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À Noël, je m’offre un cadeau…
À Noël, je m’offre un cadeau…
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Chaque année, le même rituel se met en branle : nous surchargeons de cadeaux les êtres que nous aimons. Les enfants, les petits-enfants, la fratrie, les amis… Pourtant, chaque Noël, nous oublions d’inclure à notre liste d’emplettes la personne la plus importante de notre vie : nous-même.

Après des décennies de dévouement à pourvoir prioritairement aux besoins fondamentaux des nôtres, pourquoi ne pas laisser émerger cette part d’enfant qui demeure toujours en soi – ce petit être égocentrique refoulé depuis longtemps ! – afin de retrouver ses rêves enfouis ? Se payer ces paradis perdus, ces envies désirées à sept ou quatorze ans ? Se faire plaisir, tout simplement ? C’est Noël, après tout…

« À Noël, permettons-nous d’être généreux avec nous-même, tout comme avec les autres. Donner à l’autre ou à nous-même ne revient-il pas, dans une certaine mesure, à prendre soin de nous tous ? », expose Stéphanie Lavoie, une psychologue qui pratique en milieu hospitalier ainsi qu’à la clinique TDAH, à Montréal.

Penser à soi d’abord

Pourquoi s’oublie-t-on aussi souvent ? Est-ce mal, voire immoral, de vouloir d’abord se faire plaisir pendant la période de Noël, laquelle est très chargée en cérémonials et possède un intense rituel du don de soi ?

« Par exemple, les gens qui se retrouvent seuls à Noël et qui décident de ne pas sombrer dans la nostalgie et la mélancolie doivent se permettre de se faire plaisir, sans penser que cela est mauvais ou empreint d’égoïsme, ajoute Stéphanie Lavoie. De plus en plus de communicateurs du développement humain prônent le fait que d’être un être pleinement satisfait est à lui seul un don pour les autres, car lorsqu’on est heureux, on ne transmet pas son malheur, sa mauvaise humeur, sa non-disponibilité. Au contraire, on risque d’avoir l’envie de donner ou, du moins, d’être beaucoup moins négatif. »

Selon la psychologue, il faut comprendre que donner ne se résume pas qu’au fait de donner des objets, mais devient plutôt une attitude où son propre bien-être se transforme en un cadeau inspirant pour les humains qui nous entourent.

Noël en 2015 : ça rime à quoi ?

Admettons que, de nos jours, la réalité commerciale a transformé le cadeau de Noël en fondement économique majeur pendant les deux mois qui précèdent la période des fêtes et même après, avec les Boxing Days de tout acabit… Admettons aussi que les adultes, en général, ne font rien contre la perception que les cadeaux sont un dû ; que nous tentons peut-être de nous persuader que notre bonheur réside dans l’obtention de biens de consommation ; que les cadeaux peuvent aussi être une façon de compenser notre éloignement ou notre absence, comme une manière de se faire accepter, voire aimer.

Toutefois, comme le souligne l’anthropologue suisse Gérald Berthoud : « […] même si nous vivons fondamentalement dans une société marchande, il y a dans le cadeau quelque chose qui est de l’ordre du don ; cela crée, maintient et consolide des liens, constituant en quelque sorte une matrice sociale ».

Mais à Noël, faut-il signifier notre don de soi uniquement à travers des cadeaux ? « C’est une période – comme un temps d’arrêt dans notre vie frénétique – qui rime d’abord avec donner, rappelle la psychologue Stéphanie Lavoie. Donner du temps, le partager avec d’autres. Naguère, la fête de Noël était caractérisée – outre par son message religieux qui était de pardonner et de donner – par le rassemblement des familles, par de petites attentions, par des consentements à se payer du bon temps et, pour ceux qui en avaient les moyens, des cadeaux étaient offerts, surtout aux enfants. Loin de soi était l’idée de se donner quelque chose, directement. Mais notre époque est différente. Plusieurs personnes de tous les âges se retrouvent seules et ces situations sont souvent associées à des états émotionnels de tristesse et d’isolement. »

Noël est devenu un moment à l’ancienne, au cœur de l’époque Ego 2.0.

Dénatalité, divorces, familles moins nombreuses, parents monoparentaux et conflits relationnels obligent à une réadaptation sociale. Les Noëls d’autrefois n’existent plus que dans nos souvenirs.

« Les personnes qui acceptent de composer avec la réalité d’aujourd’hui pensent probablement à faire de cette période un moment plaisant. Vouloir se faire plaisir peut être positif et pas égoïste du tout puisque ce don de soi, envers soi-même, pourra contribuer à faire de nous des êtres plus épanouis, plus disponibles socialement », conclut Stéphanie Lavoie.

***

Trois résolutions à prendre et dix cadeaux à s’offrir

Penser à soi est essentiel pour notre équilibre psychologique, mais nous nous accordons trop rarement ces moments salutaires en tête à tête avec nous-même. Pas facile de renoncer un tant soit peu à son altruisme et de penser d’abord à son propre plaisir ? Dans ce contexte, voici trois résolutions à ne pas perdre de vue :

  1. Arrêter de toujours être dans le sacrifice.
  2. Se connecter avec soi-même en redécouvrant ses goûts et ses envies.
  3. S’offrir un cadeau – ou du plaisir – que l’on souhaiterait donner aux gens qu’on aime.

Alors, on se fait un cadeau à Noël ? Voici dix suggestions pour tous les goûts :

  1. Une tablette tactile connectée, ne serait-ce que pour continuer à lire son journal favori dans son format numérique.
  2. Un abonnement dans un centre de conditionnement physique. Rencontres intéressantes et prise en charge de sa santé seront au rendez-vous.
  3. Une croisière, qu’elle soit dans les Caraïbes, dans les îles grecques ou sur le Richelieu.
  4. Un casque d’écoute Bluetooth pour écouter sa musique ou ses émissions de télé sans déranger.
  5. Des albums musicaux, sous forme d’anthologie, dont on a toujours rêvé.
  6. Le vélo ou les skis de ses rêves.
  7. Un lit confortable et inclinable à l’aide d’une simple télécommande.
  8. Un abonnement saisonnier à une compagnie théâtrale.
  9. Une soirée dans un restaurant de fine gastronomie.
  10. Une tournée des grandes villes. New York, Rome, Paris, me voici!