Au Québec, un adulte sur trois agit comme personne proche aidante. Pourtant, plusieurs ignorent où trouver du soutien pour eux-mêmes. C’est pour répondre à cette réalité que L’Appui pour les proches aidants a lancé le portail L’aide à portée de motsen février 2026.
« Je suis fatiguée. » « Je n’ai personne à qui parler. » « Je perds patience. » C’est souvent par ces phrases simples que les personnes proches aidantes décrivent leur réalité. Or, il n’est pas toujours évident de traduire ce ressenti en demandes précises ou de savoir vers quelles ressources se tourner. « Avec L’aide à portée de mots, nous avons voulu partir de ce que les gens ressentent, de leurs propres mots, pour les accompagner vers du soutien concret », explique Guillaume Joseph, directeur général de l’Appui.
Ainsi, le portail invite les gens à sélectionner des phrases qui reflètent leur état — fatigue, isolement, découragement — mais aussi leurs besoins ainsi que la situation de la personne qu’ils soutiennent. Après avoir inscrit leur code postal, ils peuvent consulter une liste de ressources adaptées à leur réalité. « Naturellement, ceux qui appellent notre ligne Info-Aidant nous parlent d’abord de ce qu’ils vivent, sans demander de références précises. Nous sommes partis de cette expérience pour construire l’outil », précise-t-il.
Le répertoire regroupe plus de 1 200 ressources à travers le Québec. « En dehors du réseau de la santé et des services sociaux, il existe un vaste réseau d’organismes communautaires, d’association ou d’entreprises d’économie sociale qui organisent des groupes d’entraide, des cafés-rencontres, des haltes-répit ou qui offrent du soutien psychosocial » donne-t-il en exemple. L’objectif est donc double : faciliter l’accès à l’aide et mieux faire connaître l’offre existante.
Se reconnaître comme proche aidant
Le portail mise également sur des témoignages afin de briser l’isolement et de refléter la diversité des parcours. Car de nombreuses personnes jouent ce rôle sans se définir comme proches aidantes.
La définition est pourtant large, rappelle le directeur général, et inclut toute personne qui offre du soutien à un proche en perte d’autonomie ou vivant avec un handicap ou des limitations, qu’elles soient temporaires ou permanentes. Et le lien dépasse le cadre familial : on peut soutenir un ami, un voisin, un collègue.
Souvent, les proches aidants cherchent d’abord de l’aide pour la personne qu’ils accompagnent, reléguant leurs propres besoins au second plan. Lorsqu’elles finissent par demander du soutien, elles sont bien souvent épuisées, observe Guillaume Joseph. En proposant un accès simple et basé sur les émotions vécues, le portail veut encourager une démarche plus précoce. « Tout le monde n’est pas à l’aise de prendre le téléphone pour expliquer ce qu’il traverse. L’outil ouvre donc une nouvelle porte vers le soutien », résume le directeur général.
Une politique à surveiller
Le lancement du portail coïncide avec l’adoption de la Politique nationale de soutien à domicile (PSAD), intitulée Mieux chez soi. Parmi les mesures annoncées par la ministre de la Santé, Sonia Bélanger : la possibilité pour certaines personnes proches aidantes d’être rémunérées, notamment par l’entremise d’une allocation autonomie à domicile.
Pour L’Appui, il s’agit d’un pas important vers une meilleure reconnaissance du rôle des proches aidants. Le DG estime toutefois que les montants alloués par le gouvernement au soutien à domicile devraient continuer d’augmenter, alors que le Québec investit moins à ce chapitre que plusieurs autres provinces et pays et que les besoins iront grandissant.
La FADOQ salue aussi ce soutien envers les proches aidants et « et attend avec intérêt de connaître les critères d’admissibilité qui y seront associés. » Elle accueille aussi favorablement la politique, tout en soulignant que son succès dépendra de sa mise en œuvre.
L’organisation voit d’un bon œil le rôle des CLSC comme portes d’entrée vers les services, ce qui pourrait simplifier le parcours des usagers. Elle affirme qu’elle suivra de près l’application de la politique afin qu’elle se traduise concrètement par « une prise en charge de toutes les personnes en attente d’un premier service de soutien à domicile, ainsi que par une augmentation du nombre d’heures de services offertes par prestataire ».
En attendant, L’aide à portée de mots se veut un outil complémentaire pour reconnaître ce que les personnes vivent, trouver les bons mots… et accéder plus rapidement au soutien nécessaire.