« Est-ce que je serai encore capable de séduire? » Cette question habite Norman D., 69 ans, qui, au moment de s’entretenir avec Virage, était séparé depuis quatre mois. Entre sites de rencontre, agences ou deux allées d’épicerie, des cœurs à prendre – ou pris! – nous racontent leur quête d’amour.
Norman s’est offert un nouveau départ : il a non seulement laissé derrière lui la ville où il vivait depuis des décennies, mais aussi un cercle d’amis qu’il fréquentait avec son conjoint des 15 dernières années.
Renouer avec le célibat, à l’approche de ses 70 ans, n’a rien de simple. Norman ressent le besoin de retrouver la complicité avec un homme de son âge, mais la crainte de ne pas plaire l’assaille.
« Me tenir devant le miroir a été comme une confrontation, confie-t-il. Avec mon chum, on voyait la peau plisser, les cheveux grisonner; on se disait que ce n’était pas grave, qu’on allait vieillir ensemble… »
La jungle virtuelle
« Rencontrer, oui, mais comment? », se demande Norman, qui dit ne pas avoir envie de faire la tournée des bars à son âge.
« Internet? T’as toutes sortes de monde là-dessus, commente-t-il. T’as des jeunes qui veulent tripper avec un daddy, mais moi, ça ne me fait pas tripper pantoute… »
Les rencontres sur la Toile ne sont pas la tasse de thé de tout le monde.
Même si elle a aimé des hommes rencontrés en ligne, Marguerite (nom fictif) trouve de plus en plus difficile de trouver chaussure à son pied. « Je cherche un compagnon avec qui faire des voyages, des sorties et des activités sportives, assister à des spectacles, sans nécessairement vivre sous le même toit, élabore la célibataire de 68 ans, active sur le site Rencontre sportive. Je veux qu’on en profite pendant qu’on a du temps, pendant qu’on est en forme. »
« Mais c’est juste un gros catalogue. Les hommes de mon âge vont chercher une femme pas mal plus jeune », déplore celle qui voudrait idéalement un compagnon de son âge et en bonne santé.
Jamais mariée, celle qui a été mère monoparentale ne s’imagine pas non plus devenir la compagne d’un veuf. « Ce n’est pas mon monde à moi, explique-t-elle. Je n’ai pas vécu ce genre de connexion-là, pendant des décennies, avec une autre personne. Je ne cherche pas à combler l’absence de quelqu’un. »
En plein dans l’mille!
Alain M., 64 ans, a eu plus de chance. Il a trouvé « la bonne » sur Facebook. Membre d’un groupe de rencontres dans la région de Valleyfield, il a fait la connaissance de Caroline, l’été dernier.

Après quelques rencontres, c’était officiel à la mi-septembre : l’amour était au rendez-vous. « Dès nos premières sorties, on s’est rendu compte qu’on était faits l’un pour l’autre. On a déjà des projets, on se voit ensemble à long terme », témoigne celui qui ne cherchait pas nécessairement une partenaire de vie, mais qui avait gardé la porte ouverte au destin.
Le même scénario s’est dessiné pour Sophia C., 61 ans. En juin dernier, elle a célébré son 3e anniversaire de couple avec Claude, qui l’a trouvée sur Facebook Rencontres. Une relation qui a pris un envol tout doux, tout simple et qui suit son cours.
« Au départ, je ne lui en disais pas trop sur ma vie personnelle, raconte-t-elle. Je ne voulais pas qu’il ait un préjugé parce que j’étais grand-mère! »

L’amour à quelques pas de soi
Trouver l’amour au coin de la rue demeure un fantasme populaire.
C’est ce qui est arrivé à Line C., 66 ans. Célibataire pendant quelques années, elle a erré sur les réseaux sociaux à la recherche d’un compagnon, qu’elle a finalement trouvé… à son club de marche.
« Cet homme ne m’aurait pas intéressé si j’avais simplement vu sa photo en ligne, admet-elle. Mais on avait des atomes crochus. On aime voyager, on a le même style de vie, on a la même santé physique… »
En vieillissant, « il y a des choses qu’on ne veut plus », renchérit Line. « Je suis autonome et indépendante : je me suis forgé une vie en me disant que si je rencontrais quelqu’un, ça serait tant mieux, mais que si ça n’arrivait pas, ça serait correct », détaille-t-elle.
« J’ai bien essayé toutes sortes de sites et de réseaux, même les payants, en pensant avoir des prospects de meilleure qualité, renchérit-elle. Mais ça reste un marché de viande : tu regardes l’étal et tu n’aimes pas. »
Et les agences de rencontre? Encore là, elle ne mâche pas ses mots : « Je n’aimais pas les photos qu’on avait prises de moi, je me sentais comme un pichou ». Qualifiant l’expérience d’« échec colossal », elle déplore qu’on lui ait présenté un homme trop envahissant – sa relation « la plus courte à vie » – et un autre ayant subi un traumatisme crânien, ce qui limitait l’éventail des activités possibles.
« Ça m’a coûté quasiment 2 000 $, et j’ai fait de plus belles rencontres sur Facebook que là-bas, même s’ils nous faisaient remplir des formulaires et qu’on passait des enquêtes de sécurité », avance Line.
Au moment de rédiger cet article, Line n’était pas encore prête à parler « d’amour » à propos de son prétendant, qu’elle fréquentait depuis quelques semaines à peine. « J’espère que ça va se développer, souhaite-t-elle. J’ai rencontré quelqu’un de très bien. »
Les personnes célibataires sondées sont unanimes : même si elles sont bien entourées au quotidien, la peur de vieillir dans la solitude les hante parfois. « Il y a une certaine tristesse à l’idée de finir seule, reconnaît Marguerite. J’aimerais que mon cœur batte encore pour quelqu’un : je veux retrouver cette étincelle. »
Rencontrez prudemment!
Vous avez un match en ligne? Voici quelques consignes de sécurité pour que ce premier rendez-vous soit des plus agréables.
Ne communiquez aucune information personnelle : attendez d’avoir la certitude que l’individu avec qui vous êtes en contact est bel et bien celui qu’il prétend être avant de vous engager sur une voie plus personnelle.
Faites une brève recherche : fouillez à l’aide des moteurs de recherche afin de vérifier si cette personne a déjà fait les manchettes pour une mauvaise raison.
Donnez-vous rendez-vous dans un lieu public : ne recevez pas cette personne chez vous et n’allez pas chez elle pour une première rencontre.
Avisez un proche de votre sortie : faites savoir à une personne de confiance qui vous rencontrez et où vous le ferez. Fournissez des informations sur votre rencontre et déterminez d’un moyen de communication si les choses tournent mal.
Soyez sceptique : demeurez à l’affût des signaux d’alerte. Par exemple, la personne a toujours des excuses pour ne pas vous voir en personne, vous avoue rapidement de forts sentiments ou vous demande urgemment de l’argent.