L’érection : ce qu’elle révèle sur votre santé
Il a d’abord cru que c’était le stress. Puis la fatigue. À 63 ans, Jean-Paul ne s’inquiétait pas outre mesure lorsqu’il éprouvait quelques difficultés à obtenir une érection. Lors de son dernier examen médical, voilà qu’il apprend qu’il souffre d’un début de diabète et d’hypertension. Il ignorait que la dysfonction érectile pouvait en être l’un des premiers indices…
Avec les années, les érections peuvent mettre plus de temps à apparaître, être moins fermes ou nécessiter davantage de stimulation. Après tout, à 65 ou 70 ans, il est tout à fait normal que la réponse sexuelle ne soit plus la même qu’à 25 ans. La dysfonction érectile devient également plus fréquente avec l’âge et, toutes sévérités confondues, touche environ la moitié des hommes après 50 ans.
Quand le pénis sonne l’alarme
Cela dit, une difficulté persistante à obtenir ou maintenir une érection ne devrait pas être considérée comme une conséquence normale du vieillissement. Au contraire, elle constitue parfois un signal d’alarme révélateur d’un problème de santé sous-jacent.
« Les symptômes de la dysfonction érectile sont parfois les premiers indices cliniques d’une pathologie vasculaire silencieuse », révèle, dans une synthèse scientifique qu’il dirige, le Dr Serge Carrier, professeur à la division d’urologie du département de chirurgie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université McGill.
Les symptômes de la dysfonction érectile sont parfois les premiers indices cliniques d’une pathologie vasculaire silencieuse.
L’une des raisons est liée à la taille des artères du pénis, beaucoup plus petites que celles qui irriguent le cœur. Lorsque des plaques de cholestérol commencent à les obstruer, les difficultés érectiles peuvent faire leur apparition plusieurs années avant les premiers symptômes d’une maladie cardiovasculaire.
La dysfonction érectile devient alors un symptôme sentinelle. L’Association américaine du cœur signale à cet égard qu’elle peut précéder un infarctus ou un AVC de deux à cinq ans.
Un indice possible de diabète
Au-delà des maladies cardiovasculaires, les troubles érectiles constituent chez certains hommes le premier indice d’un diabète de type 2 passé inaperçu. Une glycémie élevée durant des années endommage peu à peu les petits vaisseaux sanguins et les nerfs responsables de l’érection.
Certains hommes consultent ainsi pour une dysfonction érectile avant même de savoir qu’ils sont diabétiques. Les spécialistes de Diabète Canada rappellent qu’un contrôle adéquat de la glycémie contribue aussi à préserver la santé sexuelle.
Ce que les troubles érectiles peuvent révéler d’autre
Les troubles érectiles peuvent parfois être le signe d’un déficit en testostérone. Bien qu’un problème hormonal n’explique qu’une minorité des cas de dysfonction érectile, certains indices peuvent mettre la puce à l’oreille, notamment une baisse marquée du désir sexuel, une fatigue persistante ou une diminution de la masse musculaire. Lorsqu’un déficit est confirmé, un traitement peut contribuer à améliorer la situation.
Les troubles érectiles peuvent également être le reflet d’une détresse psychologique. Stress chronique, dépression, anxiété de performance ou difficultés conjugales sont susceptibles de perturber les mécanismes de l’érection. Lorsqu’ils surviennent dans ce contexte, ils constituent parfois l’un des premiers signes visibles d’une souffrance psychologique qu’il importe de reconnaître et de traiter.
Une vaste enquête nationale relayée par le Dr Carrier met en lumière une réalité percutante : 38 % des hommes qui souffrent de dysfonction érectile disent que le problème a créé des tensions dans leur vie de couple. Ses répercussions dépassent donc largement la sexualité.
Pourquoi consulter sans tarder
Ignorer une dysfonction érectile persistante, c’est parfois laisser passer une occasion de détecter une maladie à un stade précoce. Pourtant, beaucoup d’hommes tardent avant d’aborder la question avec un professionnel.
L’Association des urologues du Canada recommande de consulter lorsque les difficultés se prolongent plus de trois mois ou qu’elles deviennent assez fréquentes pour nuire à la qualité de vie. Plus la consultation est précoce, plus il est facile d’en identifier la cause.
Cette démarche ne se limite évidemment pas à parler de la vie intime. On s’intéressera aux habitudes de vie, aux maladies déjà présentes, aux antécédents familiaux et aux médicaments. Certains hypertenseurs, antidépresseurs et traitements contre le cancer de la prostate peuvent notamment contribuer à la dysfonction érectile.
Un examen physique est habituellement suivi par la mesure de la tension artérielle ainsi que par des analyses sanguines visant à détecter, entre autres, le diabète et un taux élevé de cholestérol.
Agir sur la cause autant que sur le symptôme
La pratique régulière d’une activité physique, la perte d’un excès de poids, l’arrêt tabagique, une alimentation de type méditerranéen et une consommation modérée d’alcool profitent autant à la santé sexuelle qu’à la santé cardiovasculaire.
Lorsque des facteurs psychologiques sont en cause, un accompagnement en sexologie ou en psychologie est fortement suggéré. Enfin, des médicaments tels que le sildénafil (Viagra) et le tadalafil (Cialis) peuvent être prescrits.
La dysfonction érectile demeure un sujet délicat, mais elle ne devrait jamais être considérée comme une fatalité ou comme une simple conséquence de l’âge. Dans bien des cas, elle n’est pas le problème principal : elle est le message. Écouter ce message, c’est parfois découvrir un problème de santé avant qu’il ne provoque des conséquences beaucoup plus graves. Voilà une bonne raison de remplacer la gêne par certains gestes qui vont permettre d’améliorer son bien-être global.
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