Conciliation famille-travail: un défi pour les grands-parents aussi
Aller chercher son petit-enfant à la garderie, le garder après l’école, l’accompagner à un rendez-vous ou dépanner à la dernière minute : de plus en plus de grands-parents doivent concilier leurs responsabilités professionnelles… et familiales. Or, ils se retrouvent souvent dans l’angle mort des politiques de conciliation.
De nos jours, bien des employeurs misent sur des mesures pour faciliter l’équilibre travail‑vie personnelle : horaires flexibles, télétravail, congés familiaux bonifiés. Mais, selon Concilivi, une initiative du Réseau pour un Québec Famille, ces politiques gagneraient à élargir leur portée.
« Ces mesures devraient être à l’image du partage actuel des responsabilités familiales, et non d’une vision traditionnelle du rôle de grand-parent, soutient Anne Beaulieu, agente de recherche chez Concilivi. Il faut tenir compte de leur engagement réel. » Car on est loin de l’image du grand-parent disponible uniquement pour les loisirs : plusieurs jouent un rôle éducatif, affectif et logistique de premier plan.
Un phénomène en croissance
Le défi ne fera que s’accentuer, alors que la présence des générations plus âgées sur le marché du travail ne cesse d’augmenter. Déjà, un tiers des grands-parents québécois, soit 34 %, occupe toujours un emploi, montrent les données d’un sondage Léger mené pour Concilivi. Et 43 % des grands-parents s’impliquent au moins une fois par semaine dans la vie de leurs petits-enfants.
Les besoins de conciliation se vivent au quotidien : 52 % des grands-parents en emploi aménagent leur horaire de travail pour s’occuper de leurs petits-enfants, tandis que 45 % d’entre eux identifient les contraintes professionnelles comme principal obstacle à leur présence. Et 18 % d’entre eux trouvent difficile de concilier ces deux rôles.
Ce que les grands-parents peuvent faire
Que faire, alors, lorsqu’on se reconnaît dans cette réalité ? Première étape, suggère Patricia Dubois, chargée de projet chez Concilivi : vérifier ce que prévoit son milieu de travail. « Regardez s’il existe une politique ou des mesures de conciliation, et surtout comment la notion de “famille” y est définie », conseille-t-elle. Car même si les grands-parents ne sont pas mentionnés explicitement, certaines dispositions peuvent s’appliquer : horaires aménagés, temps partiel, congés pour responsabilités familiales ou possibilité de fractionner ses vacances.
Deuxième étape : oser en parler avec son employeur en nommant clairement ses besoins. « Par exemple, expliquer qu’on doit arriver plus tard un matin pour s’occuper d’un petit-enfant, mais qu’on est prêt à reprendre les heures », illustre-t-elle.
Un exercice parfois délicat, notamment dans des milieux moins ouverts, où certaines personnes craignent d’être jugées parce qu’elles ne sont pas les parents. Concilivi propose un outil en ligne pour aider les employés à préparer cette discussion avec leur employeur, mais souligne que la responsabilité d’aborder ces questions ne doit pas reposer uniquement sur les épaules des employés.
Les milieux de travail gagneraient ainsi à inclure explicitement les grands-parents dans leurs mesures et à les formaliser. « Quand tout est clair, les gens se sentent plus à l’aise et cela évite la gestion au cas par cas », fait valoir Patricia Dubois. Une façon, également, de reconnaître que les responsabilités familiales ne s’arrêtent pas toujours aux parents.