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Planète : mission possible !
Planète : mission possible !
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Ce n’est pas d’hier qu’on entend que chaque geste compte pour éviter de laisser une planète agonisante à nos enfants et petits-enfants. Mais depuis que les mots « urgence climatique » se sont ajoutés à la donne, et qu’un été torride l’a démontrée hors de tout doute, on assiste à une mobilisation jamais vue. Mode d’emploi d’une mission possible, si chacun y met du sien.

« Le Pacte pour la transition génère beaucoup d’enthousiasme, notamment chez les personnes de 50 ans et plus, qui tiennent à contribuer et qui ont du temps pour le faire. Comme témoins de la dégradation rapide de la planète ces dernières décennies, nous devons tous passer à l’action et nous avons aussi un devoir d’espérance », estime Dominic Champagne. Le metteur en scène et militant écologiste est l’instigateur de ce mouvement par lequel plus de 262 000 Québécois et Québécoises se sont engagés, depuis novembre, à poser des gestes concrets pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Créer des habitudes… et les garder

Passer de la parole aux actes, soit, mais par où commencer ? Le véritable bombardement d’informations et de statistiques auquel nous sommes exposés peut nous mêler, nous culpabiliser, voire nous démobiliser. C’est le cas, par exemple, si l’on s’imagine que nos petits gestes quotidiens seront « annulés » par un seul déplacement en avion, grand générateur de GES qui contribuent à la surchauffe de notre chère planète.

« Au contraire, chacun de nos efforts individuels compte et s’inscrit dans un grand mouvement collectif d’une énorme portée », fait remarquer Camille Gagné-Raynauld, conseillère aux communications à Équiterre.

Entre ne rien faire du tout et un style de vie zéro déchet, il y a 50 nuances de vert. On y va un geste à la fois, un peu comme lorsqu’on veut adopter une alimentation saine. On commence par ce qui est significatif pour nous, sans s’en mettre trop sur les épaules et en se félicitant pour nos bons coups. Après avoir intégré une nouvelle habitude, on passe à une autre.

La question qui tue… la pollution

De façon générale, il s’agit de repenser ses choix de consommation, de façon à prévenir à la source la production de déchets. Ainsi, avant d’acheter un bien, la première des choses est de se poser la question McSween, tout aussi pertinente pour l’environnement que pour nos finances personnelles : « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? » En effet, le meilleur achat est celui auquel on ne succombe pas. Cela vaut pour ce nouveau gadget techno et, a fortiori, pour une auto.

« Ensuite, on doit se demander s’il existe une solution alternative qui n’implique pas de ressources, ou encore on se tourne vers le recyclé ou l’usagé. En bout de ligne, si l’on doit acheter, on va vers des produits locaux et durables », résume Mme Gagné-Raynauld.

Par exemple, si on est accro à la mode, on peut organiser une soirée de troc entre amis ou fréquenter les friperies plutôt que de se laisser happer par la mode éphémère. Il faut savoir que la production d’une seule paire de jeans nécessite 11 000 litres d’eau !

Modérons nos transports

Lorsqu’on souhaite réduire notre empreinte écologique, il y a des gains énormes à faire en examinant comment on se déplace. « Si les gens comprenaient à quel point les voitures et les avions sont dommageables pour la planète, ça les aiderait à réfléchir », indique Catherine Potvin, professeure de biologie à l’Université McGill.

Pour illustrer son propos, elle y va d’une analogie avec… la soupe au poulet ! « Quand j’étais enfant, mes parents nous servaient de la soupe au poulet avec un pouce de gras sur le dessus. On trouvait ça excellent. Aujourd’hui, on n’en mangerait plus car on a compris que ce gras est mauvais pour nous. L’avion et la voiture, c’est la même chose pour la planète que le gras de soupe pour nous », dit Mme Potvin, une spécialiste du changement climatique mondial.

Elle ajoute que les déplacements en avion sont particulièrement lourds de conséquences car les GES sont émis en haute atmosphère et possèdent un pouvoir de réchauffement beaucoup plus grand. Voilà de quoi nous inciter à revisiter nos habitudes, côté voyages !

Une assiette plus verte

L’alimentation est une autre sphère du quotidien où il y a (beaucoup) place à l’amélioration. Au Canada, jusqu’à 40 % de la nourriture produite est gaspillée et 47 % de ce gaspillage a lieu dans nos maisons. Imaginez l’eau, les pesticides, le transport utilisés pour rien ! Ainsi, on gagne à tous points de vue à se procurer juste assez de denrées alimentaires.

