Trouver un emploi en fin de carrière : difficile, mais pas impossible !

Le marché de l’emploi se resserre. Ainsi, les travailleurs et travailleuses d’expérience doivent redoubler d’efforts pour trouver du boulot.

L’année dernière, Daniela Geddes a perdu son emploi dans une entreprise d’importation de marchandises. Un choc pour cette professionnelle de 68 ans, qui n’envisageait pas la retraite. « Du jour au lendemain, je me suis retrouvée à la maison, alors que je voyageais beaucoup pour le travail. Je suis allée une cinquantaine de fois en Chine, mais aussi en Thaïlande et en Europe. »

Six mois plus tard, au moment de nous raconter son histoire, Mme Geddes était toujours en recherche d’emploi. Anticipant une baisse de salaire, cette trilingue, qui parle français, anglais et italien, souhaite désormais trouver un poste dans un domaine qui lui plaira et où elle pourra pleinement mettre ses compétences à profit.

Quand chômage rime avec âge

Cette histoire est loin d’être unique. Dès 45 ans, il est plus difficile de se replacer après une perte d’emploi, selon le rapport Les enjeux cachés de la mi-carrière : Portrait des travailleuses et travailleurs québécois de 45 ans et plus de l’Institut du Québec (IDQ). Résultat : le taux de chômage grimpe avec l’âge. De 3,3 % chez les hommes de 45 à 49 ans en 2024, il se hisse à 5,6 % chez les 60 à 64 ans. Le taux est plus bas chez les femmes, mais il cache une autre réalité : faute de débouchés, plusieurs quittent tout simplement le marché du travail.

L’âgisme est notamment en cause, selon le rapport. Ses auteurs soulignent que bien des employeurs sont frileux à l’idée d’embaucher une main-d’œuvre de 45 ans et plus, croyant qu’elle est moins capable que les plus jeunes de s’adapter aux nouvelles technologies et d’acquérir de nouvelles compétences.

Difficile de savoir si l’âge joue contre lui, estime Marc Garon, 62 ans, mais une chose est certaine : il est plus difficile de trouver un emploi aujourd’hui qu’il y a sept ans, lors de sa précédente recherche. Gestionnaire des opérations dans un organisme à but non lucratif d’envergure, il a perdu son poste en mars 2025, après une restructuration. Depuis, il estime avoir envoyé une trentaine de CV.

Changer son regard

Certaines idées préconçues persistent, confirme Karine Martin, directrice générale de Midi40, un centre-conseil en emploi qui s’adresse aux 40 ans et plus. « Les employeurs craignent que ces candidats ne restent pas longtemps en poste. Pourtant, de plus en plus de personnes travaillent au-delà de 65 ans, notamment pour des raisons financières ou occupationnelles. Quand j’ai commencé en 2008, c’était très rare de voir des personnes de plus de 65 ans à la recherche d’un poste, mais aujourd’hui, on en accompagne entre 20 et 25 par année. »

Autre frein tenace à leur embauche : des employeurs les jugent surqualifiés et pensent qu’ils vont s’ennuyer ou, encore, qu’ils ont déjà la tête à leur retraite. « Ils appréhendent un désengagement, alors que c’est tout le contraire, observe Karine Martin. Comme ils n’ont plus de jeunes enfants à la maison, ces travailleurs sont libérés de nombreuses contraintes domestiques. » D’autres intègrent aussi ces stéréotypes eux-mêmes : une forme d’autoâgisme. « À force de se faire dire qu’ils sont vieux, certains finissent par le croire », ajoute Karine Martin. Pourtant, ils sont souvent plus disponibles, plus fiables et plus motivés que jamais. Et leur expérience vaut son pesant d’or !

Même si la démarche peut s’étirer, décrocher un nouvel emploi n’est pas une mission impossible. D’ailleurs, plus de la moitié des chercheurs et chercheuses d’emploi de 50 ans et plus ont réussi à se replacer dans un délai de six mois ou moins, selon les données des trois dernières années compilées par Midi40. Et, quand ce n’est pas le cas, c’est souvent pour des raisons personnelles, comme des problèmes de santé ou pour s’occuper d’un proche, explique Karine Martin.

Des secteurs, comme le tourisme, le commerce de détail ou les entreprises saisonnières, sont très ouverts aux candidatures de personnes plus expérimentées, note-t-elle aussi.

Des pistes à explorer

Son conseil à celles et ceux qui cherchent un emploi ? Prendre un moment pour réfléchir à la suite de sa carrière. « C’est l’occasion de faire le bilan de ses compétences. Qu’est-ce que j’ai accompli ? Qu’est-ce qui pourrait être utile ailleurs ? Et surtout, qu’est-ce que j’ai envie de faire maintenant ? » Les personnes qui effectuent une transition de carrière entre 45 et 54 ans ont d’ailleurs plus de chances d’être encore actives à 60 ans, selon une étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

Pour se démarquer, les gens en recherche d’emploi doivent miser sur leurs forces… et soigner leur présentation. Il est possible de revoir son CV sans trop trahir son âge, en évitant les dates et en éliminant les expériences de travail avant les années 2000 qui, de toute façon, n’intéressent pas les employeurs, explique la spécialiste. « L’objectif est d’obtenir une rencontre, puisque c’est la meilleure façon de défaire les fausses croyances. En entrevue, l’employeur constatera bien à quel point la candidature est dynamique ! »

Des organismes comme la FADOQ organisent également régulièrement des foires de l’emploi, une façon de prendre le pouls du marché. De plus, des associations comme Midi40 sont aussi un excellent point de départ pour obtenir un accompagnement personnalisé.

« Ce soutien m’a aidée à faire le deuil de mon emploi et à m’orienter pour la suite », témoigne Daniela Geddes, qui a redéfini ses critères de recherche afin de s’arrimer au marché actuel.

Marc Garon a lui aussi peaufiné sa stratégie. « J’ai fini par élargir ma recherche au secteur privé, pour augmenter mes chances », raconte-t-il. Bonne nouvelle : ses démarches ont finalement porté leurs fruits, quelques jours après son entrevue avec Virage.