Le corps change, le plaisir aussi : comprendre l’orgasme après 50 ans

Le plaisir sexuel est plus souvent associé à la jeunesse qu’à la vieillesse. Pourtant, même si certains facteurs peuvent en affecter la fréquence et la qualité, l’orgasme demeure toujours possible (et agréable !), même à un âge avancé.

L’orgasme « consiste en une série de contractions musculaires et de relâchements, doublée d’une perception subjective de plaisir », explique d’emblée la sexologue Émilie Chantal Tremblay. Durant l’activité sexuelle, le plancher pelvien (les muscles situés dans le bas du bassin) se tend, poursuit la spécialiste. Une phase d’excitation assez longue créera ainsi beaucoup de tension, favorisant l’atteinte de l’orgasme.

Celui-ci s’inscrit dans la chaîne des cinq phases qui caractérisent la réponse sexuelle humaine : désir, excitation, plateau, orgasme, résolution. Comme les autres phases, il est influencé par plusieurs facteurs, dont le niveau de désir, le plaisir éprouvé, l’état de santé physique et le stress.

En plus de procurer des sensations agréables, l’orgasme est associé à plusieurs bénéfices pour la santé, comme l’apaisement de certaines douleurs, l’amélioration de la qualité de sommeil et la réduction du stress. Raison de plus de ne pas bouder son plaisir!

Une expérience qui évolue

L’orgasme n’est toutefois pas un phénomène vécu uniformément. C’est une expérience « qui peut différer d’un rapport [sexuel], d’une période de vie et d’une personne à l’autre ».

En vieillissant, l’orgasme perd souvent de son intensité et de sa durée, pour l’homme comme pour la femme, tandis que le temps de stimulation requis pour l’atteindre augmente. Ces changements ne signifient pas une absence de plaisir sexuel, mais une modification de son expression.

Chez les femmes, une diminution de la circulation sanguine et, parfois, un changement de taille ou de sensibilité du clitoris participent à cette transformation. La ménopause et la chute hormonale qui l’accompagne réduisent souvent la lubrification vaginale, ce qui peut rendre les rapports moins confortables et freiner le plaisir.

Chez les hommes, la baisse progressive de la testostérone, sans supprimer l’orgasme, peut agir sur la libido et la force des érections.

Le diabète, les maladies cardiovasculaires, les troubles articulaires et les douleurs chroniques peuvent également altérer la fonction sexuelle, tout comme certains médicaments, tels que les antihypertenseurs et les antidépresseurs.

Des muscles pelviens affaiblis jouent aussi un rôle dans la difficulté à atteindre l’orgasme.

Sur le plan psychologique, une estime de soi déficiente, le stress ou une insatisfaction relationnelle affectent l’expérience du plaisir.

Désir, attentes et idées reçues

Ajoutons que, chez les personnes aînées, les représentations culturelles qui associent sexualité et jeunesse sont susceptibles d’inhiber l’expression du désir. « N’oublions pas que, dans certaines cultures et pour certains individus, le plaisir sexuel est encore à visée très procréative », rappelle la sexologue.

Dépasser ces préjugés s’avère primordial pour que les individus s’autorisent à vivre et à partager leur sexualité sans culpabilité.

« Il existe plusieurs motivations à avoir une sexualité. Il y en a des négatives, comme le devoir conjugal, et d’autres, positives. Est-ce pour relaxer ? Pour m’aider à dormir ? Pour me sentir désirable ? Pour être en relation ou connecter avec l’autre ? Pour vivre un bon moment ? Pour avoir du plaisir ? »

Il est aussi important d’avoir une bonne connaissance de soi, notamment des types de caresses et de positions que l’on aime et que l’on n’aime pas, ainsi que de bien comprendre les réactions de son corps.

De la même façon, un dialogue ouvert avec son ou sa partenaire sur ses désirs, ses besoins et ses limites est crucial pour connaître une sexualité épanouie.

Ajuster plutôt que renoncer

Il est évidemment essentiel d’adapter ses pratiques sexuelles à ses capacités physiques et à ses préférences pour enrichir son expérience. Ainsi, chez la femme, l’utilisation de lubrifiants ou d’hydratants vaginaux peut améliorer le confort et, conséquemment, la capacité à atteindre l’orgasme. Chez l’homme, le fait de traiter adéquatement des conditions telles que les problèmes érectiles, avec un suivi et une médication, peut faciliter l’ensemble de la réponse sexuelle.

« À propos des médicaments, d’ailleurs, on doit savoir que certains peuvent avoir des effets secondaires sur la sexualité. Si, vraiment, c’est incommodant pour nous, pour notre relation, il existe habituellement des alternatives avec les mêmes bienfaits, mais des impacts sexuels moindres », évoque la sexologue Émilie Chantal Tremblay.

Tant les hommes que les femmes peuvent aussi accorder une attention particulière au plancher pelvien. Des exercices ciblés, souvent appelés exercices de Kegel, misent autant sur la contraction que sur la capacité à relâcher ces muscles, ce qui favorise les sensations et la conscience corporelle. Lorsqu’ils sont réalisés adéquatement, parfois avec l’accompagnement d’un ou d’une physiothérapeute, ces exercices contribuent à une sexualité plus confortable et épanouie, tout en soutenant la continence et les organes pelviens.

Mentionnons aussi qu’un mode de vie actif, un sommeil réparateur, une alimentation saine et une bonne gestion du stress favorisent la santé globale (et le plaisir au lit !).

Moins de pression, plus de plaisir

Sans nier le sentiment de bien-être qu’il procure, il peut être préférable de ne pas faire de l’atteinte de l’orgasme le centre de sa vie intime.

« J’oserais dire que l’orgasme, plus on le veut, moins il arrive ! lance la sexologue. Il vaut peut-être mieux s’enlever de la tête que l’orgasme doit être une fin en soi. On peut très bien avoir une sexualité fort satisfaisante sans atteindre l’orgasme, ou ne l’atteindre que parfois. »

Donc, qu’on soit en solo ou en couple, on baisse un peu la pression pour mieux faire monter la passion !

Si vous avez des questions sur votre sexualité, des difficultés persistantes ou des inquiétudes concernant votre santé sexuelle, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé.