VIRAGE
Il était une fois… une planète malade
Il était une fois… une planète malade
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Loin d’être rose, l’avenir de notre planète est plutôt gris smog. À moins que chacun de nous se lève à la hauteur de ses convictions environnementales et multiplie les gestes dont elle a si désespérément besoin. À quel degré d’urgence en sommes-nous arrivés et quels sont les enjeux de l’heure ? Steven Guilbeault, cofondateur d’Équiterre, un organisme sans but lucratif qui met de l’avant des choix écologiques, équitables et solidaires, démêle tout ça.

Mission possible

Acteur important dans la lutte et les négociations internationales sur les changements climatiques, M. Guilbeaut a publié en 2009 le livre Alerte ! ( Boréal ), dont le ton était d’un réalisme mêlé d’optimisme. En effet, il affirmait alors que nous étions entrés dans une période de transition vers une prise de conscience planétaire des enjeux et une inversion de la logique pour en arriver à la mise en place de nouvelles bases pour l’économie mondiale. Aujourd’hui, il se dit toujours optimiste, mais plus inquiet qu’il y a trois ans.

« Je constate que la communauté internationale se montre toujours incapable de prendre le taureau par les cornes. De plus, le retrait du Canada du protocole de Kyoto a été un dur coup à encaisser. Heureusement, il y a aussi des bonnes nouvelles, notamment plusieurs mesures environnementales ambitieuses adoptées par Québec ainsi que de multiples initiatives fructueuses un peu partout dans la province et ailleurs dans le monde », résume celui qui, à deux reprises, a été choisi par les organisations non gouvernementales de la planète comme porte-parole devant l’assemblée des Nations Unies.

Loin de lui l’idée de baisser les bras. Oui, un travail titanesque se dresse devant nous pour contrer le réchauffement climatique, puisque nous en sommes selon lui dans la fragile zone qui précède le point de non-retour. Au-delà de ce seuil, le réchauffement climatique échapperait totalement à notre contrôle. Mais il s’agit encore d’une mission possible.

GES, Kyoto et tutti quanti

Commençons par le commencement : les fameux gaz à effet de serre ( GES ). Ces gaz forment une mince couche autour de la planète, retenant en partie la chaleur du Soleil. Sans eux, la température moyenne sur Terre serait de -18 ºC ! On distingue aujourd’hui des GES d’origine naturelle et d’autres créés par l’humain, ces derniers ayant un potentiel de réchauffement entre 5000 et 24 000 fois supérieur à celui du CO2. Or, les concentrations de GES ont déjà dépassé le seuil sécuritaire et « basculé dans une zone de dangerosité climatique », comme l’explique Steven Guilbeaut dans Alerte !

Longtemps sceptique, la communauté internationale a finalement admis que le réchauffement planétaire était bien réel et a entamé la longue marche qui a mené à la ratification du protocole de Kyoto. Cette entente comprend deux groupes de pays : les pays industrialisés, qui ont des objectifs de réduction des GES de 5,2 % en moyenne par rapport au niveau de 1990 et les pays en développement, qui n’ont pas d’objectifs contraignants sur le plan juridique. Ces engagements, pouvant avoir force de loi depuis la conférence de Montréal, en 2005, courent jusqu’en 2012, après quoi les pays qui ont signé l’entente et qui ne se sont pas désistés comme l’a fait le Canada, entreront dans l’après-Kyoto.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après toutes ces années, le protocole de Kyoto ne fait toujours pas l’unanimité, certains pays industrialisés cachant leur manque de volonté politique derrière une argumentation d’équité entre eux et les pays émergents, par ailleurs justifiée en partie tant ces derniers ont une influence grandissante sur les émissions globales de GES. Et puis il y a la lourdeur des processus, les crédits de carbone…

La guerre aux GES

Quelles sont les interventions humaines les plus nuisibles en matière de changements climatiques ? Alors que l’on montre souvent les transports du doigt, d’autres secteurs ont une importance tout aussi grande. En voici deux exemples :

La déforestation : « La déforestation, la dégradation de la forêt ainsi que les changements d’utilisation du territoire sont responsables de 20 % des émissions totales de GES planétaires », écrit Steven Guilbeault dans Alerte ! C’est plus que le secteur des transports en entier ! En ce sens, les coupes massives de forêts, où qu’elles s’effectuent – au Brésil comme au Canada – sont de véritables catastrophes, les forêts étant rien de moins que de formidables puits de carbone naturels. Pour la même raison, le reboisement doit être la norme.

