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Vieillir avec un trouble alimentaire
Vieillir avec un trouble alimentaire
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On associe les troubles alimentaires à la jeunesse. Pourtant, c’est le lot d’un nombre croissant de personnes de 50 ans et plus. Ils en traînent un depuis des décennies ou en ont développé unplus tard dans leur vie, souvent à la suite de régimes amaigrissants à répétition. Mais pour ces anorexiques, boulimiques et hyperphagiques au long cours, il y a de l’espoir.

Beaucoup de gens portent en eux une prédisposition génétique au trouble alimentaire. « Cette vulnérabilité sera activée ou non, selon certains facteurs environnementaux et événements déclencheurs. À cet effet, les restrictions caloriques sont la voie principale vers les troubles alimentaires », résume Howard Steiger, chef du Continuum des troubles de l’alimentation de l’Institut universitaire Douglas, CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Un portrait étonnant

Souvent perçus comme des caprices, les troubles alimentaires sont dans les faits de réels problèmes de santé mentale qui ont peu à voir avec la nourriture en tant que telle. S’y greffent de nombreux problèmes d’ordre physique s’aggravant avec le temps, qui vont de l’ostéoporose chez les anorexiques, aux troubles digestifs chez les boulimiques et à l’obésité chez les hyperphagiques, eux qui vivent des orgies alimentaires sans par la suite se faire vomir ni utiliser d’autres comportements compensatoires.

C’est d’ailleurs l’hyperphagie boulimique qui est le plus susceptible de se déclencher à l’âge adulte, souvent lorsque de multiples régimes ont érodé tout contrôle sur l’appétit et que les multiples restrictions ont entraîné autant d’excès. Fait à souligner, ce trouble touche presque autant les hommes que les femmes, alors que l’anorexie et la boulimie affectent bien davantage les filles et les femmes.

Tous troubles alimentaires confondus, les 40 ans et plus comptent pour 28 % des participants aux groupes fermés de l’organisme communautaire Anorexie et boulimie Québec (ANEB). Parmi cette tranche d’âge, on trouve toutefois beaucoup plus de gens qui vivent une rechute ou qui souffrent de la maladie depuis longtemps que de nouveaux cas de trouble alimentaire.

Il y a également une certaine proportion de 50+ parmi les personnes atteintes d’orthorexie, un phénomène plus récent qui reste à être documenté. Il s’agit d’un comportement névrotique caractérisé par l’obsession d’une alimentation saine, jusqu’à ce que cette préoccupation domine les activités quotidiennes de ceux qui en souffrent et contribue à leur isolement, les repas pris avec d’autres personnes devenant trop difficiles à gérer.

Que faire ?

Dans ce contexte, on le devine, l’isolement est un dénominateur commun des personnes qui se battent avec un trouble alimentaire. Le premier pas vers le rétablissement est donc de briser cet isolement, notamment en utilisant la ligne d’écoute et de références ou les services en ligne d’ANEB, destinés aux personnes vivant avec un trouble alimentaire et aux proches.

La force du groupe

Les groupes de soutien sont aussi tout indiqué pour prendre conscience qu’on n’est pas seul à livrer ce combat ni à vivre une énième rechute, un phénomène fréquent qui fait partie intégrante du rétablissement. ANEB et d’autres organismes communautaires proposent des groupes ouverts ou fermés. On peut les contacter directement ou s’informer à son CLSC.

Des consultations auprès d’un psychologue ou d’un nutritionniste peuvent également aider les clients à mettre fin à leur relation conflictuelle avec la nourriture et leur corps. Différentes cliniques privées s’en font d’ailleurs une spécialité.

Un programme de jour et une pleine hospitalisation de durée variable sont aussi disponibles, notamment à l’Institut Douglas. De plus, on peut avoir recours à une panoplie de services par le biais du Programme d’intervention des conduites alimentaires du Centre hospitalier de l’Université Laval ou d’autres hôpitaux à travers la province.

« Le but de ces thérapies est de leur réapprendre à manger sainement et de les amener à réaliser que leur comportement n’est pas dans leur meilleur intérêt. Il est également primordial de traiter ce qui se cache derrière tout ça : perfectionnisme, anxiété, impulsivité, sautes d’humeur, dépression, compulsion, abus de substances ou idées suicidaires, selon le cas », souligne le psychologue Howard Steiger.

« On peut s’en sortir »

Bien que les jeunes soient majoritaires parmi ses patients, le psychologue Howard Steiger suit assez souvent des personnes de 50, 60 et même 70 ans et plus, qui sont toujours aux prises avec un trouble alimentaire. Bien d’autres encore renoncent à chercher de l’aide après de nombreuses rechutes.

« À ces âges, plusieurs personnes sont convaincues que c’est peine perdue de tenter de régler leur trouble alimentaire alors que ce n’est franchement pas le cas. Quel que soit notre âge, on ne doit pas accepter d’avoir un trouble alimentaire mais plutôt aller chercher de l’aide car les troubles alimentaires peuvent être soignés. Dans les faits, plus on suit les gens longtemps, plus les possibilités sont grandes qu’elles s’en sortent », fait valoir Howard Steiger.

Mode d’emploi pour les proches

Et les proches dans toute cette galère ? Des organismes comme ANEB leur viennent en aide, entre autres par l’entremise de groupes de soutien. Les sentiments d’impuissance, de culpabilité et d’incompréhension sont entre autres à l’ordre du jour de ces rencontres, de même que l’importance de prendre du temps pour soi, comme tout proche aidant, car il peut être très exigeant de côtoyer quelqu’un qui vit avec ce problème.

Pour un proche, mieux comprendre la maladie est un plus et écouter sans juger, un atout. En effet, le trouble alimentaire étant une forme d’appel à l’aide, la personne aimée sera reconnaissante de cette attitude d’ouverture et d’une inquiétude sincère exprimée au « je ».

« Le proche ne peut à lui seul enclencher le processus de rémission. Son rôle est de demander à la personne quel type d’aide elle souhaite, dans le respect de son intimité. Le proche doit éviter de parler constamment de la maladie et de faire du chantage avec la nourriture, ce qui ne ferait qu’aggraver l’obsession de la personne », explique Mélanie Guénette-Robert, d’ANEB.

Les commentaires sur l’apparence et la minceur devraient par ailleurs être proscrits, pour ne pas nourrir l’obsession de l’image corporelle qui ronge déjà les personnes vivant avec un trouble alimentaire. De façon générale, toute la société a un examen de conscience à faire sur l’importance qu’elle accorde à la beauté, à la minceur et à la jeunesse éternelle, des croyances et valeurs superficielles qui prennent une part démesurée dans les conversations et causent le malheur d’un nombre croissant de personnes.

En effet, les troubles alimentaires s’abreuvent à ces sources et mènent certains de ceux qui en souffrent jusqu’à la mort. La Semaine « Le poids ? Sans commentaires ! » se tient déjà chaque automne pour sensibiliser la population à l’omniprésence des commentaires sur le poids et à leurs effets négatifs. Et si on en faisait la norme, toute l’année durant ?

 

Ligne d’écoute et de références d’ANEB : 514 630-0907, 1 800 630-0907; aide en ligne : anebquebec.com/services/aide-en-ligne