Ozempic et Wegovy : ce qu’il faut mettre dans la balance
Connus pour leur effet souvent spectaculaire sur la perte de poids, mais aussi pour leurs effets secondaires indésirables, l’Ozempic et le Wegovy suscitent à la fois enthousiasme et inquiétudes. Au-delà des informations qui circulent sur Internet, qu’en est-il exactement? On fait le point avec un expert pour y voir plus clair.
Développé initialement par l’industrie pharmaceutique pour traiter le diabète de type 2, on a rapidement constaté que le sémaglutide, soit la molécule active de l’Ozempic et du Wegovy, se révélait aussi efficace pour réduire le tour de taille.
Dans les faits, ces médicaments agissent en imitant une hormone naturelle de l’intestin appelée GLP-1, normalement libérée après les repas. Parmi leurs effets, notons qu’ils ralentissent la vidange de l’estomac et accroissent la sensation de satiété.
Des effets secondaires à ne pas banaliser
Pris sous forme d’injection sous-cutanée hebdomadaire, l’Ozempic et le Wegovy contiennent tous deux du sémaglutide, mais à des dosages différents. Le premier, jusqu’à 2 mg, est destiné aux personnes atteintes de diabète de type 2; le second, à plus forte dose (jusqu’à 2,4 mg), est indiqué pour le traitement de l’obésité.
Le battage publicitaire des dernières années peut donner l’impression que ces médicaments sont inoffensifs et constituent une solution simple pour perdre rapidement du poids. Or, il s’agit de traitements aux indications médicales précises qui ne doivent pas être pris à la légère.
« Gardons à l’esprit qu’il s’agit d’une molécule puissante, qui n’est pas sans effets secondaires », souligne le Dr Rémi Rabasa-Lhoret, endocrinologue et vice-président clinique et recherche clinique à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM).
Il faut retenir que tout le monde ne doit pas maigrir et que la dictature de la perte de poids constitue un problème majeur qui entraîne de nombreux excès.
Concrètement, puisque la molécule favorise le ralentissement de la vidange gastrique, les principaux effets secondaires rapportés sont digestifs, les nausées étant très largement dominantes.
Par ailleurs, une diminution de l’appétit et des apports caloriques, pouvant mener à une perte de poids, s’accompagne aussi d’un risque accru de fonte musculaire. Chez les 50 ans et plus, cette perte — appelée sarcopénie — progresse avec l’âge et peut finir par nuire à l’accomplissement des activités quotidiennes.
« En lien avec l’Ozempic, il y a également tout le volet des problèmes oculaires qui a émergé récemment, poursuit le Dr Rabasa-Lhoret. Quand les personnes diabétiques ont les yeux très atteints, mieux vaut qu’elles se tiennent loin de cette molécule le temps que les troubles soient bien traités. » L’expert souligne par ailleurs que de rares cas de névrite optique ont été rapportés, un trouble pouvant entraîner une perte de vision soudaine et indolore, parfois irréversible.
Et la perte de poids?
« Il faut retenir que tout le monde ne doit pas maigrir et que la dictature de la perte de poids constitue un problème majeur qui entraîne de nombreux excès liés à l’Ozempic », souligne le Dr Rabasa-Lhoret. L’arrivée de versions génériques beaucoup plus abordables risque d’ailleurs d’en accroître la popularité.
Il n’en demeure pas moins que la molécule a démontré ‒ du moins chez les personnes atteintes de diabète et chez les non-diabétiques à risque de maladies du cœur ‒ qu’elle pouvait réduire l’occurrence d’un événement cardiaque important, comme l’infarctus, l’AVC ou le décès qui peut s’ensuivre. Le surpoids étant en outre associé aux maladies des reins, du foie et à l’apnée du sommeil, l’Ozempic peut également fournir une protection reconnue dans ces cas-là.
Avec l’âge, l’incidence de plusieurs problèmes de santé s’accroît. Or, le surpoids est corrélé à une cinquantaine de maladies physiques pour lesquelles les bénéfices du sémaglutide sont établis. Des études montrent également des effets positifs sur divers problèmes d’ordre mécanique (hanche, genou, dos).
« À savoir si les bénéfices l’emportent sur les risques, on ne peut se prononcer que sur une base individuelle. On n’a pas, au-delà du diabète de type 2, de bonnes études indiquant à qui on devrait prescrire l’Ozempic », insiste le Dr Rabasa-Lhoret.
Ce dernier rappelle que, peu importe les bénéfices qu’offre ce médicament, son utilisation doit être précédée et accompagnée de mesures d’amélioration des habitudes de vie, notamment en matière de nutrition, d’activité physique et de soutien psychologique.
L’Ozempic s’inscrit donc dans une réflexion plus large sur la santé. Et comme souvent, la bonne décision ne se trouve pas dans la tendance du moment, mais dans une évaluation personnalisée, appuyée par une ou un professionnel de la santé.
Pour mieux comprendre pourquoi le poids ne raconte pas toute l’histoire après 60 ans et pourquoi la préservation de la masse musculaire est essentielle, lisez aussi notre article sur le poids santé après 60 ans.