Après le deuil, une naissance lumineuse
Depuis plus d’un an, je rencontre des grands-parents fascinants qui me dévoilent, pour Virage, des facettes parfois insoupçonnées de la grand-parentalité. Cette fois-ci, l’histoire que je vous livre me touche encore plus qu’à l’habitude, car c’est celle de ma belle-mère, Suzanne Masson. Elle me raconte comment la naissance de ma fille – son unique petit-enfant – l’a aidée à traverser l’épreuve du deuil de son mari.
Suzanne, je sais que la naissance de ta petite-fille a été pour toi « un cadeau de la vie ». Pour mettre ça en perspective, peux-tu me parler un peu de l’épreuve difficile que tu as vécue avant sa naissance?
En 2020, j’avais 73 ans. J’ai été mariée pendant 49 ans jusqu’au décès de mon mari, emporté par un cancer du cerveau en février 2020. Pendant sa maladie, j’ai moi-même été traitée pour deux cancers du sein. Puis, juste après son décès, il y a eu la pandémie. J’étais dans ma maison d’Eastman, dans la solitude, évidemment. C’est étrange à dire, mais je crois que les conséquences de la pandémie – le fait, par exemple, que je devais m’organiser pour commander l’épicerie et gérer les autres accommodements imposés par les circonstances – m’aidaient à penser à autre chose. Comme si la pandémie créait un autre sujet de préoccupation.
À cette époque, pensais-tu être bientôt grand-mère?
Je me disais parfois que j’aurais aimé être grand-mère, mais ça ne semblait pas plausible. À ce moment, mes deux garçons avaient 45 et 40 ans. Aucun des deux ne semblait sur la voie d’avoir des enfants. Le plus jeune était célibataire et, dans le cas du plus vieux, ce n’était pas faute d’avoir essayé : je savais que tu souffrais d’endométriose et qu’une possible grossesse était difficile, sinon improbable. Vous aviez entrepris depuis un moment déjà des traitements de fertilité, sans succès. À la fin d’un long processus, vous aviez deux œufs fécondés et la première implantation, aussi en février 2020, n’avait pas fonctionné. Tu achevais même la rédaction d’un livre intitulé Infertilité : traverser la tempête afin de possiblement faire le deuil de ta maternité.
Te souviens-tu de quand nous t’avons finalement annoncé la bonne nouvelle?
Comme si c’était hier! Sept mois après le décès d’André, j’étais dans le stationnement de l’épicerie quand j’ai reçu votre appel m’annonçant la confirmation d’une grossesse à la suite du deuxième et dernier transfert. C’était encore tout neuf, ça pouvait ne pas fonctionner. Mais ce moment a été l’un des plus intenses de ma vie! La perspective de cette naissance était comme une revanche sur les difficultés de la vie, sur la mort même. Finalement, mon unique petite-fille est née en pleine santé en juin 2021. J’ai depuis bientôt cinq ans le bonheur d’avoir dans ma vie une magnifique fillette pleine de vie, espiègle, douce, généreuse et intelligente, qui chantonne à cœur de journée.
Ce moment a été l’un des plus intenses de ma vie! La perspective de cette naissance était comme une revanche sur les difficultés de la vie, sur la mort même.
Cinq ans plus tard, qu’est-ce que ce nouveau rôle a changé dans ta vie?
Ça a changé toute ma perspective de la vie et du futur! Je suis devenue impliquée, par anticipation, auprès d’une nouvelle personne. J’aimerais la voir encore plus souvent, c’est sûr, mais j’ai quand même la chance de la voir des fins de semaine entières. J’ai une maison près d’un lac qui permet de recevoir, et la petite famille vient souvent passer quelques jours avec moi. C’est entre autres pour pouvoir continuer à en profiter que je garde cette maison, trop grande pour moi seule. Je vais aussi parfois garder Camille à Montréal. C’est toujours un plaisir de la voir évoluer, de jouer avec elle. Ma condition physique m’empêche de participer à ses activités les plus « actives », mais je me reprends avec le bricolage, la lecture, le dessin, les exercices d’écriture et bien d’autres choses.
Penses-tu que devenir grand-mère t’a aidée à traverser le deuil de ton mari?
Il y a deux aspects à cela qui sont contradictoires. Devenir grand-parent, c’est merveilleux, mais il y a en parallèle un regret de ne pas vivre cette expérience avec celui qui a partagé ta vie toutes ces années. Ma sœur est devenue grand-mère quelques années avant moi et je me souviens d’être allée voir le bébé avec André. Il était heureux de le voir. Il aurait aimé être grand-père, c’est sûr.
Est-ce que des choses de ta petite-fille te font penser à André?
Camille est une enfant qui bouge beaucoup. Je sais qu’André était comme ça quand il était petit. Physiquement, elle a ses lèvres, les yeux bleus comme lui, une couleur de cheveux similaire… C’est le cycle de la vie.
Est-ce qu’être grand-mère est comme tu t’y attendais?
Le rôle de grand-parent, c’est quelque chose qui se construit au fur et à mesure. C’est difficile à imaginer à l’avance. C’est certainement facile d’idéaliser. Mais dans mon cas, la réalité est parfaite. Ma petite-fille est en santé et être grand-mère est extraordinaire. J’ai gagné le gros lot!
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