« Divorce du sommeil » | Faire chambre à part pour mieux s’aimer?
Denis ronfle. Mireille a le sommeil léger. Il aime regarder la télévision jusqu’à minuit, elle préfère se coucher tôt. Après des années à se réveiller mutuellement, ils ont trouvé leur solution : faire chambre à part. Un « divorce du sommeil » qui leur permet de mieux dormir sans pour autant mettre leur relation en péril.
C’est quoi, le divorce du sommeil ? Derrière ce nom un peu alarmiste se cache une réalité assez simple : dormir séparément lorsque les habitudes ou les difficultés de sommeil de l’un viennent troubler le repos de l’autre.
Ronflements, mouvements incessants, horaires différents, insomnie, besoin d’aller souvent aux toilettes, préférence pour une pièce ou une literie plus chaude ou plus fraîche… Les incompatibilités nocturnes sont nombreuses. Et comme le sommeil devient généralement plus léger et fragmenté avec l’âge, celles-ci risquent davantage de perturber les nuits à deux.
Sacrifier son sommeil pour respecter la convention du lit conjugal n’est pas nécessairement un cadeau que l’on fait à son couple.
L’importance de bien dormir
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un phénomène marginal. Environ 30 % des couples choisissent de dormir séparément, que ce soit de temps en temps ou en permanence, selon un sondage mené en 2024 auprès de quelque 2 000 personnes aux États-Unis par l’American Academy of Sleep Medicine.
Même si cette pratique est assez courante, faire chambre à part n’est pas anodin. Après tout, partager son lit est tellement associé à l’intimité et à la vie de couple que cela peut être interprété comme un signe que quelque chose ne va plus.
Mais sacrifier son sommeil pour respecter la convention du lit conjugal n’est pas nécessairement un cadeau que l’on fait à son couple. « Un sommeil insuffisant ou perturbé affecte notamment la vigilance, la mémoire, la régulation des émotions et le système immunitaire », rappelle Charles M. Morin, professeur à l’Université Laval et titulaire, de 2018 à 2025, de la Chaire de recherche du Canada sur la médecine comportementale du sommeil.
On comprend alors facilement comment des nuits difficiles peuvent entraîner de mauvaises journées. En étant moins patient et moins énergique, il est possible que l’on se montre moins disponible pour son partenaire. Des recherches démontrent d’ailleurs une association entre un bon sommeil et une meilleure qualité de la relation de couple. Dormir séparément peut ainsi, dans certaines circonstances, éliminer un irritant majeur plutôt que créer une distance.
À chaque couple sa formule
Comment réussir son divorce du sommeil ? D’abord, il faut garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’un choix consenti. Il n’est pas question ici d’un partenaire qui décide unilatéralement d’aller dormir sur le divan…
L’essentiel est de trouver une formule qui convienne aux deux partenaires. Certains couples choisissent d’occuper deux chambres de manière permanente. D’autres font chambre à part uniquement les nuits qui précèdent une journée de travail et se retrouvent les fins de semaine. D’autres encore commencent la nuit ensemble avant de regagner chacun leur chambre. Deux lits dans une même pièce, ou même deux couvertures distinctes, suffisent parfois.
Peu importe la formule, une différence dans la qualité des aménagements pourrait engendrer des frustrations qu’il vaut mieux éviter. Les deux partenaires doivent ainsi disposer d’un espace confortable, avec un bon matelas et un environnement propice au sommeil.
Rien n’empêche de se retrouver pour parler, se câliner ou faire l’amour avant de rejoindre son propre lit.
Garder la porte ouverte… et le dialogue aussi
Disons-le toutefois : dormir chacun de son côté comporte un risque, celui de voir s’installer, au fil du temps, une distance affective ou sexuelle entre les partenaires.
Pourtant, faire chambre à part ne signifie pas obligatoirement renoncer aux rapprochements. « Ce n’est pas ne plus avoir d’intimité, mentionne la sexologue et psychothérapeute Sylvie Lavallée. On dort séparément pour mieux dormir… C’est ça la notion centrale ! » Rien n’empêche donc de se retrouver pour parler, se câliner ou faire l’amour avant de rejoindre son propre lit. Pour certaines personnes, ces rendez-vous peuvent même contribuer à pimenter leur sexualité !
Pour maintenir cette proximité, planifier volontairement des moments de plaisir, de détente et d’intimité est essentiel. La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier invite chaque membre du couple à rester attentif à un éventuel sentiment d’éloignement et à en discuter si celui-ci se manifeste.
La communication est d’autant plus cruciale que la proposition d’opter pour le divorce du sommeil peut être perçue comme un rejet. Il demeure fondamental d’expliquer clairement les raisons de ce choix, d’écouter les inquiétudes de l’autre et d’établir certaines balises. On peut commencer par une période d’essai, puis réévaluer la situation. Et si cette décision sert plutôt à éviter des problèmes relationnels ou sexuels déjà présents, mieux vaut consulter…
Une distance qui peut rapprocher
Malgré ce que son nom évoque, le divorce du sommeil n’est pas nécessairement annonciateur d’une séparation complète. Pour certains couples, il représente simplement une adaptation permettant de préserver à la fois le sommeil et la relation. À condition de continuer à cultiver la proximité, quelques mètres de distance la nuit peuvent souvent rendre les retrouvailles du matin beaucoup plus agréables. Après tout, un couple reposé est parfois un couple plus heureux !