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Martin Matte : « J’ai toujours besoin de me renouveler »

Culture
Entrevue
Michèle Lemieux
Martin Matte

Sur scène et à l’écran, Martin Matte cultive l’image d’un gars arrogant… à notre plus grand plaisir. On voudrait le croire convaincu de sa quasi-perfection, mais en privé, l’artiste doute parfois de lui et de sa plume. Loin de le freiner, cette incertitude le pousse à se renouveler sans cesse, quitte à prendre le risque de mettre fin trop tôt à ses plus grandes réussites.

À 55 ans, Martin Matte est devenu comme son père. En fait, il s’en est plutôt inspiré pour créer Vitrerie Joyal, une autofiction écrite en collaboration avec François Avard et diffusée sur Prime Video. La comédie dramatique en six épisodes replonge l’acteur dans ses propres souvenirs de jeunesse alors qu’elle nous transporte dans le Québec des années 1990.

« Je me suis inspiré de lui en tant que personnage, explique Martin. Il sa part de problèmes. Il a deux enfants qui travaillent pour lui dans sa vitrerie: l’un veut devenir humoriste, l’autre a un accident d’auto. C’est donc très inspiré de notre histoire, mais ça prend une direction qui n’est pas habituelle dans ce que j’ai écrit jusqu’à maintenant. »

La série adopte un ton plus dramatique que ce que Martin Matte nous a offert par le passé, l’amenant à puiser plus profondément en lui. Un défi exigeant, parfois éprouvant, mais qui l’a fait grandir comme artiste. Stagner? Non, merci.

Mon père disait qu’il n’avait pas besoin de l’informatique au bureau… L’Internet? Même affaire. Il était dépassé. Je pense que j’ai écrit ce personnage pour me confronter et me rappeler que je dois m’adapter pour rester pertinent.

Cette mise à jour constante, Martin Matte la doit aussi aux autres. « Je suis bien entouré. Je suis en amour. Tourner avec des acteurs et actrices dans la trentaine, rester à l’écoute de ce qui se passe, échanger avec mes enfants de 21 et 23 ans, ça me confronte à leurs idées et ça m’aide à évoluer. »

Changer de cap, même au sommet

Humoriste, acteur, auteur, scénariste et producteur, Martin Matte enchaîne les succès depuis trois décennies. On pourrait penser que celui qui a étudié en administration a bien planifié chaque étape de sa progression. Mais non.

« Je n’ai jamais eu de plan de carrière, mais je pense que je me tanne assez vite. »

À preuve, il a choisi d’arrêter la première mouture de sa série Les beaux malaises alors que le succès était immense. Ça prenait du courage, non? « Il ne faut pas trop se poser de questions, même quand on a peur. Malgré le succès et même si on m’encourageait à continuer, j’ai eu besoin de faire autre chose. Même chose avec la scène, j’ai choisi de m’arrêter. Je n’ai aucun mérite, on dirait que j’ai toujours eu besoin de me renouveler. Sinon, j’ai l’impression de me répéter. »

Mais derrière cette capacité à tourner la page se cache aussi une part de vulnérabilité.

« Je ne veux pas faire pleurer personne avec ça, mais écrire, c’est difficile pour moi. Je relis, je réécris. Je suis dans le doute, je me demande comment ça sera reçu. Ce doute est un moteur, à condition qu’il ne prenne pas trop de place et qu’il n’affecte pas ma créativité. Ce n’est pas l’image que je dégage, je sais, mais c’est le combat de toute personne qui écrit, je crois. C’est un métier où il faut performer, mais j’essaie de faire du mieux que je peux en me rappelant que le reste ne m’appartient pas. »

 

Martin Matte
Photo: Bruno Petrozza

L’urgence de vivre

Trouver l’équilibre entre travailler et prendre le temps de vivre a toujours été un combat pour celui qui avoue avoir parfois étiré l’élastique.

« Quand mon frère a eu son accident, j’ai ressenti une urgence de vivre sur le plan de l’ambition professionnelle. J’avais envie de me dépasser. Je pense qu’inconsciemment, je voulais être sûr qu’il ne manque de rien. J’ai donc été 25 ans à travailler beaucoup. C’était fou! Je me rappelle d’être tombé de fatigue sur scène… »

Avec la cinquantaine, Martin s’est enfin rendu compte qu’il avait lui aussi le droit de se poser, qu’il n’était pas toujours obligé d’avoir un projet en cours.

« Maintenant, j’ai plus envie de savourer la vie. Je sais qu’il faut que j’en profite, que je prenne le temps, que je ne stresse pas trop. J’ai des proches, de beaux enfants. Je suis en forme physiquement. Je m’entraîne. Je fais beaucoup de ski alpin, je joue au tennis. J’aime voyager. »

Serait-il en train d’envisager la retraite?

« J’ai des amis qui l’ont prise. Moi, je serais moins heureux. Je peux prendre le temps de vivre des choses, mais après un certain temps, ça me pogne dans le ventre : j’ai envie d’écrire. Puis je m’amuse tellement qu’il m’arrive de penser que ça ne se peut pas que ce soit mon métier. Toucher les gens, les faire rire, les divertir, c’est un privilège. Et ça fait 30 ans que ça dure. »

On le sent particulièrement fier de Vitrerie Joyal, dont il vante l’équipe de production. « Guillaume Lonergan, le réalisateur, a tourné Empathie récemment. Ça a cliqué entre nous. L’équipe de comédiens et comédiennes est hallucinante. » Pier-Luc Funk, Pierre-Yves Roy-Desmarais, Marilyse Bourque, Florence Longpré, Guillaume Cyr et François Chénier y tiennent des rôles.

La série coproduite par Encore pour Amazon MGM Studios connaîtra sans doute un beau succès. Elle a d’ailleurs été choisie pour la cérémonie de clôture de Séries Mania, le plus gros festival de séries télé au monde.

« Ce que j’ai fait de bien… »

L’une de ses belles réussites n’a rien à voir avec la scène ni l’écran, mais avec la fondation qui porte son nom. Inspiré par l’accident de voiture qui a coûté l’autonomie à son frère Christian, Martin vient en aide aux gens vivant avec un traumatisme crânien ou une déficience physique. Initialement, il avait prévu de s’engager 5 ans, puis 10. Presque 20 ans plus tard, il y est toujours.

« Je pense à prendre un peu de recul l’année prochaine. Je suis de chaque conseil d’administration, de chaque décision, de chaque événement. C’est beaucoup de bénévolat. En même temps, je veux continuer à m’impliquer. »

 

Cet hiver, la 11e édition des Beaux 4 heures a permis à sa fondation d’amasser 1,1 million de dollars, dit-il, non sans une pointe de fierté.

À la base, il espérait ouvrir une seule maison pour les victimes de traumatismes crâniens. « Avec les deux qui sont en développement, nous arriverons à dix cette année. C’est un projet qui soulage beaucoup les familles. Alors, quand j’y pense, c’est vraiment quelque chose que je peux mettre dans la colonne de ce que j’ai fait de bien… »

En savoir plus

Vitrerie Joyal, la nouvelle série de Martin Matte, est disponible sur Prime Video depuis le 1er mai.

On se renseigne sur la Fondation Martin-Matte au fondationmartinmatte.com/.

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