VIRAGE
Coups de foudre corses
Coups de foudre corses
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Les routes de Corse sont étroites et escarpées, avec des virages souvent en épingle. À chaque tournant, un panorama saisissant nous surprend, on veut s’arrêter pour admirer ses rochers spectaculaires baignant dans une Méditerranée azurée, pour rapporter cette splendeur en photo. La Corse mérite bien son surnom d’île de beauté.

Une île aussi bien située, entre la France et l’Italie, a été, au cours de son histoire, convoitée et maintes fois conquise, entre autres par les Romains et les Génois, et aujourd’hui par les Français et les touristes, dit-on à la blague. Une boutade qui a son fond de vérité. Si le tourisme est reconnu pour son apport économique, on sent, parfois, un certain essoufflement, voire un brin de méfiance chez les insulaires.

Entre ports et citadelles

La plupart des villes corses se sont développées autour d’une citadelle perchée en hauteur, pour voir venir l’ennemi et s’en défendre. Aujourd’hui, sous leurs remparts, les resto-terrasses bordent de jolis ports de plaisance où il fait bon flâner.

Un tour de la Corse passe par Calvi et sa citadelle, qui monte la garde tout au bout de la plage, qui elle voisine une pinède sur près de 4 km; par Porto-Vecchio d’où on peut aller vers les aiguilles de Bavella, de spectaculaires pointes de granite sculptées par les intempéries, ocre ou dorées selon la position du soleil; par Saint-Florent, joyeuse ville de vacances aux airs de Saint-Tropez; par Ajaccio et son front de mer, la terre natale de Napoléon et de Tino Rossi. L’île de beauté nous enchante, d’un bout à l’autre, par ses rivages, son maquis et ses pics rocheux.

De plus, la Corse est sillonnée de sentiers de randonnée pédestre. Il y en a pour les marcheurs du dimanche comme pour ceux qui veulent s’attaquer, en tout ou en partie, au mythique GR20, long de 200 km!

Bastia et le cap

À Bastia, la place Saint-Nicolas est bordée de palmiers. Nous nous installons sur une terrasse face au port. Le soleil, la Méditerranée, la statue de Napoléon, une bière Pietra, du fromage et des charcuteries, nous sommes à peine descendus de l’avion et nous baignons déjà en plein dans la Corse authentique.

Une passerelle au-dessus de la voie rapide nous mène vers le vieux port. Et voilà d’autres terrasses avec vue sur des centaines de bateaux de plaisance, scène bucolique dominée par l’église Saint-Jean-Baptiste. C’est ici qu’on viendra souper.

Le lendemain, nous partons explorer le cap Corse. Premier arrêt à Erbalunga, charmant avec ses vieilles ruelles qui mènent vers une tour génoise. Elles font aussi le paysage de la Corse, ces tours, construites au XVIe siècle, tout le long du littoral.

Deuxième arrêt : le col de Serra, pour monter jusqu’au moulin Mattei. De là, nous redescendrons vers Centuri, blotti en contrebas du col. La route, par moments si étroite qu’elle devient quasi ruelle, allonge la durée du trajet, mais le détour en vaut la peine. Le petit port où reviennent les pêcheurs de langoustes est absolument divin.

La pause de l’après-midi, nous la prendrons à Nonza, sur le côté ouest du cap. Une partie du village est bâtie sur un piton rocheux surplombé d’une autre tour génoise. Jus de fruits sur un accueillant promontoire avec vue sur la plage de galets noirs, puis photos de l’église de Sainte-Julie.

Bonifacio

C’est la ville la plus au sud de l’île, bâtie sur un fjord, ce qui lui confère une splendeur hors du commun. La citadelle domine les eaux turquoise. On peut y grimper par la montée Rastello ou en petit train routier. L’escalier du roi d’Aragon attirera les sportifs : une faille dans le flanc de la falaise creusée de 187 marches, un panorama et une expérience à couper le souffle, au sens propre comme au sens figuré.

C’est toutefois de la mer que Bonifacio offre la vue la plus spectaculaire du phénoménal massif rocheux qui lui sert d’assise. Plusieurs compagnies proposent des balades à bord de vedettes. On peut aussi en profiter pour piquer une pointe en Sardaigne, dont la côte n’est qu’à 12 km. Le départ du traversier à travers les bouches constitue une expérience inoubliable.

Porto, les calanques de Piana et la réserve de Scandola

Une journée mémorable à s’extasier! Depuis Ajaccio, c’est un trajet d’une soixantaine de km vers le nord pour se rendre dans la région du golfe de Porto. On consacre la matinée aux calanques de Piana (une calanque est une crique étroite bordée de rochers abrupts).

Celles-là sont un jardin de pierres qui déclinent une palette de roses et d’orangers, traversées d’une route en corniche. Le vent et l’eau les ont sculptées jusqu’à polir des cavités aux formes surprenantes.

On descend ensuite dîner dans le joli village de Porto, au pied d’une belle tour génoise carrée. En après-midi, on sort en bateau dans la majestueuse réserve naturelle de Scandola qui jouit d’une diversité rocheuse, d’un climat agréable et d’un ensoleillement régulier qui attirent de nombreuses espèces marines.

Plusieurs compagnies y offrent des croisières sur différents types de bateau : chalutiers ou vedettes, les plus petits pouvant pénétrer plus avant dans les anfractuosités, les plus gros offrant davantage de confort si la mer s’agite. Dans tous les cas, l’itinéraire permet un contact privilégié avec une mer émeraude, des rochers aux accents rosés et des grottes sculpturales.

Corte

Située au centre de l’île, Corte a été le bastion de la résistance intérieure contre l’occupation génoise. On compare sa citadelle à un nid d’aigle posé en équilibre sur un piton rocheux. On passe quelques heures agréables à visiter cette citadelle construite sur plusieurs paliers, d’autant plus qu’elle abrite le musée de la Corse. La meilleure façon d’y grimper est probablement par le petit train routier, à bord duquel on en apprend davantage sur la cinquième ville la plus peuplée de l’île. Le cœur de la ville est la place Paoli, nommée en l’honneur de Pascal Paoli, héros insulaire du XVIIIe siècle qui a combattu les Génois, proclamé un État corse dont il a été le chef de 1755 à 1769, avant que Gênes n’en cède la suzeraineté à la France.

Infos pratiques

Manger corse : la charcuterie de montagne traditionnelle, dont le prisuttu (jambon), le lonzu (filet de porc) et le figatellu (saucisse de foie), ainsi que l’incontournable brocciu, fromage fait de lait de chèvre ou de brebis.

Boire corse : les trois bières locales, la Pietra à la farine de châtaigne, la plus populaire, ainsi que la Serena et la Colomba, parfumée aux herbes du maquis. Dans les restaurants, on n’offre que des vins corses, produits l’année précédente. Les blancs et les rosés sont généralement meilleurs que les rouges.

S’y rendre et s’y déplacer : les aéroports de Bastia et d’Ajaccio relient la Corse à Orly. Des traversiers relient la France et l’Italie à plusieurs ports corses. Pour éviter le stress de conduire sur ses routes de montagne étroites, le circuit guidé peut constituer une façon très agréable de faire le tour de la Corse. Comme les distances sont courtes, on évite les journées entières passées dans un bus, comme c’est parfois le cas avec cette formule.

Photo : Johanne Landry