Marginalisé pendant des décennies, le hockey féminin vit une renaissance. Désormais, les hockeyeuses n’hésitent plus à prendre leur place dans les arénas du Québec, même à 50, 60 ou 70 ans. Enfilez vos patins, sautez sur la glace et travaillez fort dans les coins, Virage vous amène à la rencontre d’athlètes qui n’ont pas froid aux yeux.
Pendant presque deux décennies, Sonia Duquette a été la « hockey mom » parfaite, passant de longues heures dans les arénas pour accompagner son fils, qui a joué de 3 à 21 ans. « Je ne peux pas compter le nombre de fois où je suis montée dans un autobus pour des tournois de fin de semaine », raconte cette mère qui a maintenant 51 ans. Pendant qu’elle encourageait son fils sur la glace, son esprit s’égarait souvent. « Je rêvais moi aussi de jouer au hockey et de participer à des tournois, mais je pensais que c’était inaccessible. Et je peux te confirmer que je n’étais pas la seule mère à éprouver ce sentiment », confie-t-elle.
Une affaire de filles
Cet intérêt pour le hockey date de bien avant la naissance de son fils. Dans sa jeunesse, Sonia Duquette regardait religieusement La soirée du hockey en famille. Comme les petits garçons de son âge, son frère aîné jouait dans une ligue organisée, mais il était sous-entendu que le hockey n’était pas une affaire de filles. « C’était inconcevable pour moi d’intégrer une ligue, mais je passais mes journées à jouer dans la rue ou sur la patinoire locale avec mes patins blancs », dit cette Sherbrookoise d’origine.
Quand son fils devient adulte, Sonia Duquette retrouve sa liberté et ne veut plus rester dans les gradins. À son aréna local, elle repère un groupe de hockeyeuses et va à leur rencontre. De fil en aiguille, elle finit par joindre une ligue de hockey féminin sur la Rive-Sud de Montréal. À son premier match à 46 ans, elle enfile l’équipement… de son fils! « Nous avons formé une équipe constituée entièrement de recrues. Nous partions de loin. Certaines joueuses ignoraient les règles du hors-jeu », dit-elle avec le sourire en coin.
Six ans plus tard, les Rebelles, du nom de son équipe, sont plus soudées que jamais. Elles se sont même envolées vers la Floride en avril 2025 pour prendre part à un tournoi international. « C’était enfin à mon tour de participer à une compétition! », lance fièrement celle qui a eu un plaisir incommensurable avec ses coéquipières.
Retour aux sources
Sonia Duquette et ses Rebelles sont loin d’être les seules à sauter sur la glace. Preuve que le hockey est plus que jamais à la mode, près de 9 000 filles sont inscrites aujourd’hui dans une ligue fédérée québécoise (moins de 25 ans), alors qu’elles étaient à peine 6 000 il y a une dizaine d’années.
« Il est de plus en plus facile de rejoindre une ligue organisée, peu importe votre âge », affirme Stéphanie Poirier, directrice hockey féminin et développement chez Hockey Québec. Finie l’époque où les filles étaient forcées d’intégrer des ligues masculines, faute d’effectifs.
Comme les ligues séniores ne sont pas chapeautées par Hockey Québec, il n’existe pas de statistiques nationales concernant les joueuses de 50 ans et plus. Les adeptes interviewées dans le cadre de ce reportage constatent toutefois une véritable effervescence : les ligues de hockey féminin prennent de l’ampleur et de nouvelles équipes voient le jour constamment.

Finies, les blagues sexistes
La culture entourant les sports féminins a complètement changé. Pensons à la popularité de la Victoire de Montréal et de sa grande vedette, Marie-Philip Poulin, qui attire les foules depuis 2023.
« Il y a 25 ans, quand je disais que je jouais au hockey, beaucoup de gens me regardaient de travers ou réagissaient avec des blagues misogynes. L’accueil était froid dans les magasins. Pour les commis, j’achetais de l’équipement pour mes frères, certainement pas pour moi-même. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Le fait d’être hockeyeuse ne suscite plus de commentaires négatifs », constate Mai Thanh Tu, à l’aube de la cinquantaine.
C’est au cégep que cette Montréalaise « qui n’avait jamais aimé les cours d’éducation physique » découvre le hockey. Après les études, elle continue à jouer pendant quelques années. Toutefois, au début des années 2000, le hockey féminin était désorganisé et peu considéré par les villes et les organisations. « Ça rendait la pratique plus compliquée, moins accessible et moins bienveillante », témoigne-t-elle.
Mai Thanh Tu accroche ses patins à 27 ans en raison d’un déménagement à Vancouver. Elle les chaussera de nouveau en 2024, après avoir assisté à une conférence de Danielle Sauvageau, entraîneuse de renom qui occupe maintenant le poste de directrice générale de la Victoire de Montréal. « Pendant son discours, il s’est produit un déclic dans ma tête. Je me suis dit : “J’aimais ça, pourquoi je ne recommencerais pas 20 ans plus tard?” » Elle décide donc de retourner sur la glace et d’enfiler son vieil équipement qui lui allait encore. « J’ai été heureuse de constater que plusieurs joueuses étaient beaucoup plus vieilles que moi. Ça m’a redonné confiance », soutient-elle.
Du plaisir en gang
Pourquoi le hockey plutôt que le tennis, par exemple? Pour Louise Duguay, 63 ans, de Pierrefonds, rien n’égale le plaisir de jouer en équipe dans un cadre compétitif. « J’aime aussi la camaraderie. On ne quitte pas le vestiaire en coup de vent. On se côtoie et on fait des fêtes de Noël », dit cette ex-hockeyeuse élite dans le réseau universitaire américain, qui avait peut-être le talent pour devenir professionnelle. « Mais je suis née trop tôt », se désole-t-elle.
Comme hockeyeuse sur le tard, Sonia Duquette tient à transmettre un message à toutes les filles, peu importe leur âge. « Si vous avez déjà rêvé de jouer au hockey, n’hésitez plus. C’est le temps de foncer et d’oser. Ce n’est plus inaccessible pour les femmes et je vous assure que vous ne le regretterez pas », déclare-t-elle. Aiguisez vos patins et sautez sur la glace. La première période commence!
Plan de match pour un retour au jeu
Vous avez le goût de tricoter avec la rondelle en jouant au hockey? « C’est une très bonne nouvelle. Les femmes devraient être fières d’oser », dit la kinésiologue Sabrina Grégoire, franchisée Cardio Plein Air à Montréal. Cependant, si vous avez été inactive physiquement depuis des années, une préparation s’impose.
Première étape, il serait bon, avant de rejoindre une équipe, d’apprendre les bases du patinage en suivant un cours. Deuxième étape : il faut vous assurer que votre corps est en mesure de suivre le match. « Je recommanderais des exercices simples de renforcement musculaire des membres inférieurs et du tronc, ainsi que des exercices d’équilibre sur un seul pied », dit cette entraîneuse. Troisième étape : il faudrait améliorer votre cardio, de façon à ne pas être à bout de souffle à chaque présence sur la glace. « Ça va bonifier votre expérience et votre jeu », dit-elle. Et ça pourrait vous aider à obtenir la première étoile du match.