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Ces souvenirs intimes dont on n’arrive pas à se débarrasser…

Santé et mieux-être
Psychologie
Johanne Mercier
Gros plan sur une main de femme qui écrit avec un stylo dans un journal intime.

Photos révélatrices, journal intime trop bavard, lettres d’amour gênantes, voire troublantes : si certaines personnes jettent les souvenirs de leur jardin secret au fur et à mesure, d’autres peinent à s’en départir, même des années plus tard!

À 65 ans, Agathe a deux « petites bombes à retardement » dans ses dossiers : des lettres de suicide datant d’une époque de dépression profonde.

« Avant de les détruire, je voudrais les lire avec Caroline, l’amie avec laquelle j’avais alors conclu un pacte de non-suicide. Mais je néglige de le faire et elles sont toujours là… »

La jeune retraitée n’arrive pas à s’en départir, mais redoute qu’elles tombent un jour entre les mains de son fils. « Comprendrait-il qu’à ce moment précis de ma vie, ma souffrance avait pris le dessus sur mon rôle de mère? »

Christine comprend très bien cette douleur. « En vidant l’appartement de ma mère qui souffrait d’Alzheimer, j’ai trouvé dans ses tiroirs des écrits qui m’ont bouleversée. Elle y étalait toute la souffrance qu’elle vivait avec mon père. Ça m’a fait beaucoup de peine d’apprendre que je n’avais rien vu. » Et, malgré cette expérience, elle se refuse à jeter d’anciennes lettres d’amour qui, un jour, pourraient blesser son conjoint.

Maintenir la flamme du passé

Écrivaine, Janine préserve ses écrits pour s’en inspirer, même si elle redoute que ses réflexions intimes soient un jour dévoilées. « Tout jeter? Pour moi, ce serait mourir un peu; ces souvenirs réconfortants portent en quelque sorte le sceau de ma propre histoire. »

Cette envie de maintenir en vie la flamme de notre passé est assez courante, selon la psychologue Josée Jacques. « Conserver des photos ou des écrits qui réveillent des émotions a souvent pour but de les garder vivantes, explique-t-elle. Mais il faut se rappeler que ces sentiments ont teinté notre histoire de vie, peu importe qu’on en conserve ou non les traces matérielles. »

Ces secrets qui hantent

Janette Bertrand reçoit les confidences du Québec depuis près de 80 ans. Elle est donc bien placée pour savoir qu’Agathe, Christine et Janine sont loin d’être les seules à garder des squelettes dans leur placard.

« Certaines personnes m’ont confié vouloir déposer le tout dans une boîte avec l’inscription Pour destruction au moment de mon décès. À ne pas faire, car personne ne va respecter cette consigne, au contraire! Cela annonce plutôt un parfum de scandale auquel peu de gens résisteront. »

Pour la centenaire, pas de doute : il vaut mieux pratiquer le détachement et se débarrasser dès maintenant de ces souvenirs qui risquent de hanter nos proches après notre départ, alors qu’ils doivent faire face au deuil. « Quand on meurt, on veut laisser le moins de troubles possible derrière soi. Garder une copie d’une lettre destinée à sa meilleure amie où tu lui dis que tu n’as jamais été amoureuse de ton mari, ça ne donne rien. Il y a des vérités qui sont complètement inutiles une fois que les années ont passé… »

 

Le tri, un rituel

Si vous voulez suivre les conseils de Janette et faire table rase de vos souvenirs précieux, Josée Jacques suggère de planifier le geste et de l’inscrire dans un rituel. « Il s’agit de mettre en place différents éléments pour donner un sens à notre décision, explique-t-elle. Pourquoi ne pas rassembler ce dont on veut se départir, choisir un moment et un lieu précis pour tout brûler et disperser les cendres dans un endroit significatif? Ce geste peut aussi s’accompagner d’une intention clairement formulée, comme faire la paix avec son passé. »

Vous direz peut-être que tout cela n’a finalement pas d’importance, puisque la personne concernée ne sera plus là pour assister à la réaction de ses proches ni pour mesurer l’onde de choc émotionnelle que ces découvertes pourraient provoquer. Mais au fond, n’est‑il pas préférable de laisser derrière soi un souvenir apaisant plutôt qu’une blessure inutile? À moins, bien sûr, de choisir d’aborder ces vérités de son vivant… Mais ça, c’est une discussion pour un prochain article.

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