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Tête-à-tête avec François Pérusse

Culture
Entrevue
Michèle Lemieux
François Pérusse est assis dans le bois en tenant une basse.

Cet été, François Pérusse présentera la toute première pièce de théâtre sortie de son imaginaire déjanté. Alors qu’il peaufine les « niaiseries » qui seront bientôt lancées sur les planches, il répond aux questions de Virage.

Quels coups de cœur culturels vous font vibrer ces temps‑ci?

Les albums de Mara Tremblay et Marie-Pierre Arthur sont extraordinaires. Du côté de la relève, il y a ces nouveaux artistes qui font des choses phénoménales de qualité mondiale, entre autres Lou-Adriane Cassidy.

Quel livre avez-vous relu souvent dans votre vie?

J’ai dû lire une centaine d’autobiographies, dont celle du bassiste américain Jaco Pastorius, mort tragiquement très jeune parce qu’il avait des problèmes de bipolarité et de consommation. En inventant un style de basse électrique inédit, il a littéralement changé l’image du jazz et de la pop.

Quelle œuvre a changé votre façon de voir le monde?

À l’école, j’ai été bien impressionné en lisant des ouvrages philosophiques et des romans qui traduisaient des mondes totalitaires, comme 1984 de George Orwell.

Quand vous avez besoin de bouger, que faites-vous?

Je marche. Comme je vieillis, je surveille mes articulations, car c’est ce qui menace de nous lâcher. Je fais à peu près 15 000 pas par jour en arpentant la maison parce que j’écris debout. Quand mes enfants me voient me promener d’un bord à l’autre de la maison en réfléchissant, ils savent que je suis en train d’écrire.

Quand vous cherchez le calme, où allez-vous?

Je n’ai pas besoin de fuir pour être tranquille. Je reste à la maison où c’est calme; j’adore être avec mes fils et ma conjointe. Je suis un peu comme mon père, non pas agoraphobe, mais casanier.

Quelle est la dernière chose qui vous a ému?

Partager la scène avec mes fils lors du spectacle Pérusse symphonique à l’OSM a été un grand moment. C’est la plus grande émotion que j’aie vécue dans ma vie.

Quelle petite chose du quotidien vous rend vraiment heureux?

Ouvrir les yeux le matin et constater que je suis encore là. Quand des difficultés se présentent, je me rappelle que l’essentiel va bien : j’ai une famille en santé et la chance de continuer à faire mon métier.

Quel est le plus beau commentaire reçu d’un fan? Et le plus étrange?

Il m’est arrivé à plusieurs reprises que des gens me disent avoir survécu à une maladie en écoutant mes albums. D’autres, qui ont été gravement blessés, écoutaient mes niaiseries durant leur convalescence, et ça les aidait. Je me trouve chanceux de servir à quelque chose. Du côté des trucs étranges, un jour où j’attendais à un feu rouge, un employé d’entretien m’a reconnu, a arrêté son Weed Eater et m’a demandé un autographe. Comme nous n’avions pas de papier, j’ai signé son Weed Eater, qu’il m’a dit vouloir garder toute sa vie…

Qu’y a‑t‑il de fun dans le fait de vieillir? Et qu’est-ce qui l’est un peu moins (ou pas du tout)?

Je suis content de voir qu’à 65 ans, je suis encore en forme, un peu plus philosophe et un peu moins stressé. J’aime la façon dont on pense en vieillissant : j’ai l’impression de devenir plus positif. En contrepartie, j’ai parfois des petites douleurs que je ne m’explique pas. Mes enfants me taquinent en me disant que je suis vieux. J’ai eu mon premier fils à 47 ans… Blague à part, ils ne me voient pas comme un vieux monsieur, mais un chum.

Quel conseil donneriez-vous à la personne de 20 ans que vous étiez?

Ne lâche pas tes études. Au cégep, je n’allais à peu près pas à mes cours. Je faisais du jazz avec le groupe de mon frère, de la radio communautaire. Ce sont des apprentissages inégalés, et certains diraient que si j’avais fait les choses différemment, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui. Je ne sais pas, mais je ne conseillerais à personne de lâcher ses études.

Parmi toutes vos créations, laquelle a vieilli comme un bon vin?

L’album du peuple tome 7 est mon chouchou. J’aime aussi la série animée Pérusse Cité, dont j’entends encore parler aujourd’hui. J’en suis très fier et je la porte dans mon cœur. Quand je regarde les DVD sur la tablette de mon studio, je me dis que c’est un beau projet.

Quel projet vous occupe en ce moment?

Je termine les derniers ajustements pour la pièce de théâtre qui sera présentée cet été au Théâtre Lionel-Groux à Sainte-Thérèse, Boulevard Pérusse. C’est une famille québécoise qui exploite une multinationale spécialisée dans la fabrication de choses entièrement écologiques. Elle a des usines partout dans le monde, dont une dans un pays où le gouvernement est en train d’être renversé par des rebelles. Ça a l’air sérieux, mais ce n’est que prétexte pour faire des niaiseries.

 

À l'affiche

Boulevard Pérusse, première pièce de théâtre signée François Pérusse, sera présentée dès le 11 juillet au Théâtre Lionel‑Groulx, à Sainte‑Thérèse.
Billet : boulevardperusse.com

On peut entendre François Pérusse quotidiennement à la radio sur NRJ 94,3 et voir ses clips sur RDS.

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