Acheter local, congeler les produits de saison, intégrer davantage de repas végétariens à notre menu et s’abonner à un panier biologique sont d’autres trucs qui font une réelle différence.

Pas le temps ?

Il se peut que cette nouvelle routine verte exige un peu plus de temps, du moins au début. Mais on réalisera rapidement qu’on gagne temps et argent en achetant des produits en vrac en grande quantité à la fois, en fréquentant les friperies à échelle humaine plutôt que les méga centres commerciaux et le marché public plutôt que l’épicerie. Un légume bien frais n’a-t-il pas meilleur goût quand on connaît celui qui l’a cultivé et qu’on le cuisine comme il nous l’a conseillé !

Autre exemple : le covoiturage. En choisissant ce mode de transport, il se peut qu’on ne quitte pas notre domicile exactement à l’heure souhaitée et idem pour le retour. Par contre, lorsqu’on est passager, on peut profiter du trajet pour régler des choses sur notre téléphone cellulaire, lire, etc. On gagne donc du temps en bout de ligne.

« Ce que les scientifiques nous disent, c’est qu’il faut réduire nos émissions de GES de moitié d’ici 2030. Or, en passant de la voiture solo au covoiturage, on règlerait le problème en grande partie », note Dominic Champagne.

À l’usage, on constatera aussi que plusieurs habitudes douces pour la planète favorisent aussi les échanges avec les personnes de notre communauté, rehaussent notre sentiment d’appartenance, contribuent à notre bonheur et sont plus faciles à adopter qu’on se l’était imaginé. L’économie locale s’en porte mieux. On pense aux agriculteurs mais aussi aux artisans qui prolongent la durée de vie de nos biens : cordonniers, couturières, bijoutiers…

Ce qui fait dire à Camille Gagné-Raynauld, d’Équiterre : « Le futur durable sera différent, reconnecté avec la planète et les gens qui l’habitent. »

10, 9, 8…

« Sur le plan scientifique, il nous reste une dizaine d’années avant qu’il ne soit trop tard. C’est très peu ça, à peine plus de deux mandats électoraux. Les améliorations peuvent être rapides si on met tous l’épaule à la roue maintenant, par nos actions individuelles, en n’ayant pas peur, en acceptant qu’il puisse y avoir des changements sociaux et en talonnant nos gouvernements », indique Catherine Potvin, professeure de biologie à l’Université McGill.

Dominic Champagne est du même avis : « On accorde beaucoup d’importance aux petits gestes. Mais le message du Pacte pour la transition est aussi qu’avec la force du nombre, on va pouvoir exercer une saine et ferme pression sur nos gouvernements pour qu’ils fassent la différence à leur tour. »

Une planète bleu ciel en héritage

Ses responsabilités de père de trois enfants sont le moteur de l’engagement de Dominic Champagne. Catherine Potvin, elle, trouve sa motivation dans ses petits-enfants. « Ma petite-fille a sept ans. Dans dix ans, je ne veux pas qu’elle puisse me blâmer de n’avoir rien fait pour arrêter le changement climatique, moi qui suis une experte dans le domaine. Modifier nos comportements est le plus bel héritage qu’on puisse leur laisser. Et ne rien faire, c’est hypothéquer leur avenir », conclut Mme Potvin.

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10 gestes

  1. Apportez vos vieux objets technos et autres télés désuètes dans un point de dépôt officiel afin qu’ils soient recyclés : lesserpuariens.com
  2. Offrez en cadeau des coupons échangeables contre du gardiennage ou des services, plutôt que des biens.
  3. Traînez avec vous des ustensiles et une serviette de table en tissu, ça fera ça de moins dans les poubelles des chaînes de restauration rapide et des coins restos des épiceries. Et pas de pailles de plastique, svp !
  4. Compensez vos émissions de GES par un don à un organisme d’ici voué à l’environnement, tel qu’Équiterre (equiterre.org)
  5. Procurez-vous une bouteille isotherme réutilisable et dites adieu aux bouteilles d’eau en plastique à usage unique.
  6. Calculez les émissions de gaz à effet de serre liées à vos déplacements ainsi que les montants et les moyens pour les compenser : carboneboreal.uqac.ca/calculateur-ges-fr, planetair.ca ou calculcarbone.org
  7. Réutilisez un sac à pain en plastique plutôt que d’acheter un sac à pain en tissu.
  8. Privilégiez le transport en commun pour aller rendre visite à vos enfants et petits-enfants.
  9. Créez des alertes sur les sites de vente en ligne de produits usagés pour mettre la main sur un objet dont vous avez besoin.
  10. Signez le Pacte pour la transition : lepacte.ca