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L’art d’acheter québécois
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Avec la COVID-19, acheter québécois est plus à la mode que jamais. Mais est-ce si avantageux ? OUI !

Les consommateurs oublient souvent à quel point ils ont du pouvoir. Beaucoup de pouvoir. En fait, le capitalisme moderne repose sur leurs épaules. Pourquoi ne pas en faire profiter son voisin, son quartier, sa ville, son village, le Québec tout entier ?

Une majorité de consommateurs disent privilégier les produits d’ici (58 % des Québécois en 2018, selon la Baromètre de la consommation responsable). Au quotidien, ils ont davantage leur portefeuille en tête et achètent les produits les moins chers en fonction de la qualité recherchée. C’est une contradiction méconnue ou mal assumée.

Pour soutenir un écosystème local

Alors, à quoi ça sert d’acheter québécois ? Posez la question à n’importe quel entrepreneur québécois et il s’enflammera illico. Prenez Pierre Morin, copropriétaire de Top Glaciers, qui fabrique les marques Bilboquet, Solo Fruits, Lambert et Hudson : « Tous nos produits sont fabriqués ici, dit-il. Pratiquement tous nos ingrédients viennent d’ici. Quand on achète québécois, on soutient un ensemble d’entreprises et de fournisseurs locaux. »

Pour Pierre Morin, ce n’est tout simplement pas normal d’acheter un produit qui a été fabriqué à l’autre bout de la planète pour aboutir dans notre assiette.

« Quand les gens achètent québécois, ils assurent la croissance de nos entreprises, ajoute-t-il. Plus elles grandissent, plus elles ont la marge de manœuvre financière pour offrir des prix compétitifs. »

D’autant plus que la plupart des produits fabriqués ici ne sont pas plus chers que leurs équivalents étrangers, soutenait récemment publiquement Nicolas Duvernois, qui a créé Pur Vodka et le Romeo’s Gin. Les entrepreneurs québécois veulent rester en affaires et ajustent leurs prix en fonction de ceux de leurs compétiteurs.

Pour créer des emplois ici

Quand un consommateur achète un produit d’ici, il crée des emplois au Québec, pas au Chili ou en Californie. Il nourrit tout un écosystème basé ici : fournisseurs, transformateurs, distributeurs, comptables, fiscalistes, transporteurs, spécialistes en tous genres… Et il n’encourage pas que des géants : les PME québécoises de 99 employés et moins représentaient les deux tiers des emplois du secteur privé en 2017.

Toutes ces entreprises appuient les organismes communautaires, les fondations, les musées, les artistes, les universités, les hôpitaux locaux.

Acheter chez nous est aussi significativement plus viable aux points de vue environnemental et fiscal. Un produit qui voyage par bateau, avion, train et camion sur de grandes distances pollue davantage. Par ailleurs, toutes les étapes de fabrication d’un produit québécois sont taxées et imposées ici. C’est autant de revenus fiscaux qui financent nos infrastructures, écoles, hôpitaux, routes, transports en commun…

Conséquemment, les spécialistes évitent d’employer le mot « encourager », privilégiant l’expression « investir dans l’achat local ».

Les produits ou le détaillant ?

Doit-on privilégier le produit ou le détaillant québécois ? Les deux, si possible. Mais avant tout, il faut éviter de se compliquer la vie. Rien ne vous empêche d’acheter québécois chez Walmart. Car tous les détaillants implantés ici paient leurs taxes et impôts ici. Leurs salariés également. Et une bannière étrangère peut avoir un magasin contrôlé par un entrepreneur québécois, notamment franchisé.

À l’inverse, les détaillants 100 % québécois, que ce soit Metro, Simons ou la boutique du coin, vendent souvent des produits étrangers.

Comment reconnaître les produits d’ici ? Par le fameux Panier bleu, mais cette approche a ses limites. Le meilleur moyen, c’est de lire les étiquettes.

À défaut d’acheter québécois, on peut acheter canadien. Une firme de Vancouver ou de Saint-Jean (Terre-Neuve) paie aussi des impôts à Ottawa et a souvent des fournisseurs québécois.

Faites votre journaliste

Avant ou pendant votre magasinage, vous pouvez aussi googler l’adresse du siège social d’un fabricant ou d’un détaillant. C’est parfois compliqué, car certains n’affichent pas leur adresse en ligne ou dans leur application. Mais en cherchant un peu, on finit toujours par trouver.

Ce petit travail se complique quand on sait que des fleurons de notre économie (Rôtisseries St-Hubert, Rona, Provigo, La Senza, Bélair Direct) ne sont plus québécois. Par contre, une entreprise « étrangère » est peut-être contrôlée par des Québécois (Groupe Investors est basé à Winnipeg mais appartient à Power Corporation de Montréal). Ou, pour certaines, les grosses décisions se prennent ailleurs, malgré un siège social québécois (Banque Royale, Air Canada, Bell).

Un bon moyen d’acheter chez nous est de consulter l’Indice Québec des 120 sociétés québécoises cotées en Bourse, l’indice Morningstar Québec Banque Nationale ou les classements du journal Les Affaires.

Concrètement, acheter 100 % québécois est un excellent principe… qu’il n’est pas toujours facile d’appliquer au quotidien. Mais le jeu en vaut largement le réflexe.