Nouvelles étincelles, nouveaux chapitres
Trop tard pour se réinventer ? Certainement pas. Il suffit parfois d’une étincelle pour rallumer la flamme. Alors que Virage fait peau neuve, nous partons à la rencontre de personnes qui ont osé de nouvelles expériences, petites ou grandes. Car le deuxième, voire le troisième, tome de notre récit de vie peut se révéler tout aussi passionnant, sinon davantage, que le premier.
Le guts de passer à l’action
Être sur l’eau procure à Sylvie Gagné un immense sentiment de liberté. Mais jusqu’à récemment, elle n’avait jamais navigué seule.
À l’automne 2025, la femme de 53 ans s’est pourtant lancée dans une aventure audacieuse : un périple de 2 669 miles nautiques en solitaire pendant 105 jours, de la baie Georgienne, en Ontario, jusqu’aux Bahamas.
Pour s’y préparer, elle a multiplié les formations : voile, mécanique, météorologie marine. Elle a aussi acheté son propre voilier, le Dot Calm.
« Avant, je manquais de confiance. C’était toujours mon ex ou mes amis capitaines qui prenaient les décisions. Je ne savais pas si j’étais capable de gérer le bateau seule. »
Sur l’eau, elle remarque que très peu de femmes naviguent en solo. « Les hommes se lancent plus facilement. Les femmes planifient beaucoup, mais ont l’impression de ne jamais être prêtes. »
Malgré les aléas de la mer et quelques mésaventures mineures, l’expérience lui a appris à se faire confiance et à ne plus attendre le moment parfait.
« La seule chose dont on a besoin, c’est le guts de passer à l’action », raconte la navigatrice, qui compte explorer d’autres mers et océans à sa retraite.
Renaître à 54 ans
Sa vie semblait parfaite : une ferme prospère, un mariage heureux, quatre enfants. Mais Sacha Binggeli sentait qu’il lui manquait quelque chose d’insaisissable…
« J’avais un défaut de fabrication, mais je l’ignorais à ce moment-là », raconte celle qui, dès l’enfance, n’imaginait pas devenir un homme grand et fort comme son père, dont elle avait hérité du prénom.
Un jour, après le départ des enfants, le couple emménage dans leur maison de rêve. Sacha commence à explorer une facette d’elle-même jusqu’alors bien enfouie : « J’avais un endroit pour être vraiment moi-même, qui incluait de porter des vêtements inappropriés pour l’homme que j’étais. »
La route vers l’acceptation a été sinueuse, mais, à 54 ans, il n’était plus question pour cette femme trans de retourner dans l’ombre. Heureusement, ses enfants ont bien accueilli la nouvelle, mais son union s’est terminée après 29 ans de mariage.
Sacha Binggeli a soufflé 60 bougies ce printemps. Elle a rencontré la femme de sa vie, qu’elle a épousée l’été dernier, et profite d’une préretraite paisible grâce aux revenus de la vente de la ferme.
Au service de Sa Majesté
Dans son jardin de Saint-Constant, Denis Fortier inspecte des plantes à la recherche de minuscules œufs de papillons. À 75 ans, le retraité est devenu un ardent défenseur du monarque.
« J’ai appris que c’était une espèce en voie de disparition », raconte celui qui s’est engagé dans l’Effet papillon, un programme lancé par la Fondation David Suzuki qui développe des réseaux d’habitats.
Il recueille les œufs que les femelles déposent sous les feuilles d’asclépiade, la seule plante où elles pondent. Installés dans une cage d’observation, les œufs deviennent tour à tour larves, chenilles, puis chrysalides avant d’émerger en papillons.
Sa passion l’a mené à proposer à sa municipalité la création d’un jardin à papillons, une initiative qui a valu à Saint-Constant la certification Argent du programme Municipalité amie des monarques. D’autres villes, dont Saint-Philippe et La Prairie, l’ont ensuite sollicité.
Chaque été, une nouvelle génération de papillons revient ainsi visiter son jardin. « C’est un miracle de la nature. Et un passe-temps très apaisant pour la retraite. »
Le septuagénaire a poussé sa nouvelle mission plus loin en publiant, en 2018, un conte pour enfants relatant le cycle de vie des monarques. C’est sa petite-fille qui a illustré quelques passages de L’histoire de la petite fée et du monarque.
Une carrière imprévue
En signalant quelques fautes de grammaire à son journal local, Shirley Cartier Nadeau ne se doutait pas que ce geste la mènerait au journalisme.
À 79 ans, elle signe depuis quelques années des articles dans le Quebec Chronicle Telegraph, un hebdomadaire anglophone de la capitale, après y avoir œuvré comme correctrice bénévole.
Au Chronicle, la native d’Halifax couvre une variété de sujets. « J’aime beaucoup écrire pour le journal, car je rencontre des gens fascinants », révèle la principale intéressée.
C’est l’emploi qu’elle a conservé le plus longtemps, elle qui a suivi son mari, officier de la marine canadienne, au gré de ses déploiements.
Son mari, Charles André Nadeau, s’est lui aussi découvert une passion tardive. Un cours sur les stratégies de guerre a réveillé en lui un vif intérêt pour l’histoire, si bien qu’il a complété un baccalauréat, puis une maîtrise en la matière. Ancien directeur de l’école navale de Québec, il est aujourd’hui historien et auteur, ayant publié Churchill et Roosevelt à Québec : Grande et petite histoires des conférences de 1943 et 1944.
Chasse au trésor
Chaque jour, des milliers de personnes passent devant des trésors sans les voir. Denis Gouin, lui, sait qu’ils sont là.
À 71 ans, le retraité est devenu un adepte de géocaching, un jeu de plein air où l’on utilise les coordonnées GPS pour retrouver de petites boîtes discrètement dissimulées par d’autres participants ou participantes.
« C’est une sorte de chasse au trésor mondiale », explique celui qui y a été initié par une amie en 2020. À ce jour, l’homme qui « carbure aux défis », a découvert plus de 8 735 caches et en a même dissimulé quelques-unes dans la région de Québec, où il demeure. Pour lui, c’est l’activité parfaite, car il permet de marcher, de réfléchir et de garder l’esprit alerte. « Parfois, il faut résoudre une énigme pour obtenir les coordonnées. Ça nous fait travailler les méninges ! »
Et ça fait aussi voyager. « Certaines caches m’ont mené à des endroits où je ne serais jamais allé autrement, comme à Sainte-Luce-sur-Mer. Même en Nouvelle-Écosse, j’en ai cherché pendant nos vacances », lance-t-il.
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