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La colombe et le pigeon : le chant du cygne de Francine Ruel

Culture
Entrevue
Johanne Mercier
Francine Ruel

Que ce soit comme auteure pour la télévision, le théâtre ou la chanson, Francine Ruel a toujours prêté ses mots à d’autres interprètes. Avec La colombe, le pigeon et moi, qu’elle présentera à travers le Québec à compter de l’automne, elle les garde pour elle dans un spectacle qui, ironiquement, sera son chant du cygne.

Francine Ruel adore la scène, mais, depuis quelques années, les offres se font rares. « Il y a bien peu de cheveux gris à la télé ou au théâtre, alors autant se servir soi-même », dit-elle avec entrain. Voilà pourquoi elle a décidé de réunir ses deux livres à succès, Ma mère est un flamant rose et Mon père est un commis voyageur, pour en tirer une histoire unique et porteuse.

Il y a bien peu de cheveux gris à la télé ou au théâtre, alors autant se servir soi-même.

Replonger dans l’enfance

Dans La colombe, le pigeon et moi, Francine Ruel replonge dans son histoire familiale marquée par le départ de son père, un commis voyageur qui est parti un jour sans revenir. « Il a laissé ma mère avec cinq filles âgées de huit mois à huit ans, dont moi, qui en avais sept. Colombe était une mère formidable : drôle, magnifique, féministe avant l’heure, qui nous a guidées avec une force incroyable. »

Ce n’est pas d’hier que Francine Ruel souhaite soulever le voile sur sa famille pas comme les autres. À 12 ans, elle rêvait de rédiger un roman sur sa mère, sans en comprendre tout à fait les implications. Mais, chose certaine, elle savait déjà qu’elle voulait écrire, jouer, créer… Sa carrière l’habitait avant même d’exister.

Une comédienne, deux personnages

Dans le solo théâtral qu’elle propose, la comédienne joue deux personnages : Franchon, 7 ans, et Francine, 77 ans. D’un côté, la petite fille surnommée ainsi par sa mère ; de l’autre, la femme qui regarde aujourd’hui son enfance dans le rétroviseur de la vie avec tendresse et humour.

C’est le metteur en scène Marcel Pomerlo qui lui a soufflé l’idée à l’oreille. Francine Ruel a hésité, puis s’est dit : « Pourquoi pas ? »

Sans se douter de la somme de travail que cette entreprise nécessiterait, l’auteure s’est mise à la tâche et a écrit le texte du spectacle d’une seule traite. Puis elle l’a testé auprès d’un auditoire choisi ; les commentaires ainsi recueillis ont engendré plusieurs versions. « Durant l’année qu’a duré le processus de création, j’ai été possédée par mon sujet presque 24 heures sur 24 : en marchant, en prenant mon bain, en cuisinant et même la nuit, quand les idées m’empêchaient de fermer l’œil. »

Pas de favoritisme dans ce scénario : Francine Ruel fait une part égale à sa mère et à son père, disséquant l’impact de la présence de l’un et de l’absence de l’autre. À ce sujet, elle aime évoquer le musicien Bono, chanteur de U2, qui a souvent parlé de l’importance du manque dans le processus créatif. « Je me dis qu’il est parfois intéressant de constater que le cadeau que vous fait la vie, c’est l’absence de quelque chose ou de quelqu’un. Car, du coup, vous devez remplir ce vide coûte que coûte. »

Ce vide occupe souvent une grande place dans les balbutiements de nos parcours. Voilà pourquoi Francine croit que tous retrouveront dans sa pièce un bout de leur enfance, puisque ce récit fait vibrer des cordes sensibles communes à presque tous les enfants devenus grands.

C’est incroyable l’énergie que ça demande. Le secret est de s’entraîner et de garder la bonne humeur.

Sans filet

Sur scène, tout un défi : Francine Ruel est seule dans son carré de sable. « Durant les répétitions, il m’a fallu un certain temps pour assimiler que je n’aurais pas de partenaire de jeu. J’attendais en vain qu’on me donne la réplique ; il n’y avait personne à côté de moi pour relancer la machine. C’est incroyable l’énergie que ça demande. Le secret est de s’entraîner et de garder la bonne humeur. »

La comédienne a aussi dû faire un travail d’abnégation : oublier l’auteure pour laisser toute la place à la comédienne, un pas qu’elle franchit pour la première fois — et probablement la dernière…

Au crépuscule d’une carrière riche, Francine Ruel la résume en ces mots : « Je me suis longtemps cherché un habit de lumière, comme une seconde peau ; je l’ai trouvé sur scène et à ma table d’écriture, entre l’encre et le papier. »

Cette fois, sous les projecteurs, ce rayon de lumière jettera aussi un nouvel éclairage sur l’héritage d’une colombe et d’un commis voyageur.

 

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