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Travailleurs d’expérience cherchent reconnaissance
Travailleurs d’expérience cherchent reconnaissance
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D’un côté, il y a des travailleurs de 50, 55 ou 60 ans qui cherchent vainement un emploi ou se font montrer la sortie côté retraite alors qu’ils ont encore plusieurs bonnes années à donner. De l’autre, il y a des employeurs qui s’éveillent à une dure réalité : 25 % des travailleurs au Québec prendront leur retraite au cours des sept prochaines années… et la main-d’œuvre pour les remplacer se fera rare. La solution ? Cesser l’âgisme et mettre en place des pratiques pour recruter et maintenir en emploi ces travailleurs de grande valeur.

« Au Québec, les entreprises n’ont pas encore adopté des politiques globales pour garder leurs travailleurs expérimentés en poste ou en recruter de nouveaux, de façon à faire face à la pénurie de main-d’œuvre. Elles fonctionnent souvent au cas par cas. Toutefois, les services des ressources humaines se penchent là-dessus. Le Québec fait d’ailleurs figure de précurseur puisqu’il doit inventer des solutions à un contexte qui n’est pas encore aussi aigu ailleurs », analyse Florent Francoeur, pdg de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés.

Toutes sortes de travailleurs d’expérience

Il faut savoir que tous les travailleurs expérimentés ne sont pas égaux devant la retraite. D’abord, pour les travailleurs œuvrant dans une entreprise offrant un fonds de retraite ou dans le secteur public, l’intérêt à rester en poste une fois le nombre d’années de service minimal atteint est très mince s’il n’y a pas d’avantages pécuniaires à le faire.

Mais pour les travailleurs qui n’ont pas d’épargne collective, il n’y a aucun frein à continuer de travailler. C’est même de plus en plus nécessaire, étant donné une espérance de vie prolongée, un taux d’endettement des ménages significatif et une épargne retraite anémique. En effet, le contexte actuel est du jamais vu quand on le compare à un passé pas si lointain où il était permis de croire à la Liberté 55. En 1970, les gens commençaient à travailler à 19 ans, travaillaient 46 ans, prenaient leur retraite à 65 ans et avaient une espérance de vie de 78 ans. En 2009, l’arrivée sur le marché de l’emploi se faisait à 22 ans et la retraite se prenait à 60 ans alors que l’espérance de vie était de 83 ans !

Souvent, les travailleurs qui ont une formation limitée et un emploi manuel voient leur poste disparaître et prennent donc leur retraite, quand ils ne sont pas mis à pied avant. Plusieurs tentent ensuite de reprendre du service ailleurs comme commis ou journalier, ce qui s’avère souvent difficile. Quant aux travailleurs dont l’expertise a davantage de valeur, ils ont l’embarras du choix : démarrer une entreprise, agir comme consultant, demeurer en poste après la retraite selon leurs conditions, etc.

Le travail fait le bonheur !

Pourquoi rester en emploi quand on peut prendre sa retraite ? Pour plusieurs raisons. Ceux qui font ce choix améliorent leur situation financière. Qui plus est, ces travailleurs affichent une meilleure santé physique et mentale, se sentent utiles et éprouvent un sentiment d’accomplissement.

De plus, l’Enquête sur les travailleurs âgés, réalisée en 2008 par Statistique Canada, révèle que 90 % des travailleurs canadiens de 50 à 75 ans sont très satisfaits ou satisfaits de leur poste actuel, un niveau de bonheur au travail bien plus élevé que celui de leurs collègues plus jeunes !

À bas l’âgisme !

Malgré qu’il soit indéniable que les travailleurs d’expérience aient une riche expertise et ne demandent pas mieux que de la mettre à profit, l’âgisme continue de faire son œuvre dans les entreprises. « Les principaux arguments entendus sont qu’ils exigent des salaires trop élevés, ne sont pas assez performants et sont souvent malades ou absents en raison de leurs obligations de proches aidants. Ces préjugés sont non fondés et discriminatoires », résume Danis Prud’homme, directeur général du Réseau FADOQ.

Le plus grand organisme d’aînés de la province œuvre depuis plusieurs années à sensibiliser les employeurs à l’importance d’avoir des travailleurs d’expérience dans leurs troupes et à la nécessité d’adapter leurs façons de faire pour recruter ces travailleurs et les maintenir en emploi.

Des pratiques exemplaires

Le Réseau FADOQ siège notamment à un comité du Bureau de normalisation du Québec qui développe présentement un guide visant à fournir des outils aux employeurs afin de favoriser le maintien en emploi des travailleurs d’expérience. Il participe aussi à la campagne contre l’âgisme pilotée par l’Association québécoise de gérontologie.

En collaboration avec l’UQÀM, le Réseau FADOQ développe également depuis quelques années une grille de critères favorisant le maintien en emploi et la formation continue des travailleurs d’expérience, qui mènera notamment à une campagne de sensibilisation auprès des entreprises et à la reconnaissance des entreprises qui mettront ces bonnes pratiques de l’avant.

Voici quelques mesures aptes à séduire les travailleurs d’expérience :

• Des conditions de travail distinctes favorisant l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle : flexibilité des horaires de travail, télétravail, travail à temps partiel, partagé ou sur appel, congés pour raisons personnelles, programmes de retraite progressive, etc.

• Reconnaissance et valorisation : rétroaction du travail accompli, fixation d’objectifs réalisables et suivi de ces objectifs, etc. C’est prouvé : si des aînés sont considérés par leur organisation, ils vont s’investir davantage dans leur travail.

• Avantages pécuniaires : boni au rendement, incitatifs à rester en poste, etc.

• Nouveaux défis : modification des tâches en tenant compte des limites des travailleurs, affectation à d’autres postes si désiré, formation personnalisée, etc.

• Transfert de connaissances : coaching, parrainage, compagnonnage, travail d’équipe, mentorat, etc. Il s’agit d’une excellente source de valorisation pour les travailleurs expérimentés.

La balle est dans le camp des employeurs, sans quoi ils passeront à côté de l’apport inestimable des travailleurs d’expérience et frapperont de plein fouet le mur de la pénurie de main-d’œuvre !