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Sous la loupe : le suicide chez les 65+ 
Sous la loupe : le suicide chez les 65+ 
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Même si le Québec présente un taux de suicide parmi les plus élevés dans le monde, il se situe en fin de peloton en ce qui concerne les suicides chez les 65+. Toutefois, les quelque 140 suicides d’aînés qu’enregistre le Québec chaque année sont autant de décès de trop, faut-il se rappeler à la veille de la Journée mondiale de la prévention du suicide, le 10 septembre.

Alors qu’ailleurs dans le monde, la triste courbe du suicide s’accroît avec l’âge sans jamais fléchir, le Québec fait figure d’exception puisque seuls les adolescents présentent moins de suicides que les aînés. Ici, les quelque 1 100 décès par suicide enregistrés annuellement culminent chez les 45-49 ans. Puis, la courbe redescend graduellement.

Mythes et réalités

D’emblée, rappelons que le suicide résulte d’une accumulation de facteurs prédisposants, contribuants et participants. Plusieurs réalités et bien des perceptions erronées caractérisent le suicide chez les 65+.

La dépression et la maladie mentale font partie des principaux facteurs, chez les aînés comme dans les autres groupes d’âge. L’isolement, la maltraitance, le veuvage, l’usage abusif d’alcool et de médicaments (en particulier ceux qui comptent la dépression parmi leurs effets secondaires) sont des réalités qui font partie du paysage quand on tente de tracer le portrait du suicide chez les 65+.

« À cela s’ajoutent les pertes de toutes sortes à cet âge : les deuils, tout comme les pertes de capacités et d’autonomie sont des moments critiques car la prise de conscience d’une nouvelle réalité amène une certaine détresse. Par exemple, la perte du permis de conduire peut avoir des conséquences importantes, spécialement chez les hommes », souligne Jérôme Gaudreault, directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS).

Par ailleurs, la perception erronée selon laquelle la dépression ferait partie du vieillissement « normal » fait en sorte qu’elle est moins diagnostiquée et encore moins traitée, ce qui influence à la hausse le taux de suicide dans cette tranche d’âge. « Il faut prendre garde à la banalisation de la détresse chez les aînés. La dépression n’est pas normale, à 20 ans ou à 70 ans, et elle doit être traitée », rappelle M. Gaudreault.

Il y aussi l’âgisme, qui ternit l’image et l’estime que les aînés ont d’eux-mêmes et diminue la valeur accordée à leur vie par leurs proches et les intervenants, favorisant du même coup un climat propice au suicide.

La clé : briser l’isolement

À l’autre bout du spectre, un réseau social, une bonne capacité d’adaptation et la pratique religieuse, par ses valeurs d’entraide et d’écoute, constituent des facteurs de protection au suicide.

À ce titre, tout geste pour briser l’isolement des personnes âgées, dont des visites et des appels téléphoniques de la part des proches, font une réelle différence. Qu’on se le dise…

Repérer les signes inquiétants… et y réagir

Quant aux signes de détresse suicidaire, ils sont comparables dans toutes les tranches de la population : état dépressif, discours négatif, messages clairs ou nébuleux à cet effet, changement dans l’hygiène de vie (alimentation, sommeil, hygiène corporelle), consommation accrue d’alcool ou de médicaments, comportements téméraires ou fin de la participation à des activités sociales, etc.

Si on sent poindre en nous des idées suicidaires, il faut en parler à un proche, à un professionnel ou à un intervenant, au 1 866 277-3553 (APPELLE).

Si on constate que quelque chose ne va pas chez un être cher, l’attitude à adopter est d’aborder directement le sujet en posant la question qui ne tue pas, au contraire : « Songes-tu au suicide ? » Si c’est le cas, on tente ensuite de savoir pourquoi il envisage le suicide, s’il a établi un plan, choisi un moment pour mener son projet à terme, etc.

« La réaction sera positive car la personne en détresse va réaliser qu’on se préoccupe d’elle. De plus, ce sera une première occasion pour elle de verbaliser cette pensée suicidaire, ce qui est essentiel », note le directeur général de l’AQPS.

Ensuite, il ne faut pas prendre la situation en charge, mais plutôt inciter la personne en détresse à aller chercher de l’aide et l’accompagner dans ce processus. Des ressources existent dans toutes les régions, sans oublier la ligne 1 866 APPELLE, disponible en tout temps.

Pour en savoir plus : aqps.info