Est-ce payant de repousser sa retraite?

À une époque où de plus en plus de sexagénaires doivent composer avec une hypothèque, voire des dettes de consommation, décider de prendre sa retraite ne s’improvise pas et ne se fait pas sur un coup de tête. Même si on a hâte d’accrocher nos patins, il peut être judicieux de repousser sa retraite de deux ou trois ans. Pourquoi ? Parce que ça peut être très payant.

En effet, le travail à l’âge auquel on aurait pu dire bye bye boss devient une source de revenus additionnelle à laquelle on ne s’attendait pas nécessairement au départ, comme l’explique Dany Provost, directeur optimisation fiscale chez SFL Expertise.

« Étirer la période d’accumulation du capital, c’est un autre avantage insoupçonné, mais majeur », renchérit l’expert. Plus cette période active est longue, plus le rendement est intéressant. C’est le principe de l’intérêt composé, c’est-à-dire le rendement accumulé à la fois sur l’épargne et l’intérêt. L’argent travaille doublement, sans effort.

Et comme on vient raccourcir la période de la retraite par rapport à l’espérance de vie, on aura plus de ressources pour soutenir notre train de vie, ajoute l’auteur du livre As-tu réglé ça?  

Il ne faut pas non plus négliger les gains psychologiques, comme le sentiment d’utilité ou le maintien d’un réseau social.

Retarder les rentes publiques

Autre effet indirect de repousser sa retraite : on se donne les moyens de reporter l’encaissement des rentes fédérale et provinciale.

« L’impact est spectaculaire, commente Dany Provost. Si vous attendez l’âge maximal de 70 ans (pour une personne ayant résidé toute sa vie au Canada) [pour toucher votre rente fédérale], celle-ci bondira de 36 %, alors qu’au provincial, où l’âge maximal pour réclamer sa rente est de 72 ans, celle-ci explosera de 58,8 %. Ça représente potentiellement plusieurs milliers de dollars de plus après impôt dans votre portefeuille, chaque année. »

L’expert en planification financière a fait le calcul pour une personne de 62 ans, qui gagne 50 000 $ par année, et qui reporte sa retraite à 68 ans. Si elle a remboursé ses dettes et se serre un peu la ceinture, elle peut se permettre d’épargner jusqu’à la limite de son REER (18 % de son revenu).

« En tenant compte d’un décaissement jusqu’à 95 ans, selon les projections de l’Institut de la planification financière, sa rente annuelle sera bonifiée de 5 000 $ », tranche-t-il.

Train de vie

Autre facteur qui peut faire pencher la balance : le train de vie ne change pas tellement après la retraite. Outre les frais reliés au travail (habillement, cotisations professionnelles ou syndicales, assurance collective), l’impôt réduit et l’épargne retraite, les dépenses courantes seront les mêmes.

Ça, c’est sans compter les projets de retraite qui peuvent affecter lourdement le trésor de guerre. « J’ai écrit un livre sur le sujet : le principe voulant qu’on doive disposer d’un million de dollars ou de 70 % de ses revenus de travailleur à la retraite ne tient pas la route, fait valoir Dany Provost. On doit plutôt calculer les revenus de retraite à partir du train de vie actuel. »

Pas pour tout le monde

Évidemment, chaque situation est unique. Pour les personnes à faible revenu, surtout celles admissibles au Supplément de revenu garanti, le report de la retraite est beaucoup moins attrayant.

Idem pour les personnes qui ont de généreux régimes de retraite privés ou des REER bien remplis, et qui se font rattraper par le fisc.

Il faut aussi garder en tête que le marché de l’emploi n’est plus à l’avantage des travailleurs et des travailleuses d’expérience.

À vous de sortir votre calculatrice, de faire vos calculs et de soupeser le pour et le contre. Si vous pensez manquer d’argent, vous avez un choix difficile à faire. Vous diminuez vos dépenses ou… vous retardez votre départ à la retraite.

Des outils à consulter en ligne

Le ministère des Finances du Québec offre un calculateur qui permet de connaître la part du revenu d’emploi que vous conservez comme retraité, si vous retournez sur le marché du travail.

Grilles de montants si vous reportez vos rentes provinciale et fédérale.

Guide de l’Autorité des marchés financiers pour planifier sa retraite.