VIRAGE
Un grand sourire… et un grand cœur
Un grand sourire… et un grand cœur
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Son sourire n’en finit plus et éclate en milliers de rires dans la salle dès qu’elle ouvre la bouche pour l’une de ses inimitables imitations, pour prêter sa voix à son irrésistible personnage de petite fille ou pour blaguer sur l’actualité, les hommes et, depuis peu, la cinquantaine. Mais Claudine Mercier a aussi un côté tendre, surtout lorsqu’elle parle de la maladie qui a emporté sa mère. En effet, bien qu’elle puisse tourner en blagues certaines situations provoquées par ce fléau, aucun doute à ses yeux : l’Alzheimer, c’est pas drôle…

Claudine et les planches

« Mon numéro sur l’Alzheimer touche particulièrement les gens d’un certain âge. Je crois que le bouche à oreille a fait son oeuvre et explique la présence de nombreux aînés dans la salle », estime Claudine, enfant chérie du public depuis son premier spectacle solo, en 1993.

Son 4e one woman show, Dans le champ, en nomination au dernier Gala de l’ADISQ dans la catégorie Spectacle d’humour de l’année 2012, a déjà été vu par plus de 115 000 personnes, qui s’ajoutent aux 500 000 personnes ayant assisté à ses trois premiers spectacles. Et ce n’est pas fini puisque les dates ne cessent de s’ajouter à cette tournée.

Et après ? Une pause, pour renouer avec une vie sociale, voyager, se ressourcer et vivre des expériences qui alimenteront son prochain spectacle, au même titre que son parcours sur le chemin de Compostelle a servi de canevas à un numéro hilarant de son présent spectacle. « J’avais lu que mon sac à dos ne devait pas peser plus que 10 % de mon poids, raconte-t-elle. Pour arriver à tout amener, j’ai pris 20 livres avant de partir ! »

Elle jongle aussi avec l’idée d’une exposition des grands tableaux abstraits qu’elle crée chez elle, entre ses balades à pied au parc du Mont-Saint-Bruno, à deux pas, ses cours de Pilates… et ses trois ou quatre spectacles par semaine.

Claudine et Baluchon Alzheimer

Claudine Mercier a vu mourir sa mère à petit feu pendant 12 ans, une enfilade de deuils très difficiles à vivre. Son empathie naturelle, qui rend si magnifique son interprétation de sa chanson Viens t’en maman sur une musique signée Richard Séguin, lui a permis de « connecter » avec sa mère malgré la maladie. « Lorsqu’elle a été incontinente devant moi pour la première fois, elle a paniqué. Je lui ai dit : ˝ C’est correct m’man, je t’aime. ˝ Ces gens-là ont tellement besoin de tendresse. »

La mère de Claudine s’est éteinte au printemps 2011. Dès l’automne suivant, l’humoriste devenait porte-parole de Baluchon Alzheimer, dont la mission est de procurer un peu de répit aux proches aidants des gens atteints de la maladie d’Alzheimer. Des baluchonneuses se déplacent au domicile des malades pour des séjours de 4 à 14 jours.

« Claudine est une porte-parole pas comme les autres, dit Guylaine Martin, directrice générale de Baluchon Alzheimer. Elle sait de quoi elle parle. De plus, elle est d’une générosité incroyable et, puisqu’elle est simple et proche des gens, elle génère un grand capital de sympathie. Grâce à elle, notre organisme et sa mission sont déjà beaucoup mieux connus. »

Claudine et les proches aidants

« On n’a pas idée à quel point c’est demandant de prendre soin de quelqu’un qui a l’Alzheimer, fait valoir Claudine. C’est 24 h sur 24, parce que souvent les malades font de l’errance et se lèvent 10 fois par nuit. Baluchon Alzheimer répond à un besoin criant car si un proche aidant ne prend jamais le temps de souffler, on se retrouvera tôt ou tard avec deux personnes de plus au crochet du système de santé : le malade et le proche aidant. »

Elle avoue ressentir un malaise face à la façon dont les aînés en général sont mis de côté, eux qui ont tant contribué à édifier notre société. « Notre système de santé est malade et les proches aidants en paient le prix. Il faut aussi que des places soient créées pour les cas devenus trop lourds, sans quoi les familles sont complètement démunies. »

Claudine et la cinquantaine

La cinquantaine occupe une place de choix dans son spectacle et en entrevue. Et pour cause : Claudine a eu 50 ans tout comme elle lançait son spectacle Dans le champ, l’automne dernier.

Le plus difficile dans ce passage ? « La science des foyers. Quand je lis, je n’arrive pas à viser au bon endroit pour voir clairement. C’est frustrant de ne plus pouvoir lire un bon livre sans être embêtée par ma vision », dit-elle. D’où ce gag dans son spectacle : « Savez-vous pourquoi on appelle ça des lunettes à foyers progressifs ? C’est pour nous habituer progressivement à l’idée qu’on va finir dans un foyer ! »

Il y a les rides aussi. « Mon chum a 14 ans de plus que moi et est à la retraite depuis six mois. Il m’accepte comme je suis et ça m’encourage à rester naturelle. Vivre avec un homme plus vieux m’aide à apprivoiser l’âge et la retraite. Mon chum est tellement beau à voir : il fait ce qu’il aime quand ça lui tente ! »

Durant la séance de photos pour Virage, alors que l’équipe commentait la beauté du décor et des vêtements choisis par Claudine, le photographe Bruno Petrozza a ajouté : « Toi aussi tu es belle, Claudine ». Et l’humoriste de répliquer : « À mon âge, on prend tous les compliments qui passent ! »