VIRAGE
Mon journal du coronavirus
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Dans l’article « Tranche de vie : maison à vendre ! » paru dans Virage, je racontais qu’après avoir vendu ma maison, j’avais emménagé dans une résidence privée pour aînés. Mais voilà que le coronavirus s’invite dans mon quotidien. Journal d’une aînée en confinement.

Dès janvier, des affiches avaient été apposées à la résidence où j’habite, située dans un environnement calme bordant la rivière des Prairies. Aux casiers postaux et sur les panneaux d’ascenseurs, à la salle à manger ainsi qu’à l’entrée du vaste salon communautaire, elles nous incitaient à nous laver les mains et à utiliser les désinfectants pour les mains disponibles aux endroits les plus passants.

Dans les médias, on s’inquiétait déjà en février des « populations fragiles et vulnérables », sans trop préciser de qui on parlait. Pour ma part, à cette époque, j’y voyais un appel à la prudence destiné aux personnes d’un grand âge – plus de 80 ans – et celles ayant déjà des maladies pulmonaires ou respiratoires ou encore un système immunitaire affaibli.

Le mot d’ordre : confinement

Le 14 mars, le couperet tombe. Toutes les personnes de 70 ans et plus sont fortement invitées à rester chez elles.

L’invitation est en fait un ordre et toutes les visites sont strictement interdites dans les résidences privées pour aînés, y compris celles pour personnes autonomes comme la mienne. La direction de la résidence applique strictement l’ordre gouvernemental énoncé par le premier ministre Legault lors de sa conférence de presse quotidienne. Les portes se ferment sur l’extérieur dans la journée de samedi, et ce, sans crier gare. Des affiches expliquent l’ordonnance.

Le quotidien des 150 résidents est ainsi chamboulé pour une durée indéterminée. La salle à manger reste ouverte. Toutefois depuis le 21 mars, les tables sont distancées.. Les activités de loisirs sont interrompues. Fini la navette vers le centre commercial. La sortie à la cabane à sucre est annulée. Il n’y aura plus de gymnastique douce le vendredi matin. Le salon de coiffure et le point de service de Desjardins sont fermés. Les livraisons sont permises (épicerie, pharmacie, etc.) et assurées par le personnel de la résidence, tout comme la distribution des journaux auxquels je suis abonnée. Le service postal est assuré.

Pour plusieurs résidents qui ne sortent pas, sans être confinés dans leur appartement comme dans d’autres résidences, la vie prend subitement un nouveau cours. Puis, le 23 mars, nouvelle annonce : interdiction de sortir même pour une marche à l’extérieur.

La fermeture du point de service de Desjardins est le plus perturbant. Plusieurs personnes âgées n’ont pas pris le virage numérique. L’argent comptant et les transactions au guichet constituent des éléments essentiels de leur gestion financière.

La résidence a pris des mesures pour assurer une vie la plus « ordinaire » possible. Un nouvel employé nous livre les colis à l’appartement. La désinfection est augmentée. Une demande au CLSC a été faite pour un accompagnement aux marches à l’extérieur.

Nouvelle situation, nouveau vocabulaire

Depuis le 14 mars, de nouveaux mots ont fait leur apparition dans les conversations : coronavirus, distanciation sociale, aplatissement de la courbe, confinement volontaire ou forcé. La complexité d’une crise comme celle du coronavirus est évidente et le vocabulaire employé est d’une grande importance. Le médium, c’est le message.

La complexité de la catégorie « personnes âgées » saute aux yeux. De qui parle-t-on ? Il y a différents âges. L’ordonnance vise « les personnes de 70 ans et plus ». Pas d’explication pour cette délimitation qui semble arbitraire.

Il y a un monde – en fait une génération – entre moi, une femme de 67 ans, non fumeuse, sans maladie sauf un pré-diabète contrôlé, mobile, très active – et une personne de 90 ans et plus dont les effets du vieillissement sur l’organisme sont plus prononcés.

La complexité des habitats est aussi évidente entre le CHSLD – qui rassemble sous un même toit des personnes très âgées et vulnérables tant en terme de santé mentale (maladie dégénérescente de type Alzheimer) que physique -, la ressource intermédiaire et les complexes – petits ou grands – destinés aux personnes autonomes.

Malgré cela, et malgré mon statut de sexagénaire, je me soumets au confinement volontaire, par respect pour les personnes plus âgées de la résidence où j’habite.

Faire contre mauvaise fortune bon cœur

La COVID-19 suscite plusieurs réflexions sur l’organisation future de ma vie (voyages, activités, etc.) dont il est difficile à ce moment-ci, le nez collé sur l’événement, de voir toutes les conséquences.

À quoi je m’occupe, me demanderez-vous ? À la base, à me refaire une routine composée d’éléments variés de vie.

D’abord, je parle ou écris à mes proches car nous maintenons un contact étroit malgré l’isolement volontaire. Appels téléphoniques, courriels et textos sont à l’honneur

Puis, j’adore lire et je le peux encore. Polars, essais, magazines achetés, accumulés et non lus. Je varie.

Je prends un repas à la salle à manger – le moral semble fort bon parmi les résidents qui se déplacent. L’adage Faire contre mauvaise fortune bon cœur prend tout son sens, agrémenté d’une bonne dose d’humour. Un résident a son ruban à mesurer et avec humour s’assure de la « distanciation sociale » entre les convives. Autrement, je cuisine et essaie de nouvelles recettes (les tartelettes portugaises du Dr Arruda figureront peut-être un jour au menu). Je m’occupe de mes minets.

J’écoute les nouvelles, les émissions spéciales et lis mes journaux tout en évitant la surdose anxiogène d’informations.

Il y a aussi la musique, les parties de scrabble sur la tablette avec ma copine Louise, le site Espace Jeux de Loto-Québec (petit péché mignon !), la réécoute de films ou séries sur DVD, Internet et ses multiples ressources.

Que le temps file ! Les journées sont trop courtes… Et je n’ai pas parlé de la vaisselle, d’un peu de ménage, du lavage. De quoi devenir casanière. À suivre.

P.S. : Merci à toutes les personnes qui assurent une certaine normalité en ces temps extraordinaires. Pour référence, je vous suggère de consulter la pyramide des besoins de Maslow !