VIRAGE
L’arche de Jacinthe
L’arche de Jacinthe
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« Je suis une maudite folle. » Jacinthe Bouchard et moi nous entendons ensuite sur « passionnée extrême ». Mais après une visite de Zoo Académie et une séance de photos passée à faire des mamours à tous ses « bébés », qu’elle termine dans la cage des lynx – photographe y compris ! –, je constate que les mots manquent pour décrire la bibitte rare qu’est cette grande spécialiste du comportement animal.

Si vous vous intéressez aux animaux, Jacinthe Bouchard se passe de présentations, elle qui propage la bonne nouvelle du bien-être animal depuis 30 ans à la télé. Conférencière aux quatre coins du globe, elle a aussi publié deux livres racontant entre autres les trois fois où elle est passée à un poil de mourir, des attaques d’un éléphant, d’un morse et d’un cheval.

De l’entraînement à l’enseignement

Jacinthe est encore appelée à la rescousse régulièrement, ici comme ailleurs, pour régler des comportements problématiques, comme celui d’une girafe du Parc zoologique de Paris, l’an dernier.

Chaque fois, elle doit inventer des solutions pour entraîner l’animal en captivité à accepter les soins qu’on doit lui prodiguer et à mieux supporter la présence du public. Chaque fois, le défi la fait frémir et la satisfaction l’envahit lorsqu’elle réussit à améliorer le bien-être de l’animal et à diminuer son niveau de stress, de la chauve-souris à l’ours polaire.

« Aujourd’hui, à 56 ans, ma drogue, c’est encore plus d’enseigner que d’entraîner. C’est de voir l’éclat dans les yeux de mes étudiants, de transmettre mon savoir-faire et de leur offrir la possibilité d’en faire un métier », résume Jacinthe.

Situé à Nicolet, Zoo Académie, qu’elle a fondé en 2014 avec son fils Vincent, est l’école qui lui faisait cruellement défaut lorsqu’elle rêvait d’entraîner des lions… à huit ans ! « Depuis toujours, je veux vivre de ma passion pour le comportement animal. Mon plan B, c’était que mon plan A fonctionne ! »

Armée de sa formation en psychologie humaine et d’une dose éléphantesque de détermination, elle a sillonné le monde de formation en formation, peaufinant sa méthode basée sur la motivation à renforcement positif.

Pour une carrière… ou une journée

Maintenant, c’est par dizaines que des amoureux des animaux de partout dans le monde suivent chaque année le cours de 240 heures signé Formation Jacinthe Bouchard, dans le but d’obtenir un diplôme d’intervenant en comportement animal. C’est la seule école du genre à être accréditée par les gouvernements du Québec et du Canada.

Parmi les apprentis-intervenants, on trouve bon nombre de 50+ pour qui travailler dans un refuge, un zoo ou démarrer une entreprise de consultant en santé animale sera une deuxième carrière, davantage en accord avec leurs intérêts que la première. Parmi les diplômés, il y a même eu une femme de plus de 70 ans !

Accompagnés ou non de leurs petits-enfants, les 50+ constituent aussi 30 à 40 % des zoologistes d’un jour ou d’une demi-journée accueillis chaque été par Zoo Académie. Ces forfaits (169 $/jour ou 89 $/demi-journée) constituent la seule façon de visiter ce zoo pas comme les autres, habité d’animaux dont plusieurs ont été rescapés d’une mort certaine et profitent d’un rattrapage considérable en matière de soins et d’affection.

Un zoo à vie

Ce zoo, où des universitaires de partout sur la planète mènent parfois des recherches, Jacinthe compte y passer le reste de ses jours.

Les « j’aurais donc dû oser », au moment de la retraite, très peu pour elle. Au contraire, les projets fourmillent dans la tête de cette dingue des animaux, quitte à affamer en permanence son compte bancaire.

« Le matériel, je m’en fous. » On la croit sans problème puisqu’elle résume en quelques mots les tragiques inondations de 2017, dont les dommages à sa propriété se sont élevés à 480 000 $, puis raconte avec moult détails l’accouchement de deux louves et le sauvetage de leurs six louveteaux durant cet épisode. Encore et toujours, cette « maudite folle » est fidèle à ses valeurs : le bien-être des animaux d’abord !

***

Avoir un chien, un privilège

Si Jacinthe Bouchard était ministre de la Sécurité publique le temps d’élaborer une loi encadrant les chiens dangereux, quelles en seraient les grandes orientations ? Asseoir les maîtres sur les bancs d’école, puis évaluer les chiens – tous les chiens – sur une base annuelle !

« À mon avis, il ne faut pas réglementer une race, c’est totalement aberrant. Il faudrait instaurer un permis, car avoir un chien n’est pas un droit, c’est un privilège. On pourrait l’accorder aux maîtres après qu’ils aient suivi un cours d’une journée. Puis, les chiens seraient évalués chaque année. Ceux qui passeraient l’évaluation porteraient une médaille orange très voyante leur donnant le droit d’aller dans les parcs à chiens et de déambuler rue Saint-Denis à Montréal. Ceux qui n’auraient pas cette médaille devraient être muselés, un point c’est tout. Il n’y aurait pas de police là-dedans. La pression des voisins et de toute la société suffirait à inciter chaque maître à se responsabiliser », explique la spécialiste du comportement animal.

Quel chien choisir ?

Vous aimeriez avoir un chien ? Jacinthe Bouchard vous conseille cette marche à suivre : 1- allez voir les parents du chiot à adopter et assurez-vous que leur comportement vous plaît; 2- demandez-vous si vous avez du temps disponible, beaucoup de temps.

« Il y a trop de maîtres qui font garder leur chien parce qu’ils n’ont pas le temps de s’en occuper ou qu’ils n’arrivent pas à éduquer leur bête. Et il y a trop de chiens qui s’emmerdent seuls à la maison et qui sont sur les calmants afin qu’ils ne détruisent pas le salon en l’absence de leur maître. »

Photo : Bruno Petrozza – Maquillage : Sylvie Charland