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Je suis femme
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Qu’est-ce au juste qu’être femme en 2015 ? Si leur parcours est différent, tout comme leurs causes et projets, les propos de Dominique Michel, Jocelyne Cazin, Sophie Langlois et Francine Laplante se rejoignent en plusieurs points. D’une part, ce qui leur donne espoir : les jeunes femmes d’aujourd’hui, tellement allumées, alertes, motivées et motivantes. D’autre part, ce qui les inquiète : que malgré les luttes, rien ne semble acquis pour les femmes. Place à quelques leçons de vie de ces femmes inspirantes.

Dominique Michel

Jointe en Floride où elle fuit l’hiver, notre chère Dodo est toujours aussi pétillante, du haut de ses 82 ans. Très vive, elle a une opinion bien arrêtée sur tout, et assume en riant  un rare « senior moment », lorsque sa mémoire tarde ne serait-ce que quelques secondes à mettre un nom sur un visage.

Maintenant à la « vraie de vraie retraite », elle parle avec passion de la cause qui donne un sens à sa vie depuis que la sienne a été menacée par le cancer du côlon : la création du Centre intégré de cancérologie de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

« J’ai été traitée à cet hôpital et j’ai pu constater que les besoins sont criants. Ils le seront de plus en plus en raison de l’augmentation fulgurante des cas de cancer prévue au cours des sept prochaines années, plus particulièrement parmi la clientèle desservie par cet hôpital de l’Est de Montréal. C’est ma cause et j’aimerais que ce soit aussi celle du gouvernement. Pour ce faire, il faut que la population montre qu’elle est massivement derrière ce projet, par des dons. Je ne lâcherai pas tant qu’on ne procédera pas à la première pelletée de terre. » Elle réitère à tout vent que chaque don compte. Pour l’aider : jappuiedodo.com

Sa vision du féminisme : « De façon générale, je trouve dommage que les femmes soient encore obligées de réclamer leur juste place dans la société. S’il y avait un respect profond entre les individus, ce serait réglé. »

Sa leçon de vie : « J’ai travaillé fort dans ma vie et j’ai toujours été à mon affaire. Dans la vie, qu’on soit homme ou femme, il faut s’aider soi-même. »

Ses modèles : Thérèse Casgrain, à qui l’on doit l’obtention du droit de vote pour les femmes au Québec et que Dominique Michel a fréquentée, Pauline Marois et la femme d’affaires Christiane Germain.

Jocelyne Cazin

Grâce à son livre J’ose déranger paru l’automne dernier, les gens sont de plus en plus nombreux à oser déranger l’ex-journaliste, animatrice et présentatrice de nouvelles vedette de TVA, Jocelyne Cazin. Et c’est tant mieux puisque « retraite active » est en quelque sorte son mot-clic, elle qui veut demeurer encore et toujours au cœur de l’action et surtout pas en retrait, après une carrière ayant débuté à une époque où les femmes se faisaient rares dans les salles de nouvelles. Conférences, tournée dans les Universités du troisième âge, entretiens littéraires et salons du livre sont le pain quotidien de l’auteure de 64 ans par les temps qui courent, pour son plus grand bonheur.

Faisant partie des membres fondateurs de l’Institut de la confiance dans les organisations (ICO), elle croit que pour vaincre la morosité ambiante, cette espèce de déclin qui frappe notre société, il faut au plus vite que chaque groupe, dans son milieu, retrouve confiance dans le groupe avec lequel il est en relation.

« Cela vaut pour toutes sortes d’organisations : patrons et syndiqués, politiciens et électeurs, administrateurs bénévoles et membres d’organismes communautaires, etc. » Madame Cazin invite les personnes intéressées par la question à assister au 1er Sommet international de la confiance dans les organisations, en mai prochain, à Montréal (institutdelaconfiance-sommet.org)

Sa vision du féminisme : « Dans mes années comme animatrice et comme présentatrice de nouvelles, j’étais moins bien payée que mes collègues masculins. C’est choquant de constater qu’encore aujourd’hui, les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes et que le pouvoir est encore très masculin. »

Sa leçon de vie : « Nos façons d’être entre hommes et femmes ont régressé et nous sommes de plus en plus nombreux à être seuls devant nos tablettes. Est-ce cela, la libération ? »

Ses modèles : Michèle Thibodeau-DeGuire, présidente du c.a. de l’école Polytechnique et ex-pdg de Centraide du Grand-Montréal et Mylène Paquette, qui a traversé l’Atlantique à la rame.

