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Marie-Thérèse, l’insatiable
Marie-Thérèse, l’insatiable
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Acclamée au théâtre et à la télévision, notamment pour son rôle de Claire Hamelin dans Mémoires vives, Marie-Thérèse Fortin a beaucoup de ressemblances avec cet attachant personnage. Comme la radio-oncologue, c’est une battante, Rencontre avec une comédienne à pleine maturité.

Marie-Thérèse touche-à-tout

Lors de notre entretien, par un des trop nombreux jours glacials de janvier, Marie-Thérèse Fortin terminait justement dix jours de tournage de Mémoires vives, des épisodes qui seront diffusés à la fin du printemps. Qu’est-ce qui attend la belle Claire Hamelin ? « Elle apprendra de nouvelles informations sur Laurie, verra le passé de Christian assombrir leur relation et sera confrontée plus que jamais à la difficulté de voir mourir ses patients », résume-t-elle.

De plus, on la verra les 16 et 17 avril avec l’Orchestre symphonique de Montréal lors de deux concerts Coup de chapeau aux Belles-Sœurs, puis avec I Musici dans le cadre des concerts Passion romantique, les 1er, 2 et 3 mai, au cours desquels elle lira des lettres de George Sand à Chopin. Toujours en mai, elle tournera dans le prochain film de Bertrand Émond, une adaptation d’une nouvelle de Tchekhov. Gros printemps ? Pas vraiment. Car ainsi va la carrière de Marie-Thérèse touche-à-tout…

Celle qui a mené de front sa carrière de comédienne et des fonctions de directrice artistique du Théâtre du Trident, de 1997 à 2003, puis du Théâtre d’Aujourd’hui, de 2004 à 2012, ne cesse d’explorer de nouveaux horizons. Elle veut continuer sur cette lancée en créant un spectacle théâtral autour de son œuvre fétiche, La détresse et l’enchantement, l’autobiographie de Gabrielle Roy, en 2014 ou 2015.

« J’ai 54 ans et j’en suis à l’étape de mettre à profit ce que j’ai appris au fil des ans. À un moment donné, on sent que c’est en nous et qu’il faut puiser là-dedans. Je m’inspire d’acteurs comme Guy Nadon ou Andrée Lachapelle, qui ont une grande puissance de jeu empreinte d’une simplicité, d’une humanité et d’une vérité remarquables », confie-t-elle.

Âgisme ? Pas question !

Pour la séduisante Marie-Thérèse, vieillir n’est pas synonyme d’une certaine mise à l’écart, comme c’est malheureusement le cas pour bien des femmes d’âge mûr. Quant aux manifestations d’âgisme, elle les sent parfois, mais prend un malin plaisir à les déjouer.

« Lorsque je joue au théâtre avec de très jeunes acteurs, certains me traitent d’abord comme une ʺ madame ʺ. Mais j’arrive à changer leur attitude en blaguant, en jouant des tours, en lançant une répartie à laquelle ils ne s’attendent pas. »

Pour elle, l’âgisme se combat avec des armes toutes simples : une attitude positive, de la curiosité, de l’ouverture d’esprit. « Il ne faut jamais abdiquer. Cet âge-là, il faut l’investir, avoir plein de projets. Il faut abolir cette différence qui, dans les faits, n’existe pas, car à 55 ans, nous sommes pour l’essentiel semblables à qui nous étions à 25 ans. »

Couguar ou femme amoureuse ?

S’assumer pleinement, c’est donc ce qu’elle conseille aux 50 ans et plus. En particulier aux femmes, qui sont frappées de davantage de tabous, comme elle a pu le constater dans la foulée du film Les grandes chaleurs, dans lequel l’actrice incarnait une femme d’âge mûr ayant une relation amoureuse avec un très jeune homme.

« Gisèle Cloutier n’était pas une femme couguar puisqu’elle vivait une véritable histoire d’amour non planifiée avec un homme beaucoup plus jeune. Mais elle mettait en évidence un double standard. En effet, si un homme a une relation avec une femme plus jeune, c’est normal alors que le contraire étonne suffisamment pour être le sujet d’un film ! »

Après la sortie du film, plusieurs femmes lui ont confié avoir été très touchées par cette histoire proche de la leur. « Les femmes qui aiment un homme plus jeune n’ont d’autre choix que de s’autoriser à vivre leur relation. Ainsi seulement les perceptions vont-elles changer. »

Premier rôle : maman

Cette carrière touffue et couronnée de succès ne suffit pas à résumer Marie-Thérèse Fortin. Loin s’en faut. Car ce serait faire fi du premier rôle le plus significatif de sa vie : celui de maman, qu’elle interprète avec son mari Michel depuis que Samuel est venu au monde, il y a 20 ans, suivi d’Emma, quatre ans plus tard.

« Ma famille est mon ancrage. Pour moi, revenir du tumulte du travail et fermer la porte sur tout ça afin de me consacrer à ma famille est une soupape importante. Chez nous, l’heure des repas est sacrée. C’est le moment où on se retrouve tous les quatre. On parle, on blague. C’est tout simple mais ça permet de garder un lien de cohérence. » Et elle s’y connaît depuis longtemps en matière de famille tissé serré puisqu’elle a grandi à Saint-Octave-de-Métis, en tant que benjamine d’une famille de dix enfants !

La table de salle à manger familiale est aussi le théâtre de mémorables repas entre amis, au cours desquels Marie-Thérèse sert une cuisine conviviale et inspirée. « J’aime inviter à la maison et faire de la bouffe pour tout le monde. »

Il y a aussi Marie-Thérèse au grand cœur, qui rêve un jour de s’impliquer activement dans une cause humanitaire mais qui, d’ici là, donne généreusement et discrètement à plusieurs organismes, la plupart en lien avec l’enfance, mais pas toujours. « J’ai participé à l’émission Le Tricheur et ma cause était Les Petits Frères des Pauvres. Un don de 4 500 $ leur a été fait en mon nom », dit-elle fièrement.

Marie-Thérèse à vélo !

Marie-Thérèse bouge aussi : « Je suis plus en forme et j’ai plus d’énergie que jamais ! »

À preuve, elle a suivi son mari, un crac du vélo qui mouline 5000 km par saison, dans un voyage de vélo en France l’été dernier. Ils ont pédalé 750 km en 12 jours, et elle n’a même pas trouvé ça difficile. Elle a en fait adoré la formule et cette occasion de partager la passion de l’homme de sa vie.

Son Michel et elle vont d’ailleurs remettre ça l’été prochain, dans son Bas Saint-Laurent natal. Si vous faites du vélo dans cette région durant la belle saison, il est donc possible que vous les croisiez. Lui d’abord, puis elle, loin derrière et… tout sourire !

Merci à l’Hôtel St-Paul pour son accueil chaleureux. 355, McGill, Montréal, 514 380-2222, hotelstpaul.com

Photo : Bruno Petrozza – Maquillage : Véronique Prud’homme