Mes désirs sont toujours plus grands que mes peurs : plus que jamais, Marina Orsini est guidée par cette phrase marquante que lui a dite un jour sa mère. À l’approche de la soixantaine, l’actrice et animatrice de renom a choisi de sauter dans le vide pour réaliser enfin le rêve qu’elle caressait depuis 30 ans.
« Il faut oser faire des sauts qui créent un vertige et qui nous font nous sentir vivant, nous confie Marina au sujet de Reconstruire les saisons, son premier album en carrière qu’elle présente actuellement en tournée québécoise. Si je n’avais pas fait ce projet-là, ça aurait été un grand regret dans ma vie. »
Endisqué l’année dernière, l’album propose une dizaine de chansons originales, certaines faisant appel à des artistes invités, comme Richard Séguin, Manuel Tadros et Paul Piché.
Ce virage artistique vers la musique peut surprendre, mais il était longuement mûri, avance la principale intéressée. S’il ne s’est pas concrétisé plus tôt, c’est tout simplement parce qu’il y avait toujours d’autres choses à réaliser.
Se mettre un peu en danger
« Chaque âge a ses projets et chaque projet a son âge. Les bons éléments étaient réunis pour que je me lance », raconte-t-elle, soulignant notamment l’apport de son amie Catherine Major, qui signe la réalisation et l’orchestration de l’album. « Et je pense que l’âge a aussi fait en sorte que je me suis sentie prête à assumer ce qui venait avec ce projet, entre autres, me faire éventuellement rentrer “dedans”. »
Indélogeable du paysage culturel québécois depuis les années 1980, celle qui a notamment incarné Suzie Lambert et Émilie Bordeleau n’a jamais cessé de relever de nouveaux défis, passant de mannequin à comédienne, d’animatrice à conférencière.
« Lorsque je suis face à un défi, je me dis qu’au pire, je me péterai la gueule! Je crois que lorsqu’on vieillit, il faut se mettre un peu en danger et rester vivant, curieux, branché. »
« On a toujours tout à prouver, d’abord et avant tout à soi-même, poursuit-elle.
Il n’y a pas de temps à perdre ni d’occasion à rater. Peu importe nos rêves — suivre des cours de cuisine ou de danse, faire de la peinture ou écrire —, il faut se donner la possibilité de les réaliser. Après tout, qu’est-ce qui peut nous arriver? On a juste une vie à vivre. »

Faire le vide
Certains événements nous forcent justement à revoir nos priorités, à saisir l’urgence de vivre. Pour Marina, ce fut le décès de sa mère, il y a 12 ans, qui a eu cet effet. « À partir de ce moment, j’ai fait du ménage. Je pense que je me suis collée encore plus à mes besoins réels. »
À l’approche de la soixantaine, Marina souhaite alléger sa vie en se délestant de certaines responsabilités, notamment sa maison de Montréal, achetée à la naissance de son fils Thomas. « Aujourd’hui, je veux la vendre pour retourner en Estrie, là où j’ai une maison depuis 30 ans. Je veux vivre dans un seul lieu… Et j’ai aussi envie de voyager. Je suis donc dans l’épuration : je vide des armoires, je donne des livres, je détruis des documents. C’est un processus extraordinaire. »
Marina aborde de manière saine cette étape empreinte à la fois de tristesse et d’enthousiasme. « C’est la fin d’un chapitre, mais me rendre compte qu’on a plusieurs vies dans une vie me remplit d’espoir. Heureusement! On traverse parfois des épreuves qui nous font penser qu’on ne se relèvera jamais. Mais non. On est résilient. On se relève et on poursuit notre voyage. »
Pour la suite des choses
Et lorsqu’elle se projette dans l’avenir, Marina a-t-elle encore des souhaits à réaliser? « Continuer, affirme-t-elle sans hésitation. Continuer à rester vivante, à être dans la vie. Avec mon fils, je suis aussi à une nouvelle étape. Il y a deux ans, Thomas est parti en appartement. Actuellement, il vit en Europe où il a un superbe projet pour les deux prochaines années. C’est une grosse étape dans sa vie et dans ma vie de maman. »
« Mais on dirait que la vie m’y a préparé, philosophe-t-elle. Il est d’abord parti en appartement au coin de la rue et maintenant, il est de l’autre côté de l’océan. C’est quelque chose… Mais à travers tout cela, je suis tellement bien entourée. J’ai une grande richesse autour de moi : ma famille et mes amis. Je ne me sens jamais seule. C’est une chance, car je sais que certains vivent une grande solitude. Alors, il faut reconnaître ce qu’il y a de beau dans notre vie.
Le projet qui a changé sa vie
Eh oui, la série Les filles de Caleb célèbre déjà ses 35 ans. Même si Marina Orsini avait déjà connu du succès avec la série-culte Lance et compte, le personnage d’Émilie Bordeleau l’a solidement ancrée dans le cœur des gens. « Ce projet a changé ma vie, confirme Marina, qui recommande de visionner le documentaire Les filles de Caleb : l’histoire d’une passion, offert sur ICI Tout.tv. Il nous a amenés à un autre niveau de reconnaissance. Dans le documentaire, Roy (Dupuis) explique à quel point ce projet a changé sa vie. La veille, il n’était pas connu du public, mais, dès le lendemain de la diffusion, il avait de la difficulté à marcher dans la rue. »
Et de toute évidence, les retombées de ce projet n’ont pas fini de se faire sentir, car pas une semaine ne passe sans que quelqu’un lui en parle. « Et ça fait 35 ans que ça dure! Les filles de Caleb a été rediffusé si souvent que l’amour pour cette série se transmet de génération en génération. Ça a été un succès incroyable! Par la suite, j’ai eu la chance d’enchaîner les projets. Rien n’a jamais été calculé : tout est né d’un élan du cœur. »
Un balado qui fait du bien
Marina Orsini a été proche aidante de sa mère. Elle témoigne de son expérience depuis cinq ans dans le cadre du balado Des histoires qui résonnent : le balado des proches aidants. L’animatrice transmet son expérience derrière le micro, mais aussi en conférence. « Je raconte mon histoire de proche aidance avec ma mère. J’essaie d’inciter les gens à ne pas s’isoler, parce qu’il y a beaucoup de solitude dans la proche aidance. Je les encourage à aller chercher de l’aide. »
Vous pouvez écouter le balado sur des plateformes comme Apple balados et YouTube, ainsi que sur le site www.lappui.org/fr/.

Photo : Bruno Petrozza
Stylisme : Karine Lamontagne
Maquillage : Jacques-Lee Pelletier
Coiffure : Gaël Betts