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Le réconfort au bout du museau
Le réconfort au bout du museau
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Normand ( nom changé ) a grand besoin de conserver la motricité de sa main droite, qui active le fauteuil roulant dans lequel il est confiné. C’est une question d’autonomie. Après les salutations d’usage et quelques échanges de taquineries prouvant que les troubles cognitifs de l’homme n’ont pas affecté son sens de l’humour, Dominique Brunet fait grimper tour à tour Porto, puis Maggie, sur les genoux de ce résident du Centre de soins prolongés Grace Dart de Montréal.

Subtilement, l’intervenante en zoothérapie, qui a cultivé au fil du temps un solide lien de confiance avec l’homme, l’amène à faire travailler sa main droite pour nourrir, un morceau à la fois, les adorables pitous, tout en le valorisant sur son habileté à se faire écouter par les deux animaux. La fierté se lit sur le visage de Normand. Aucun doute possible : c’est le plus beau moment de sa journée, sinon de sa semaine. Ces accompagnements ciblés à haute teneur en réconfort et en respect sont le pain quotidien de Dominique Brunet, intervenante de Zoothérapie Québec depuis dix ans. Parfois les animaux font partie intégrante de la démarche de stimulation du client, parfois ils servent davantage d’entrée en matière pour sortir de son mutisme une victime d’AVC éprouvant des difficultés d’élocution, parfois ils font diversion pour enrayer une soudaine crise d’anxiété d’un résident atteint d’Alzheimer. Toujours, les gestes et les paroles empathiques de Dominique, psychologue de formation, font du bien. Beaucoup de bien.

De plus en plus en demande

Fondé en 1988, Zoothérapie Québec oeuvre dans la grande région de Montréal, principalement dans des établissements. La demande pour ses services est toujours en croissance si bien qu’en 2012, l’organisme sans but lucratif est présent dans 75 établissements, dont 54 centres d’hébergement et de soins de longue durée ( CHSLD ), et intervient de façon régulière auprès de 1840 personnes, dont 1000 aînés, sur une base individuelle ou en petits groupes. D’autres organismes offrent cette forme de thérapie ailleurs au Québec.

« Il ne faut pas confondre l’impact positif du compagnonnage entre les humains et les animaux et dont chacun peut bénéficier à la maison, avec la zoothérapie, qui est l’utilisation thérapeutique d’un animal, par une personne dûment formée, pour intervenir auprès de personnes de tous âges et de toutes conditions », précise d’emblée Annie Bernatchez, directrice clinique de Zoothérapie Québec.

Quels sont les effets positifs du recours à un animal dans un contexte thérapeutique ? La liste est longue, avertit Mme Bernatchez. Si l’on se limite au contexte d’une intervention auprès d’aînés en établissements, la zoothérapie facilite l’intégration des nouveaux résidents, permet de stimuler ou de maintenir la mobilité, les fonctions cognitives et l’autonomie, génère la bonne humeur, égaye le milieu de vie, valorise les personnes, favorise les interactions sociales et accroît le sentiment d’appartenance ainsi que le taux de satisfaction des résidents face aux activités offertes par leur établissement.

« Les centres d’hébergement ont mauvaise presse par les temps qui courent. La zoothérapie est un exemple des efforts considérables déployés par certains établissements pour répondre aux besoins de la clientèle. C’est une activité attendue par les aînés, qui casse la routine et est complémentaire au rôle des équipes en place », fait valoir Mme Bernatchez.

Des intervenants bien formés… et des animaux bien dressés !

Les intervenants de Zoothérapie Québec sont tous des cliniciens diplômés en sciences de la santé, sociales ou de l’éducation, qui reçoivent une formation en comportement animal et en zoothérapie. L’organisme offre d’ailleurs de la formation ciblée à des intervenants de toutes sortes ( psychologues, psychoéducateurs… ) qui veulent ajouter la zoothérapie à leur offre de services, où qu’ils oeuvrent, en région et même à l’étranger.

De même, ne devient pas animal de zoothérapie qui veut. Les animaux – uniquement des chiens chez Zoothérapie Québec – sont sélectionnés selon des critères précis. Puis, ils sont soumis à plusieurs semaines d’entraînement, incluant des séances permettant aux animaux et aux intervenants de faire connaissance. Zoothérapie Québec a présentement 30 chiens à son service, de toutes tailles et de toutes races.

Réclamez la zoothérapie !

La zoothérapie ne fait pas partie du panier de services de votre établissement ou de celui où vit un proche ? Alors, réclamez-la ! « On me s’improvise pas intervenant en zoothérapie. Les établissements doivent prendre soin de faire affaire avec des organisations reconnues », prévient Mme Bernatchez.

Dans un autre ordre d’idées, si vous songez à offrir un animal de compagnie à un aîné afin qu’il se sente moins seul et profite des bienfaits du compagnonnage, sachez que ce n’est pas à coup sûr une bonne chose.

« Informez-vous d’abord à la personne si elle est intéressée à accueillir un animal et se sent capable de le faire. Dans un contexte de perte d’autonomie, l’animal pourrait même devenir une source de stress pour l’aîné qui craindrait alors de ne plus pouvoir en prendre soin correctement », résume la directrice clinique de Zoothérapie Québec.

Le type d’animal, son âge et son tempérament sont notamment à prendre en considération, un chiot étant plus demandant qu’un chien adulte, alors qu’un chat et un oiseau sont peu exigeants. Il faut envisager toutes les facettes de la question au moment de tenter un jumelage. Il s’agit en effet de créer rien de moins qu’une amitié unique, pour des années à venir.

Devenez famille d’accueil… pour chien !

Vous adorez les chiens mais n’avez peut-être pas les moyens de payer pour ses soins et sa nourriture ? Si vous demeurez à Montréal et correspondez aux critères de sélection de Zoothérapie Québec, vous pourriez devenir famille d’accueil pour un chien. Les familles d’accueil ont la tâche de transporter l’animal pour se rendre et revenir du travail, puis d’en prendre soin lorsqu’il est à la maison. Zoothérapie Québec assume tous les frais : nourriture, soins vétérinaires, toilettage et accessoires.

Si le coeur vous en dit, vous pouvez aussi combler votre besoin de côtoyer des animaux en joignant la cinquantaine de bénévoles qui accomplissent différentes tâches pour cet organisme, dont les soins aux chiens, le transport et la représentation ( salons, colloques, expositions ). Contact : Patricia Bonnot, 514-279-4747.