Traverser les Alpes françaises à vélo, c’est pour vous aussi!

Grâce à l’avènement des vélos à assistance électrique (VAE), la grande traversée des Alpes françaises et de ses cols mythiques du Tour de France est accessible à (presque) tout le monde, au grand bonheur des cyclistes matures.

Avec l’assistance électrique et un entraînement approprié, à nous le Galibier, la Bonette, l’Izoard, l’Iseran et nombre d’autres sommets et paysages à couper le souffle.

Un vélo de route léger doté d’un moteur, d’une batterie interne et, idéalement, d’une autre externe : voilà tout ce qu’il faut. Cela ne fait pas tout le travail cependant. Les VAE méritent leur nom, car ils réagissent proportionnellement à la pression exercée sur les pédales.

Le but n’est pas d’aller vite, mais bien de pédaler en souplesse, sans s’exténuer, pour mieux jouir de l’immensité des Alpes au lieu de souffrir la tête dans le guidon. J’ai pu l’expérimenter en septembre dernier, du haut de mes 67 ans, au sein d’un groupe d’une quinzaine de cyclistes provenant de plusieurs pays, dont l’âge variait entre 30 et 72 ans.

Ainsi, nous avons enchaîné les longues montées et descentes de cette traversée au fil de ses 720 km et jusqu’à 27 cols, dont l’Iseran, à 2 762 mètres d’altitude. Le trajet typique de la route des Grandes Alpes part des rives du lac Léman, à Thonon-les-Bains, et se rend jusqu’à Nice ou Menton, en sept jours.

Tout au long de cette belle aventure, nous avons emprunté des routes secondaires héritées de chemins de montagne construits dès l’Antiquité pour relier vallées et villages et pour faciliter le commerce, mais parfois aussi pour mener des conquêtes militaires.

Les paysages sont à couper le souffle!

Appréhension

Je ne cache pas avoir assez mal dormi la veille du départ, tiraillé par le goût de l’aventure et l’appréhension d’une mauvaise chute. Mais cela s’est évanoui quand j’ai rencontré les camarades de route et l’accompagnateur qui nous a transmis ses dernières recommandations et qui nous indiqué à quel endroit il nous attendrait pour le lunch du midi, constitué de fromages, de pains, de noix, de couscous, de fruits, de gâteaux et de sirops sucrés à mélanger avec l’eau de nos bidons. À noter que le forfait comprend les hébergements et les repas, mais la location du VAE est en option à un prix qui frise l’indécence (environ 1 350 $ pour 7 jours), car plusieurs braves le font à l’ancienne, à la pédale.

J’allais donc à mon rythme, en solitaire ou pas, mais toujours en liaison avec l’accompagnateur via une application mobile. Le tracé GPS des routes à emprunter était extrêmement fiable. Au quotidien, les trajets variaient entre 90 et 130 km, pour des ascensions cumulées de 2 000 à 2 800 mètres. Mais il est possible d’ajouter quelques dizaines de kilomètres et jusqu’à 1 000 mètres de dénivelé supplémentaire, puisque des parcours alternatifs sont offerts aux plus téméraires.

C’est ainsi que nous sommes passés de la Haute-Savoie, où ça sent bon le Reblochon, aux parfums de pin parasol et de lavande de la Haute-Provence. Au son des cloches et clochettes, nous avons côtoyé vaches, chèvres, moutons et bergers. Cela imposait quelques arrêts pour capter de courtes vidéos que je m’empressais d’envoyer à la famille et aux proches du Québec, question de susciter un peu de jalousie. Au fil des jours, l’architecture des villages se modifiait, les clochers à bulbe cédant la place aux campaniles provençaux couronnés d’une cage de fer forgé.

Majestueux mont Blanc

Dans le col des Aravis, le mont Blanc s’est présenté à moi pour une première fois, dans toute sa majesté, malgré le temps maussade de cette deuxième journée qui nous conduisait au fameux Cormet de Roselend avec son lac aux eaux turquoise.

Un premier regard sur le Mont Blanc

Et cela s’empilait, chaque jour apportant son nouveau défi, ses nouveaux sommets mythiques, comme l’Iseran et le célèbre Galibier. Sans oublier la magnifique Cayolle et sa douce montée longue de 29 km à partir de Barcelonnette, dans les Alpes-de-Haute-Provence. À de telles altitudes, l’air contient environ 20 % d’oxygène en moins, raison de plus pour compenser avec les watts du VAE qui valent bien un troisième poumon.

Les journées étaient longues sans être exténuantes. Nous chevauchions notre monture pendant six ou sept heures. Il était essentiel de bien s’alimenter et s’hydrater. Comme bien d’autres, je me suis arrêté aux fontaines publiques des villages, et parfois à celles qu’on retrouve toujours dans les cimetières français. On ne meurt pas de soif dans ces lieux de repos éternel!

Montagnes capricieuses

La montagne a ses caprices. Dans la même journée, j’ai eu chaud, j’ai eu froid. Le soleil ardent, la pluie glaciale et le vent furieux s’invitaient sans trop d’avertissements. Il est recommandé de se comporter comme si on passait de juillet à novembre en quelques heures et d’avoir avec soi, ou dans le véhicule d’accompagnement, des vêtements appropriés : couvre-chaussures étanches, coupe-vent, gants longs, bandeau pour protéger les oreilles, mais aussi crème solaire et vêtements légers. Entre la vallée et le sommet, les écarts de température pouvaient atteindre 15 degrés Celsius, sans compter la sensation de froid quand le mistral s’en mêlait.

J’ai pour ma part opté pour la plus grande autonomie possible avec un sac de selle de bonne dimension qui contenait également quelques jujubes et gels au sirop d’érable, question de se requinquer en après-midi, pour aborder le dernier segment de la journée.

Pendant une pleine semaine, nous avons baigné dans des panoramas qui ne cessaient d’étonner par leur étendue et leur singularité, jusqu’à cette longue descente finale sur la Méditerranée et la chaleur retrouvée, tout comme la fierté du défi relevé.

L’expérience fut tellement intense que mon sommeil en a été habité pendant plusieurs nuits, mais je serais bien ingrat de m’en plaindre. Même un peu agités, les rêves prolongent le plaisir.

Pour en savoir plus

Vélorizons

LaRébenne

Belle Allure