Théâtre amateur : il n’est jamais trop tard pour monter sur scène
Qui a rêvé, dans sa jeunesse, de devenir un grand comédien ou une actrice de renom? Il n’est pas trop tard pour passer de l’imaginaire à la scène. Partout au Québec, des troupes de théâtre amateur nous permettent de nous glisser dans la peau d’un personnage et de monter sur les planches. L’une d’elles nous ouvre ses coulisses, le temps d’une répétition.
J’entre dans un local modeste d’un chalet de parc de la ville de Longueuil. Une dizaine d’hommes et de femmes y sont réunis, texte ouvert à la main, répétant sous le regard attentif du metteur en scène. Les répliques s’enchaînent. On s’encourage, on se taquine, on travaille, on recommence. Toujours dans la bonne humeur.
Comme chaque année, l’Atelier théâtral de Longueuil (ATL) entame un marathon de répétitions qui la mènera jusqu’aux planches de la salle Jean-Louis-Millette, sept mois plus tard.
Denis Desautels, 71 ans, ne ménage pas ses efforts pour apprendre son texte et ses déplacements. « C’est ardu, mais c’est un beau défi », me confie-t-il.
Directeur artistique et metteur en scène, Patrick David Campbell donne des indications à sa troupe.
Jouer comme des enfants
Fondé en 1983, l’ATL est composé exclusivement de personnes aînées passionnées de cet art vivant. Cette saison, il compte 16 comédiens et comédiennes dont l’âge moyen est de 72 ans. La plupart ne comptaient pas d’expérience théâtrale avant la retraite. Ou si peu.
« De prendre un personnage, de mettre des mots, des gestes, de l’intonation, d’être en relation avec les autres… Le théâtre a quelque chose qui ressemble à un jeu d’enfant », fait valoir Gaston Lavoie, qui en est à sa troisième année à l’ATL.
C’est Louise Baillargeon, comédienne amatrice et présidente de l’ATL, qui m’a invité à rencontrer la troupe sur la Rive-Sud, notamment pour mettre en valeur la beauté et l’importance du théâtre amateur.
En effet, pour les personnes aînées, la pratique du théâtre peut constituer un moyen concret de maintenir certaines capacités : l’apprentissage d’un texte sollicite la mémoire, tandis que les déplacements sur scène mobilisent la coordination. Elle offre aussi un cadre propice aux liens sociaux.
De prendre un personnage, de mettre des mots, des gestes, de l’intonation, d’être en relation avec les autres… Le théâtre a quelque chose qui ressemble à un jeu d’enfant
Un rêve (de jeunesse) devenu réalité !
Directeur artistique et metteur en scène, Patrick David Campbell constate d’ailleurs un engouement pour cette activité. « On leur donne l’occasion de le faire au moins une fois. Il y a un vrai engouement parce que ce sont souvent des choses qu’ils auraient voulu toucher plus tôt, mais n’ont jamais pu. »
C’est le cas de Ghislaine Desautels, l’épouse de Denis. « Quand j’étais jeune, j’aurais aimé avoir des cours d’art dramatique, mais il n’y en avait pas à l’époque. J’ai toujours regardé des pièces, des acteurs… je me disais : “Ah, moi, je répondrais ça de cette façon‑là.” Ça m’a toujours titillée, mais la vie et les enfants font qu’on ne le fait pas… »
Et puis, à 67 ans, elle s’est rendue dans un parc où il y avait un atelier théâtral. Peu de temps après, elle obtenait un premier rôle. « C’était tout ou rien ! », s’exclame‑t‑elle en riant. Comme plusieurs personnes à la retraite, elle profite aujourd’hui de cette période de vie pour écrire un nouveau chapitre de son parcours.
Plus jeune, Louise Baillargeon rêvait elle aussi de monter sur les planches, mais, comme d’autresme l’ont souligné, ça ne se faisait pas. L’autorité parentale ne l’aurait pas accepté. Eh oui, pour plusieurs, c’était un interdit de jeunesse. Après tout, le théâtre, c’est la perdition, les mœurs légères, la pauvreté. Ces dernières années, Louise a l’occasion de vivre son rêve de jeunesse en jouant devant des milliers de personnes dans une salle digne d’une production professionnelle.
Louise Baillargeon et Michel Robert répètent une scène loufoque de Jackpot, un vaudeville qui raconte les péripéties d’un groupe de villageoises et villageois naïfs en sortie désastreuse à Montréal.
Il y en a qui jouent au hockey ou aux quilles ; moi, ce qui me passionne, c’est de chanter et de faire de la scène. Le théâtre, c’est ma vie sociale.
« Faut le vivre une fois… »
« Il faut oser, assouvir sa curiosité, insiste Gilles Lapierre, 65 ans, retraité du domaine du transport adapté. C’est tellement l’fun de jouer sur une scène devant un public. Faut le vivre une fois dans sa vie pour voir ce que c’est. »
« Il y en a qui jouent au hockey ou aux quilles ; moi, ce qui me passionne, c’est de chanter et de faire de la scène, ajoute Jean Latulippe, 70 ans, qui a eu la piqûre il y a des années. Ça demande du temps, mais c’est mieux que jouer au golf. Le théâtre, c’est ma vie sociale. »
Malgré le roulement au sein de la troupe, « c’est devenu presque une petite famille », fait valoir Denise Bernier, 85 ans, en me parlant de ce qui la convainc de revenir à l’ATL chaque automne depuis 10 ans. La doyenne du groupe concède tout de même qu’elle songe parfois à se retirer. « Peut‑être que c’est ma dernière année… Mais bon, Dominique Michel disait ça souvent, elle aussi ! »
J’aurais voulu être un acteur !
Et à ceux et celles qui ont peur ou se sentent trop timides, le metteur en scène répond qu’il faut simplement se lancer : tout commence par une volonté. Le reste, c’est un processus.
« Les gens voient une pièce et se disent : “Je ne serais jamais capable d’apprendre tout ça.” Ils s’imaginent qu’on remet un texte à quelqu’un et que, le lendemain, il joue. Mais entre les deux, il y a une foule d’étapes. Si un texte est trop lourd, on l’adapte. Il faut s’ajuster aux personnes qu’on a devant nous. »
À l’ATL, plusieurs ont mis des décennies avant d’oser. Mais tout le monde s’entend sur une chose : il n’est jamais trop tard !
Je quitte donc le chalet de parc en les laissant pleinement retourner dans la quiétude de leur bulle créative… et en leur souhaitant un beau « merde ! »
Par où commencer
Le Québec déborde de troupes ouvertes aux personnes aînées, certaines exclusivement, d’autres intergénérationnelles.
Une simple recherche Google vous permettra d’en trouver plusieurs. N’hésitez pas à les contacter afin de vous renseigner. Pouvez‑vous assister à une répétition ouverte ? Comment se déroulent les auditions ? Y a‑t‑il des ateliers d’essai ?
Fondée en 1958, la Fédération québécoise du théâtre amateur assure la visibilité, le soutien et le réseautage des troupes de théâtre amateur dans la province. Son site Web propose d’ailleurs un répertoire de ses membres.