Luce est devenue grand-maman pour la première fois lorsque sa fille Ariane a choisi d’avoir un enfant en solo. À peine trois mois après la naissance de son petit bonhomme, la nouvelle mamie nous raconte son histoire.
Vous avez eu trois enfants avec André, votre complice depuis 55 ans : une fille de 49 ans, un garçon de 39 ans et Ariane, 46 ans. Jusqu’à tout récemment, vous n’aviez pas de petits-enfants. Ça vous manquait ?
André et moi nous étions faits à l’idée que nous n’en aurions pas. En tant qu’ex-enseignant et ex-enseignante, nous avions cette fibre qui nous faisait penser que nous aimerions en avoir, qu’on aurait pu leur apporter quelque chose. Je comblais en partie cette envie en faisant des remplacements à la maternelle et au primaire, même après ma retraite. Et nous sommes aussi les grands-parents de cœur d’un garçon de notre voisinage; on le garde souvent, on va le chercher à l’école, etc.
Il y a eu donc un certain deuil à faire, mais honnêtement, nous avions tourné la page.
Et voilà qu’alors vous ne vous y attendiez pas, votre fille vous annonce son projet de devenir maman solo.
En novembre 2024, elle nous a demandé d’aller prendre un café pour parler. C’est là qu’elle nous a annoncé son intention de faire un transfert d’embryon dans les semaines qui allaient suivre. Elle nous a expliqué qu’elle avait trouvé une famille américaine qui pouvait lui fournir des embryons d’un cycle de procréation assistée duquel elle avait déjà eu deux enfants. Le couple avait décidé d’offrir les embryons qu’il leur restait. On lui a dit tout de suite qu’on était avec elle dans son projet et à partir de là, elle nous a mis au courant de chaque étape.
Peu de temps après, ses démarches ont fonctionné?
Oui! Le 15 décembre 2024, elle a fait son premier transfert, puis, le 25 décembre, elle nous a appelés et nous a dit que ça avait fonctionné, qu’elle était enceinte! Disons que ça a changé notre soirée de Noël…
Étiez‑vous surprise qu’un tel projet vienne de votre fille?
Pas tant que ça. Elle avait déjà songé à avoir des enfants avec son conjoint des années précédentes, mais ça n’avait pas fonctionné. Et Ariane a toujours été une personne qui fonce si elle a envie de vivre quelque chose.
Son père et moi, on a surtout pensé au travail qui l’attendait. L’allaitement, les nuits difficiles… Nous, on a eu trois enfants, alors on sait ce que c’est. Mais nous, on a toujours pu compter l’un sur l’autre. Elle, elle allait être seule. En plus, c’est une personne qui aime voyager et une entrepreneure qui travaille beaucoup. J’ai eu plus des questionnements que d’inquiétudes… J’entrevoyais surtout l’absence de soutien.
Avez-vous discuté avec votre fille de votre rôle de grands-parents avant la naissance de son enfant?
Nous vivons à Chesterville, à deux heures de Montréal. Pendant sa grossesse, Ariane a indiqué qu’elle aurait aimé qu’on se rapproche d’elle temporairement. On aurait voulu l’aider au quotidien, mais après réflexion, nous lui avons dit que nous ne pouvions pas. Prendre cette décision a été difficile, mais j’ai 76 ans et André, 80. Un déménagement est difficilement envisageable à cause de notre santé… Et puis, on aime beaucoup notre vie en campagne. Nous avons plutôt décidé de faire de petits séjours à Montréal ou de prendre des vacances avec elle et son garçon afin de l’épauler.
Ariane a donc dû se faire un plan B et s’entourer autrement. Elle a beaucoup de proches qui forment un grand village autour d’elle. De notre côté, nous tentons de la soutenir à distance. André, par exemple, a cherché des organismes de Montréal qui peuvent aider les mères solos afin de s’assurer qu’elle ait des ressources.
Comment vivez-vous votre rôle de grands-parents depuis la naissance?
C’est léger et énergisant! Notre petit bonhomme est vraiment un cadeau du ciel et il nous apporte beaucoup de bonheur. Nos téléphones sont surchargés de photos que nous montrons à tout le monde. Sa présence nous pousse à rester en forme, à bouger, à bien manger. Ça nous a redonné de l’énergie parce qu’on veut être là pour lui et pour Ariane le plus longtemps possible. Comme j’ai enseigné longtemps, je rêve de faire son entrée à la maternelle : ça me rendrait très heureuse!
Avez-vous senti des réactions négatives face à la soloparentalité de votre fille ?
Je n’ai pas senti de jugement par rapport à ça. On dirait que ce qui surprend le plus les gens, c’est que notre fille a eu son enfant à 46 ans. Ils ont l’air de penser que ça va être du sport, mais moi, je trouve que ça a ses avantages; elle a une grande expérience de la vie et une belle maturité. C’est une mère extraordinaire.
Que pensez-vous du fait qu’il soit possible désormais d’avoir un enfant en dehors des méthodes traditionnelles?
Je trouve ça merveilleux! Je pense aux mamans seules ou en couple ensemble, aux papas ensemble, qui peuvent maintenant avoir une famille. C’est une autre façon de mettre un enfant au monde. Ça peut paraître futuriste, mais ce n’est sûrement pas condamnable.
Et au fond, je me dis qu’il y a plus de parents en solo qu’on le pense autour de nous et pour diverses raisons, comme des séparations.
Quand vous regardez vers l’avenir, avez-vous des inquiétudes pour votre fille?
Je trouve qu’elle a plus de ressources et qu’elle est mieux entourée que certains parents en couple. Il faut dire que les très nombreux voyages qu’elle a faits dans sa vie l’ont rendue débrouillarde. D’ailleurs, en ce moment, elle est en voyage dans le sud avec son coco de même pas quatre mois! Elle a encore plein de projets, mais maintenant, avec son petit bonhomme.