Quand les générations choisissent de cohabiter

Moins de solitude, plus de solidarité : la cohabitation intergénérationnelle est une piste inspirante pour repenser nos façons de vivre ensemble. Mais à l’heure où la crise du logement s’aggrave et où l’isolement guette les personnes aînées, elle peine toujours à s’imposer. Une réalité que veut changer l’organisme Intergénérations Québec avec son livre Ensemble, récits de cohabitation intergénérationnelle.

Dans le quartier Saint-Sacrement à Québec, 42 familles ont choisi de vivre en communauté, partageant les tâches, les repas, les activités et les espaces. Dans un CHSLD de Granby, les enfants de la garderie située dans le même immeuble rendent régulièrement visite aux résidents. En Estrie, trois générations habitent le même triplex et s’entraident au quotidien.

Des histoires à raconter

Ces histoires, ce sont celles que racontent les auteures Gabrielle Coulombe et Marjolaine Quintal, ainsi que le photographe Mikaël Theimer, dans Ensemble, récits de cohabitation intergénérationnelle.

Au fil des pages, on rencontre notamment Florence et Corentin, étudiants en génie mécanique et en chimie. En échange de quelques heures de bénévolat chaque semaine, tous deux ont accès à un studio entièrement équipé au sein d’une résidence privée pour aînés. Ou encore Caroline, qui partage son toit et son quotidien avec son conjoint, sa mère et sa fille. C’est d’ailleurs dans cette maison multigénérationnelle que toute la famille s’est occupée de son père, en fin de vie.

« Avec la crise du logement, le vieillissement de la population, la hausse du coût de la vie et la solitude qui augmente, la cohabitation intergénérationnelle est une voie intéressante », fait valoir la directrice d’Intergénérations Québec.

L’ouvrage met également en lumière des pratiques moins connues, comme le partage d’habitation, formule qui existe à plusieurs endroits dans le monde. Par l’entremise de l’organisme Combo2générations, des personnes aînées disposant d’une chambre libre sont jumelées avec des étudiants et des étudiantes, en échange d’une présence, de menus services et d’un loyer modique, parfois même gratuit. « Cela donne lieu à des rencontres parfois émouvantes, comme on le voit dans le livre : une professeure universitaire à la retraite accueille une étudiante étrangère. Tant dans le récit qu’à travers les photos, leur complicité est palpable », témoigne Dominique Trudeau.

Des bénéfices pour tous

Ce projet de livre est né à la suite de la pandémie, où la crise dans les CHSLD a mis en lumière l’urgence de repenser nos façons de vivre ensemble, rappelle-t-on dans l’ouvrage. La cohabitation intergénérationnelle s’est alors révélée une piste prometteuse pour lutter contre l’isolement chez les personnes aînées.

La directrice rappelle d’ailleurs à quel point ces liens peuvent être bénéfiques. « Les recherches démontrent que l’isolement social est aussi nocif pour la santé que le tabagisme. » Enrichir les relations des personnes aînées a donc un effet direct sur leur santé physique, psychologique — et, ultimement, sur leur capacité à demeurer plus longtemps à domicile. « Les jeunes bénéficient aussi de ces rencontres avec des personnes plus âgées. Cela contribue, entre autres, à renforcer leur estime de soi », ajoute-t-elle.

Un modèle à populariser

Malgré ses avantages, peu de gens au Québec connaissent ce modèle, et les initiatives qui voient le jour restent marginales.

La FADOQ demande depuis longtemps au gouvernement d’adopter des mesures pour favoriser le développement des maisons intergénérationnelles, notamment par l’établissement de normes nationales et la mise en place d’un programme de soutien financier.

Avec cet ouvrage, Intergénérations Québec espère justement sensibiliser les décideurs à l’importance de faciliter ce type de cohabitation. En effet, les règles actuelles, notamment au niveau municipal, freinent parfois ces initiatives, note Dominique Trudeau.

Pourtant, avec le vieillissement de la population, la société a tout intérêt à réinventer ces façons de vivre ensemble. « Notre mission, c’est de briser l’isolement, de favoriser les rapprochements entre les générations et de développer une société ouverte et inclusive. Ces rapprochements facilitent aussi la vie de tous. » Et la cohabitation intergénérationnelle en est l’exemple parfait !

Le sujet vous intéresse ? Ne manquez pas la Semaine québécoise intergénérationnelle qui se déroulera du 17 au 23 mai prochains et proposera des activités dans plusieurs régions du Québec.