L’agriculture : On l’ignorait il n’y a pas si longtemps encore, mais les sols agricoles sont des puits de carbone plus importants encore que les forêts, d’où l’urgence de les protéger. Il faut opter pour des techniques agricoles renouvelées, plutôt que pour l’utilisation d’engrais de synthèse, qui non seulement contribuent à la pollution atmosphérique, mais se retrouvent dans nos cours d’eau au point de former dans les océans des zones mortes vidées de leur oxygène. L’agriculture biologique s’avère la voie à privilégier, pour les producteurs agricoles et les consommateurs. En effet, si toutes les cultures de maïs et de soja aux États-Unis devenaient bio, ces sols pourraient absorber 250 millions de tonnes de CO2 supplémentaires, soit plus du tiers des émissions totales annuelles du Canada ! Toujours pour faire en sorte que les sols agricoles demeurent des prisons à CO2, les changements de vocation de terres agricoles sont à proscrire.

Ça presse !

Comment calmer les inquiétudes fort justifées de Steven Guilbeault et de nous tous ? En épousant à vitesse grand V cette nouvelle courbe du virage vert qui se profile devant nous. « La prise de conscience ne suffit pas. Il faut changer nos façons de faire, et vite. Car la dégradation de la planète, elle, s’accélère… »

Les 3 commandements de Steven

Vous recyclez, compostez, prenez des douches ultra-rapides et roulez en voiture peu énergivore. Que pouvez-vous faire de plus, individuellement, pour ralentir le train de la pollution et favoriser la mise en place d’une nouvelle relation avec la planète ? Steven Guilbeault a trois suggestions :

1 Citoyens, impliquez-vous : « Les gestes citoyens constituent une nouvelle variable dans la prise de décision collective. Plus les gens s’impliqueront à différents niveaux, plus la société dans laquelle on vit va nous ressembler. Cela veut dire participer aux mouvements d’opposition à des projets nocifs pour l’environnement, aller aux séances du conseil municipal, appeler dans les tribunes téléphoniques, faire du bénévolat dans des organisations dédiées à l’environnement, etc. »

2 Réduisez votre empreinte écologique : « La période de grande chaleur en mars a fait réfléchir bien des gens et leur a fait prendre conscience que nous sommes bel et bien dans une ère de changements climatiques. Cette fois-ci, certaines récoltes ont été affectées, mais ce sont toutes les sphères de notre vie qui le seront si rien ne change. » Réduire son empreinte écologique, cela veut dire notamment planter des arbres, acheter des aliments bio produits localement et réviser nos formules de vacances, puisqu’un allerretour Montréal-Paris ajoute à lui seul une tonne de GES au bilan de carbone de chaque voyageur, qui est d’environ 12 tonnes par année par Québécois…

3 Modérez vos transports : « Il y a beaucoup de place à l’amélioration dans notre façon de nous déplacer, car le transport terrestre compte pour 38 % du bilan de carbone des Québécois, soit plus du double de la proportion des émissions de GES de tout le secteur du transport motorisé ( terrestre, maritime et aérien ) à l’échelle planétaire. Il faut que cesse l’ère du  » tout-à-l’auto  » et des mégaprojets routiers. Le transport en commun doit devenir la norme lorsque c’est possible, sinon le covoiturage. Il faut réfléchir à notre besoin réel d’acheter une auto et, si cela s’avère nécessaire, en choisir une qui soit petite et peu énergivore. Avant chaque déplacement, il faut se demander si l’on doit absolument l’effectuer et, si oui, si l’on doit utiliser l’auto. »