VIRAGE
La viande : beaucoup, un peu, pas du tout ?
La viande : beaucoup, un peu, pas du tout ?
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Apôtre d’une alimentation responsable et respectueuse depuis 20 ans, la nutritionniste Anne-Marie Roy prêche en faveur d’une augmentation progressive de la proportion de végétaux dans notre assiette. Attention : ses arguments sont aptes à déboulonner bien des mythes et à convertir, du moins en partie, même les carnivores les plus endurcis !

« Pour moi, les raisons de se nourrir essentiellement de végétaux sont de trois ordres. Pour l’aspect environnemental, afin de réduire notre empreinte écologique. Pour des raisons éthiques, afin de se nourrir sans faire souffrir d’animaux. Et, bien sûr, pour les nombreux bénéfices de ce type d’alimentation au niveau de la santé humaine », résume Mme Roy, elle-même végétalienne.

En effet, les statistiques concernant l’impact environnemental de l’élevage des animaux pour leur viande nous font réaliser que la faim ne justifie pas nécessairement les moyens. Par exemple, à l’heure où le réchauffement climatique est une préoccupation planétaire, il faut savoir que les émissions de gaz à effet de serre liées à l’élevage d’animaux pour l’alimentation sont équivalentes à celles de tous les moyens de transport réunis.

Par ailleurs, le visionnement de quelques documentaires sur le sort réservé aux animaux qui finissent dans notre assiette suffit à couper l’appétit.

L’alimentation qui change tout

Quant aux impacts positifs sur la santé d’une diminution de la consommation de viande, Anne-Marie Roy les énumère avec la conviction de celle qui a vu bien des petits miracles se produire parmi sa clientèle.

« Une alimentation davantage axée sur les végétaux aide à prévenir les problèmes de santé car les fibres et les antioxydants des végétaux nous protègent. De plus, puisque les végétaux sont riches en eau et qu’ils prennent beaucoup de place dans l’estomac, ils facilitent le contrôle du poids. C’est important, quand on sait que la moitié de la population a des kilos en trop », note la nutritionniste.

Anne-Marie Roy va plus loin, parlant des changements alimentaires comme moyens pour renverser des problèmes de santé, en tout ou en partie, notamment les maladies dites chroniques telles que l’arthrite et l’hypertension, dont la prévalence monte en flèche, en particulier après 50 ans.

Un lundi à la fois

La nutritionniste prône la méthode des petits pas afin d’effectuer, pour de bon, ce virage salvateur. Toutes les formules portent fruits : réduire la grosseur de la portion de viande, manger uniquement un repas de viande par jour ou encore adhérer au mouvement Lundi sans viande.

« Toutes ces façons de faire permettent de constater qu’on se sent mieux en mangeant moins de viande et sont des incitatifs à poursuivre dans cette voie-là », fait valoir Mme Roy.

Cinq mythes sur le végétarisme

Après avoir diminué et diminué encore notre apport en viande, est-il risqué de faire le grand saut du côté du végétarisme ?

« Il y a plusieurs mythes tenaces concernant le végétarisme. Bizarrement, les gens s’inquiètent beaucoup d’éventuels problèmes de santé liés à ce type d’alimentation, mais très peu des carences de ceux qui se nourrissent de pizzas pochettes et autres aliments vides », laisse tomber Anne-Marie Roy.

Puis, en moins de deux, elle déboulonne les principaux mythes liés au végétarisme.

  • La carence en protéines : « Nous accordons beaucoup d’importance aux protéines. Or, nous en avons moins besoin qu’on pourrait le penser. De plus, il faut savoir que les végétaux en contiennent. Par exemple, 25 à 30 % des calories des légumineuses sont des protéines. »
  • La carence en fer : « C’est un problème fréquent chez les femmes, tous modes d’alimentation confondus. Les végétariennes n’y sont pas plus exposées puisque les végétaux contiennent du fer non héminique. Celui-ci a la particularité de s’adapter à nos besoins et non de s’accumuler dans le corps comme le fer héminique présent dans la viande, la volaille, le poisson et les fruits de mer. On peut doubler l’absorption du fer si on l’accompagne d’une source de vitamine C : poivron rouge, jus d’orange, kiwi, brocoli… Il faut éviter de boire du thé une heure avant ou après un repas car ses tanins nuisent à l’absorption du fer. »
  • La carence en calcium : « Ceux qui décident d’éliminer aussi les produits laitiers n’ont pas à s’inquiéter d’un éventuel manque de calcium puisqu’il en existe plusieurs autres sources : boissons végétales, kale, bok choy, produits de soya, haricots blancs, sésame, etc. De façon générale, il faut s’assurer de consommer une belle diversité d’aliments de différentes couleurs. »
  • La carence en vitamine B12 : « Les végétariens stricts doivent se tourner vers des aliments enrichis de vitamine B12 ou encore des suppléments. Fait à noter, il n’est pas rare que cette vitamine fasse défaut, chez les végétariens ou les omnivores de plus de 50 ans, en raison d’une moins bonne capacité d’absorption de cette vitamine. »
  • La monotonie : « Avec la cuisine végétarienne, il y a tellement de plaisir à aller chercher grâce aux textures, aux couleurs, aux saveurs. On peut aussi adapter nos recettes favorites, par exemple en cuisinant des burgers végétaux, du pâté chinois aux lentilles ou des pizzas jardinières. On découvre ainsi beaucoup de nouveaux aliments, on s’initie aux cuisines du monde, etc. »

En passant, 2016 est l’Année des légumineuses. L’occasion est belle de tenter une incursion du côté des lentilles, du soya et autres pois chiches, qui fournissent des glucides à absorption lente, renforcent la flore intestinale, sont écologiques, santé et économiques !