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Fuites urinaires : assez de gêne, place aux solutions !

Santé et mieux-être
Bien-être physique
Johanne Martin

Un fou rire entre amis. Une marche rapide. Un éternuement. Pour bien des personnes de 50 ans et plus, ces situations de la vie courante deviennent une source de stress, car elles peuvent s’accompagner de fuites urinaires. Grand tabou du vieillissement, ce problème largement sous-estimé est pourtant loin d’être sans solution.

Contrairement à la croyance populaire, l’incontinence urinaire ne touche pas uniquement les personnes très âgées ou en perte d’autonomie. « Il ne faut pas croire que ça ne concerne que les gens en CHSLD qui portent une culotte de protection », affirme d’emblée Chantal Dumoulin, physiothérapeute et professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : environ une femme sur trois connaîtra des fuites urinaires au cours de sa vie. Après 60 ans, cette proportion atteint près d’une sur deux. Chez les hommes, environ un sur dix est touché. Selon la fondatrice et directrice du Laboratoire Santé des femmes et vieillissement du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, l’incontinence désigne toute fuite d’urine ayant une incidence sur la qualité de vie. « Si je tousse ou éternue et que cela me gêne parce que ça provoque une fuite, c’est de l’incontinence urinaire. »

Différents types d’incontinence

Si les femmes sont plus souvent touchées que les hommes par l’incontinence urinaire, c’est surtout en raison de leur anatomie et de certains facteurs de risque. Les grossesses et les accouchements mettent à l’épreuve les muscles du plancher pelvien, déjà généralement moins développés, en raison du poids exercé sur l’abdomen et de l’étirement des tissus. À la ménopause, la baisse des œstrogènes contribue également à réduire l’élasticité des tissus.

On distingue principalement trois types d’incontinence. La première, dite d’effort, se caractérise par une perte d’urine, généralement quelques gouttes ou un jet, associée à un éternuement, à la toux ou à une activité qui exerce une pression sur le bas de l’abdomen. La seconde, l’incontinence d’urgence, se définit comme une fuite liée à une envie pressante. Plus difficile à contrôler, elle cause une perte plus importante due à une vessie hyperactive.

« Le troisième type est l’incontinence mixte, qui combine les deux premiers : des fuites à l’effort et des fuites d’urgence. Chez les femmes, c’est souvent au moment de la maternité que l’on commence à observer l’incontinence d’effort. Plus tard dans la vie, tant chez les femmes que chez les hommes, l’incontinence d’urgence tend à s’installer parce que la vessie devient plus nerveuse. En vieillissant, les deux formes peuvent donc finir par cohabiter », explique Mme Dumoulin.

Avec l’âge, le volume de la prostate tend également à s’accentuer. Chez certains hommes peut alors apparaître une incontinence par trop-plein (ou par regorgement). En comprimant l’urètre, la prostate hypertrophiée nuit à l’évacuation normale de l’urine. Les personnes qui en souffrent doivent se rendre fréquemment aux toilettes, de jour comme de nuit, puisque leur vessie ne se vide jamais complètement.

« Mais l’incontinence chez les messieurs va surtout se développer à la suite d’une chirurgie de la prostate. En enlevant par exemple un cancer, si ce dernier a atteint le sphincter urétral, il est possible que la musculature en soit, du coup, affectée. L’homme se retrouve ainsi avec un muscle moins fort », note la chercheuse. Les traitements contre ce cancer peuvent donc léser, de façon temporaire ou permanente, les mécanismes responsables de la continence.

Des traitements efficaces

Ce qu’il faut retenir, c’est que l’incontinence urinaire n’est pas une fatalité du vieillissement.

« On voit parfois des publicités qui disent : “Gardez le sourire et portez une protection !” Il y a là un manque d’information, car il existe des solutions. L’incontinence urinaire est une épidémie silencieuse; il est important que les gens consultent et en parlent ! »

Des traitements conservateurs — qui ne reposent ni sur la médication ni sur la chirurgie — sont offerts. Souvent négligée, cette approche donne pourtant d’excellents résultats. Selon celle qui dirige le seul programme universitaire de deuxième cycle en rééducation périnéale et pelvienne au pays, 80 % des personnes n’auraient pas besoin d’aller plus loin.

« Surtout lorsqu’il s’agit d’une incontinence d’effort ou mixte, les exercices constituent une avenue à privilégier, suggère l’experte. L’objectif est de renforcer la musculature et d’en améliorer le fonctionnement. Malheureusement, la plupart des personnes âgées présentent une faiblesse musculaire, un manque d’endurance ou des problèmes de coordination. Il faut savoir que les physiothérapeutes en rééducation périnéale sont formés pour intervenir dans ces situations. »

Pour les personnes aux prises avec une incontinence d’urgence, il est également possible de « calmer » la vessie. Cela passe notamment par la réduction des aliments et des boissons irritants, comme la caféine et l’alcool. Mieux connaître ses déclencheurs permet d’en adapter la consommation. La rééducation de la vessie, qui fait appel à diverses techniques, dont des contractions musculaires et des exercices de pleine conscience, a également démontré son efficacité.

Certaines habitudes de vie haussent également le risque d’avoir des fuites urinaires. « C’est sûr qu’un poids abdominal très important fait davantage de pression sur le muscle. Si on est fumeur, on tousse plus, ce qui favorise les fuites. La constipation est aussi un facteur non négligeable, car en poussant beaucoup pour aller à la selle, on affaiblit notre muscle pelvien. D’autre part, être actif physiquement reste un excellent conseil », conclut Chantal Dumoulin.

Les fuites urinaires ne sont pas une fatalité. Assez de gêne : en s’informant et en consultant, il est possible de reprendre le contrôle… et de laisser les tabous derrière soi.

Quelques outils de référence

 

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