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Aînés LGBTQ+ : briser le silence pour vieillir dans la dignité

Société
Vivre ensemble
Anne-Marie Tremblay
Deux d'hommes matures se regardent tendrement.

Juin, c’est le mois de la fierté. Alors que c’est une belle occasion de célébrer la diversité, certaines personnes aînées de la communauté LGBTQ+ continuent de taire leur vérité, par crainte d’en subir les contrecoups.

Depuis neuf ans, Julien Rougerie sensibilise les milieux aînés pour les rendre plus inclusifs et ouverts à la diversité sexuelle et de genre. Or, il ne compte plus le nombre de fois où la direction d’une résidence lui a affirmé n’avoir jamais accueilli une personne gaie, lesbienne ou trans, alors que ces dernières représentent pourtant environ 10 % de la population.

« Heureusement, il y a des exceptions, mais généralement, c’est l’invisibilité la plus totale », déplore celui qui travaille en tant que formateur et spécialiste de contenu à la Fondation Émergence, un OBNL voué à la défense des droits des personnes issues de la diversité sexuelle et de genres.

Ce mur d’invisibilité n’est pas sans conséquence : les personnes aînées hésitent parfois à demander les soins dont elles ont besoin ou n’osent pas solliciter de soutien lors du deuil de la personne qui partage leur vie. Elles doivent aussi cacher une partie de leur existence aux autres.

Cela affecte leur santé physique, mentale, mais aussi leur bien-être. « C’est incroyable que ces personnes ne se sentent pas assez en sécurité pour être authentiques dans leur dernière demeure, s’indigne Julien Rougerie. La question, c’est pourquoi elles n’osent toujours pas en parler. »

Un silence hérité du passé

Chez les générations plus âgées, de nombreuses personnes LGBTQ+ hésitent encore à s’afficher parce qu’elles portent un lourd héritage de honte, de discrimination et de rejet, a rappelé Line Chamberland, sociologue et professeure retraitée de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) lors d’un symposium sur les réalités des aînés LGBTQ+, organisé récemment par la Fondation. « Historiquement, l’homosexualité était criminalisée, pathologisée et condamnée par les grandes religions. C’était un péché, un crime ou une maladie. »

Depuis, il y a eu de grandes avancées, mais certains préjugés demeurent tenaces. En fait, 42 % des personnes évoluant dans les milieux aînés affirment avoir entendu des propos négatifs ou des préjugés envers les personnes LGBTQ+ dans ces lieux, selon un sondage Léger de 2025. De plus, 62 % estiment que ces environnements sont peu ou pas ouverts à la diversité sexuelle et de genre.

Résultat : une culture du silence qui perdure.

Cela crée un cercle vicieux, selon Julien Rougerie. Comme les milieux estiment qu’il n’y a pas de personnes aînées LGBTQ+, ils ne posent pas de gestes pour montrer leur ouverture, en affichant un drapeau arc-en-ciel ou en organisant des activités de sensibilisation, par exemple. Cela vient donc raviver les craintes de ces personnes, qui ne se sentent pas en confiance pour se dévoiler.

La force du collectif

C’est justement pour pouvoir être soi-même sans appréhension que Gaétan Ouellet s’est tourné vers Aînés et retraités de la communauté gaie (ARCG), dont il est aujourd’hui le président. Cet organisme à but non lucratif permet à des hommes gais de 50 ans et plus de socialiser sans craindre le jugement des autres.

« Les personnes aînées ont souvent tendance à être timides dans l’espace public, observe l’infirmier à la retraite. Mais nous devrions sortir du mythe de la jeunesse éternelle et montrer qui nous sommes, peu importe notre âge, sans masquer nos réalités. »

Pour Catherine Savaria, il n’est plus question de se cacher. Le chemin pour accepter son lesbianisme a été trop long. À 72 ans, elle refuse catégoriquement l’idée de devoir dissimuler qui elle est, peu importe le milieu dans lequel elle pourrait un jour vivre – résidence, CHSLD ou encore chez elle, dans son condo. Dans tous les cas, elle compte rester visible et fidèle à elle-même.

Mais le fardeau de l’inclusion ne devrait pas reposer sur les épaules des personnes LGBTQ+ comme elle.

Femme trans de 67 ans, Béthanie Cloutier croit que les personnes alliées ont un rôle essentiel à jouer pour créer des lieux de vie plus sécurisants pour tout le monde. « Si on additionne tous les proches et la famille des personnes LGBTQ+, cela représente probablement au moins 50 % de la population qui peuvent aussi dénoncer les discours haineux. »

Comme le silence peut être complice, elle invite d’ailleurs les personnes alliées à réagir lorsqu’elles sont témoins de blagues dégradantes ou entendent des propos désobligeants. Car c’est ainsi qu’on repousse les préjugés. Et c’est aussi grâce à cette chaîne de solidarité que les personnes aînées pourront vieillir en toute confiance, peu importe leur situation.

Bienveillance et ouverture : voilà deux mots clés pour celle qui s’est engagée auprès de la Fondation Émergence après sa transition, à l’âge de 58 ans. « Si on se montre respectueux, de part et d’autre, ce sera plus facile de se comprendre. Je suis consciente que ça puisse être difficile à accepter pour certaines personnes, mais on veut juste vivre notre vie paisiblement et aimer qui on veut. »

Braver le ressac

Elle craint néanmoins un ressac avec tout ce qui se passe aux États-Unis. Déjà, elle constate que les commentaires négatifs sont de plus en plus décomplexés dans l’espace public. Et les recherches montrent aussi un recul quant à l’acceptation de la diversité chez les jeunes du Québec.

Dans ce contexte, il est d’autant plus important d’encourager la visibilité des personnes issues de la diversité sexuelle « Le Québec est une terre de liberté et d’accueil exceptionnelle comparativement à d’autres régions du monde où les personnes homosexuelles sont emprisonnées, rappelle Gaétan Ouellet. Il faut donc continuer à porter haut et fort cette liberté que nous avons acquise de haute lutte. C’est pour cela qu’il ne faut pas retourner dans le placard. »

Quand l’exclusion devient de la maltraitance

Insultes, blagues méprisantes, exclusion ou entrave à l’expression de la sexualité, notamment en contexte d’homophobie ou de transphobie, constituent des formes de maltraitance. La Ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés (LAMAA) offre écoute, soutien et références. Vous vivez ou êtes témoin d’une situation de maltraitance? Appelez le 1 888 489‑2287 ou visitez lignemaltraitance.ca.

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