Francine Laplante

Tout a débuté par ce pacte avec la vie : « Tu redonnes la santé à mon fils et je consacre le reste de mes jours à amoindrir les souffrances des enfants malades. » La vie a fait sa part : à l’issue d’un long combat, le petit François-Carl Viau a recouvré la santé. Et Francine Laplante a fait la sienne : les deux fondations qu’elle a créées ont permis de récolter jusqu’à présent plus de 8,5 M $ pour les enfants et les jeunes adultes aux prises avec le cancer.

« Mon bénévolat le plus significatif demeure l’accompagnement d’enfants en fin de vie. Ça me permet de rester en contact avec les vraies choses. Je suis aussi très troublée quand je pense aux enfants abusés, à ceux qui ne mangent pas à leur faim, même au Québec, et aux conséquences fâcheuses de l’individualisme des gens », raconte cette fonceuse et bourreau de travail sur les bords, qui avoue avoir un seuil de tolérance de -40 envers les choses futiles.

On la comprend, car en plus d’avoir cinq enfants (dont quatre adoptés) et d’être une bénévole totalement dédiée à ses deux autres « bébés » – c’est ainsi qu’elle nomme ses fondations ! – elle est vice-présidente finances de Chenail fruits et légumes, l’un des plus importants grossistes en fruits et légumes de la province. Évoluer dans un monde d’hommes s’est d’ailleurs avéré facile pour cette femme qui regarde les gens droit dans les yeux et est reconnue pour son franc-parler.

Pour donner : gouverneursdelespoir.org et nezpourvivre.com

Sa vision du féminisme : « Il faut adopter l’attitude générale que tous sont égaux, hommes ou femmes, et que chacun doit pouvoir prendre la place qu’il souhaite dans la société. »

Sa leçon de vie : « Il faut redonner ses lettres de noblesse au respect des gens, des opinions et des biens. Tout commence là. »

Ses modèles : toutes les mamans qui accompagnent leur enfant gravement malade, sa mère qui a élevé ses 12 enfants « sur la coche », l’oncologue Caroline Laverdière et la juge Andrée Ruffo.

Sophie Langlois

Abolitions de postes obligent, Sophie Langlois, correspondante de Radio-Canada pour l’Afrique pendant six ans, couvre maintenant toutes sortes de sujets au Québec. Ce qui ne l’empêche pas de nous faire mieux connaître l’Afrique et les Africains à titre d’envoyée spéciale sur ce continent qu’elle aime tant, comme elle l’a fait en pleine épidémie d’Ebola, en Guinée, l’automne dernier.

« Dans des contextes comme celui-là, la peur, on la ressent avant de partir. Sur place, notre défi l’emporte : entrer en contact avec les bonnes personnes qui vont nous faire trouver les bonnes histoires, dans des pays très différents les uns des autres. »

La carrière de l’auteure de Lumières d’Afrique, un livre montrant d’autres visages de ce continent, l’a aussi amenée à faire des sacrifices sur le plan personnel. Comme quitter trop souvent son fils, lui qui a fait d’elle « un meilleur être humain et, par ricochet, une journaliste plus humaine. Henri est très fier de sa maman et de son travail. Cette fierté me permet de survivre à la culpabilité maternelle. »

Sa vision du féminisme : « Les femmes dans des postes de pouvoir doivent prendre leur place à leur manière et non adopter les façons de faire des hommes, sinon ça ne donne rien d’accéder au pouvoir. Les femmes d’aujourd’hui tombent d’ailleurs moins dans le panneau de vouloir faire partie à tout prix du boys club. »

Sa leçon de vie : « À côté de ce que les Africaines vivent, notamment la violence conjugale qui est presque la normalité, ça va chez nous. Toutefois, tous les droits sont fragiles, surtout les droits des minorités. Et puisque les femmes sont largement minoritaires dans les centres d’affaires et de décision au Québec, il faut garder l’œil ouvert. L’enjeu du droit à l’avortement est emblématique de cette fragilité. »

Ses modèles : les ex-journalistes Judith Jasmin et Madeleine Poulin, la présentatrice de nouvelles Céline Galipeau, Graça Machel, veuve de Nelson Mandela et Angélique Kidjo, chanteuse béninoise et ambassadrice de l’UNICEF.

Photo : Christian Hébert/Les Publications Charron et Cie inc./Groupe TVA