VIRAGE
Mystérieux anévrisme

Anévrisme de l’aorte abdominale. Voilà une affection qui malgré son sigle, AAA, ne semble pas rigolote du tout. Pourtant, vous en avez peut-être un sans le savoir, à l’instar de 4 à 8 % des hommes et 1 à 3 % des femmes, à 60 ans. Souvent détecté par hasard, il est dès lors mis sous haute surveillance car sa présence est potentiellement dangereuse et sa rupture, souvent fatale.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un anévrisme ? C’est la dilatation anormale de la paroi d’une artère, qui prend souvent la forme d’un ballon. Bien qu’il puisse s’en former sur toutes les artères du corps, le plus courant est l’anévrisme de l’aorte abdominale, et il se situe dans plus de 90 % des cas juste sous les reins.

« Les anévrismes de l’aorte abdominale sont la plupart du temps asymptomatiques. On les détecte par exemple lors d’une échographie pour un autre problème de santé, puisque au Québec, il n’existe pas de programme universel de dépistage de l’anévrisme. On commence à envisager une chirurgie quand l’anévrisme dépasse 5 cm, le risque de rupture allant de pair avec la dimension », indique Dr Pierre Larose, chirurgien vasculaire et endovasculaire à l’hôpital Charles-Lemoyne.

De la surveillance à la chirurgie

Dès qu’un anévrisme est détecté, un suivi régulier est effectué pour surveiller son évolution, si évolution il y a, car il arrive fréquemment que la dimension de l’AAA reste stable. La fréquence de ce suivi varie selon la dimension de l’anévrisme, qui est le critère principal d’intervention. D’ailleurs, la présence d’un anévrisme de 5,5 cm et plus entraîne la suspension du permis de conduire par la Société de l’assurance automobile du Québec.

« L’intervention classique consiste à ouvrir le ventre et à remplacer l’anévrisme par un tube synthétique, droit ou en forme de Y. C’est une grosse chirurgie qui nécessite une hospitalisation d’une semaine environ et une convalescence de trois mois. Avec la technique endovasculaire, on passe plutôt par les aines pour déployer une prothèse à l’intérieur de l’anévrisme. On reste deux jours à l’hôpital et la convalescence complète prend un mois », résume celui qui pratique aussi à la clinique portant son nom, à Brossard.

Et s’il y a rupture d’anévrisme ? « Ça ne va pas bien, laisse tomber Dr Larose. Toutes ruptures d’anévrismes confondues, le taux de mortalité est de 90 %. »

Les ennemis : athérosclérose, tabac…

L’athérosclérose, soit la perte d’élasticité des artères causée entre autres par le tabagisme, l’hypertension et un taux élevé de cholestérol sanguin, est le principal facteur de risque de l’AAA. S’ajoutent à cela le diabète, les maladies pulmonaires, l’âge et l’hérédité.

De façon générale, écraser la cigarette est un geste essentiel pour qui veut préserver la santé de ses artères. « C’est très rare que j’opère un patient qui a des blocages dans les artères et qui ne fume pas », conclut Dr Larose.