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Planification successorale : ce qu’il faut dire à vos proches

Argent
Succession
Julie Chaumont

La planification successorale ne se résume pas à la rédaction d’un testament. Pour faciliter le règlement de votre succession, vos proches doivent aussi savoir où trouver vos documents, qui contacter et quelles sont vos volontés. Une conversation parfois délicate, mais essentielle pour leur éviter bien du stress lorsqu’ils auront à prendre le relais.

Il y a quelques mois, Ginette Labelle a pris un moment avec ses deux enfants pour leur transmettre une lettre précieuse. Elle y détaille tout ce qu’ils doivent savoir pour régler sa succession efficacement : emplacement des documents importants, nom du notaire, liste des institutions à contacter, comptes à fermer, coordonnées du propriétaire à aviser… tout y est.

« J’imagine qu’ils n’aiment pas trop penser à ça, dit-elle. Ils ne posent pas de questions, mais ils m’écoutent. » Même si la conversation peut être malaisante, Ginette préfère l’avoir maintenant plutôt que de laisser ses enfants naviguer seuls, sans repères, quand elle ne sera plus là.

Outiller vos héritiers

Si vous avez déjà quitté un emploi, vous savez sans doute à quel point la passation des savoirs est une étape importante pour la personne qui prend le relais. C’est la même chose pour une succession. Vous avez le devoir d’informer, au meilleur de vos connaissances, vos héritiers, car les questions auxquelles ils feront face seront nombreuses : avez-vous des placements et, si oui, où sont-ils investis? Avec quelles institutions financières faites-vous affaire? Quelles sont les coordonnées des personnes qui s’occupent de vos finances? Quels sont vos codes d’accès et mots de passe? Quels réseaux sociaux utilisez-vous et comment y accédez-vous? Etc.

Daniel Morin, planificateur financier chez IG Gestion de patrimoine, suggère de regrouper toutes les informations au même endroit, comme l’a fait Ginette Labelle. Il suggère aussi de rassembler le plus possible vos actifs dans le même établissement. « Certaines personnes regroupent leurs investissements dans une ou deux institutions financières plutôt que d’en avoir une multitude. Sinon, ça peut devenir très compliqué pour le liquidateur, qui doit alors gérer une succession auprès d’une douzaine de banques, par exemple. Vous ne voulez pas laisser ce trouble à vos enfants. »

Éviter les surprises

En matière de planification successorale, un des conseils que donne Geneviève Coupal, notaire et directrice principale, Fiducie et Services conseils chez Trust Banque Nationale, est d’en parler aux personnes directement impliquées, notamment le liquidateur testamentaire. « Je dis toujours aux gens : si, au moment de votre décès, la personne ne veut pas agir pour vous, vous venez déjà de perdre un niveau de liquidateur que vous avez nommé dans votre testament. »

Si, traditionnellement, c’est l’aîné de la famille qui était nommé pour s’en occuper, ce n’est plus nécessairement la norme aujourd’hui, notamment en raison de la complexité de certaines successions – une famille recomposée, un condo en Floride, un chalet dans le Nord, un immeuble à revenus à Montréal, etc. – qui peut rapidement rendre la tâche du liquidateur très lourde. « J’ai récemment eu un dossier où les deux liquidateurs nommés par la personne ont renoncé », révèle Mme Coupal. « Souvent, à ce moment-là, ça va être au tribunal de nommer un remplaçant », précise-t-elle.

Un silence qui peut nuire

La succession demeure un sujet délicat, parfois tabou. Pourtant, éviter la discussion peut mener à de mauvaises surprises.

« Au moment du décès, on découvre parfois une boîte de Pandore. Il vaut peut-être mieux l’ouvrir avant », dit Daniel Morin. Ainsi, si votre planificateur financier n’a jamais abordé le sujet avec vous, prenez les devants.

Vous pensez que le sujet risque de créer des remous au sein de votre clan? Certains planificateurs financiers acceptent de jouer les modérateurs lors d’un conseil de famille. « Aborder le sujet de son vivant, ça pourrait peut-être éviter des chicanes », ajoute-t-il.

Prendre soin des vivants

Cette discussion ne concerne pas que vos documents ou vos comptes bancaires à fermer. Elle présente aussi une belle occasion d’échanger sur vos valeurs ou votre parcours, et même de partager vos connaissances.

« Je dis souvent, dans le cadre d’une planification successorale, que le plus beau cadeau qu’on peut faire à nos enfants, c’est de leur donner une éducation de saine gestion, poursuit Geneviève Coupal. Si j’ai eu une façon d’être et de vivre qui m’a permis d’accumuler, c’est intéressant que mes enfants connaissent mon histoire et mes valeurs. »

Parler franchement de sa succession, c’est aussi une façon de prendre soin des gens qu’on aime une dernière fois. Quelques discussions parfois désagréables ou gênantes tenues aujourd’hui peuvent éviter beaucoup d’incertitude, de stress et de tensions demain. Au-delà des biens que l’on transmet, il y a aussi ce qu’on laisse derrière : les repères qui aideront nos proches à traverser une période déjà assez difficile.

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