Cette situation arrive très souvent : un de vos proches possède un médicament prescrit dans le passé pour des symptômes que vous ressentez, vous, maintenant. Dans un tel contexte, il est très tentant de demander à cette personne de vous fournir son médicament afin d’éviter de consulter un professionnel de la santé. Mauvaise idée !

En effet, au moment de prescrire un médicament, tous les professionnels de la santé comparent l’ensemble des médicaments disponibles pour un problème de santé donné et choisissent le plus approprié pour la personne qui les consulte. Autrement dit, pour un même problème de santé, il y a plusieurs solutions possibles.

Ainsi, il est très probable que votre proche se soit fait prescrire un médicament différent (ou à dose différente) que ce qu’un professionnel choisirait pour vous, même si vos symptômes sont identiques.

 

L’exemple des migraines

Pour le soulagement des migraines, le professionnel de la santé peut choisir entre les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les médicaments de la famille des triptans (dans laquelle se trouvent huit médicaments) et les dérivés de l’ergot. Autrement dit, en fonction de la gravité des symptômes du patient, de ses antécédents, des autres médicaments qu’il prend (si applicable), il choisira le bon médicament parmi plus de 15 possibilités.

Et si le patient fait plus de cinq à six migraines par année ou que ses migraines durent très longtemps ou qu’elles sont très incommodantes, il pourra prescrire une combinaison de médicaments, incorporant même parfois un médicament habituellement prescrit en dépression ou en cardiologie.

 

L’exemple de l’insomnie

Pour le soulagement de l’insomnie, le professionnel de la santé peut choisir parmi les médicaments de la classe des hypnotiques, des médicaments de la « famille Z », des produits naturels (p. ex. valériane, mélatonine, etc.), certains médicaments traditionnellement utilisés comme antipsychotiques ou comme antidépresseurs et, depuis peu, parmi des applications mobiles pour téléphones intelligents ayant démontré une efficacité au niveau de l’insomnie par la réalisation d’activités inspirées de la thérapie cognitivo-comportementale. Au total, le professionnel de la santé identifiera la meilleure solution parmi plus de 25 possibilités.

Son choix sera grandement influencé par la présence d’anxiété ou d’autres problèmes de santé chez la personne devant lui et des caractéristiques propres au patient (poids, âge, etc.). De plus, on doit parfois couper la dose en deux chez certains patients pour éviter le risque d’accident au petit matin suivant la prise du médicament.

Vous croyez toujours que le médicament de votre proche convient pour vous ? En tant que pharmacien ayant œuvré pendant de nombreuses années à l’urgence d’un hôpital, je peux vous garantir qu’il n’en est rien !

En effet, j’ai eu l’occasion d’y rencontrer plusieurs patients qui avaient pris les médicaments d’un proche, ce qui a causé des symptômes d’intoxication, des effets secondaires et même des hospitalisations.

Morale de l’histoire : mieux vaut prendre des médicaments prescrits pour vous !