Pour certaines personnes, vieillir rime avec douleurs chroniques. Si les médicaments peuvent aider, ils ne suffisent pas toujours. D’autres stratégies permettent toutefois de mieux composer avec la douleur au quotidien. En compagnie d’un pharmacien expert, on explore ces pistes et propose des ressources gratuites d’autogestion pour reprendre du pouvoir sur sa qualité de vie.
Dans l’ensemble de la population, une personne sur cinq souffre de douleurs chroniques. Chez les personnes aînées, la proportion grimpe à une sur trois. Dans le milieu de la santé, on distingue généralement deux catégories : les douleurs à faible impact et celles à haut impact. Ces dernières, qui nuisent à la mobilité et aux activités de la vie courante, sont plus invalidantes, mais heureusement moins fréquentes.
« Il faut aussi se rappeler que, chez les personnes aînées, les douleurs chroniques se combinent souvent à d’autres problèmes de santé, comme une insuffisance rénale ou cardiaque, souligne Philippe De Grandpré, pharmacien et président de la Société québécoise de la douleur (SQD). Les différentes atteintes peuvent se chevaucher et s’influencer. Certaines pertes fonctionnelles sont liées à l’âge, d’autres à des maladies coexistantes. »
Une réalité complexe
La douleur chronique est un phénomène biopsychosocial (elle ne s’explique pas seulement par une atteinte physique, mais aussi par les émotions, le stress et le contexte de vie). Si la composante biologique peut être importante, comme dans le cas de l’arthrite rhumatoïde, la façon de gérer ses émotions influence grandement l’évolution de la condition. Cette gestion émotionnelle joue non seulement sur la perception de la douleur, mais aussi sur celle de l’invalidité qui y est associée.
Après plusieurs années à vivre avec la douleur, il peut devenir nécessaire de revoir ses objectifs de traitement. « Si ça fait dix ans que j’ai des douleurs chroniques, que j’ai essayé plusieurs médicaments, reçu des injections et que peu de choses m’ont réellement aidé, il vaut mieux se poser d’autres questions, explique-t-il. Qu’est-ce que j’ai envie de retrouver qui va concrètement m’aider dans ma vie ? Qu’est-ce que je veux changer, qui est significatif pour moi et que je n’arrive plus à faire ? »
Cette réflexion marque souvent un tournant. La douleur chronique implique alors des choix, une gestion de l’énergie et des priorités, non pas dans l’objectif de tout guérir, mais de se préserver et de mieux vivre au quotidien, même avec certaines limites.
Quoi éviter et favoriser
Un élément clé dans la gestion de la douleur chronique est l’anticipation, souligne le président de la SQD. Lorsqu’une personne s’attend à souffrir, le risque que la douleur se manifeste augmente. À cela peut s’ajouter un sentiment de culpabilité, par exemple lorsqu’on refuse une aide ou une activité, ce qui alourdit encore le fardeau. Il devient alors essentiel de savoir dire non à ses proches lorsqu’on sait qu’une tâche risque d’aggraver la douleur.
« Tout ce qui contribue à se sentir mieux et à être en meilleure santé compte, insiste le pharmacien. La planification des repas, le sommeil, la gestion du stress et une activité physique adaptée permettent de rester en forme le plus possible. Même si certaines choses ne sont plus possibles comme avant, on peut poser des gestes concrets pour améliorer sa situation, petit à petit. »
La gestion de la douleur chronique peut mobiliser plusieurs personnes professionnelles : pharmacien, médecin, physiothérapeute, ergothérapeute, infirmière, travailleuse sociale ou psychologue. Philippe De Grandpré recommande de choisir quelqu’un avec qui on se sent en confiance et qui ne vise pas uniquement la guérison, mais aussi l’amélioration de la qualité de vie.
Un coffre à outils pour mieux vivre avec la douleur
Au-delà du suivi médical, plusieurs outils d’autogestion peuvent aider les personnes aux prises avec des douleurs chroniques à reprendre du pouvoir sur leur quotidien. Ces ressources ne promettent pas de faire disparaître la douleur, mais offrent des stratégies concrètes pour mieux la comprendre, l’anticiper et composer avec elle.
Agir pour moi (Gérer ma douleur)
Offert en ligne, Agir pour moi est un programme d’autogestion de la douleur chronique de huit semaines, conçu pour être suivi sans soutien professionnel. Les leçons proposées portent sur différentes stratégies permettant de mieux gérer la douleur au quotidien. On y aborde notamment la gestion de l’énergie, les pensées liées à la douleur, l’activité physique adaptée et les émotions qui l’accompagnent. Le programme permet d’avancer à son rythme, en fonction de ses capacités et de ses objectifs personnels.
Surmonter sa douleur
Ce portail pancanadien rassemble de l’information fiable et vulgarisée sur la douleur chronique, ainsi que des conseils et des stratégies pratiques pour mieux y faire face. On y trouve des ressources gratuites, dont des articles, des vidéos, des balados, des cours, des ateliers et du soutien par les pairs. Une bonne porte d’entrée pour les personnes qui souhaitent s’informer et normaliser leur expérience.
LivePlanBe+ (en français)
LivePlanBe+ est un cours en ligne gratuit qui présente des gestes quotidiens visant à améliorer le bien‑être. Il aide également à développer des outils et des stratégies pratiques pour faire face à la douleur et mieux composer avec ses limites.