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Maison vendue ! On fait quoi avec l’argent ?

Argent
Immobilier
Stéphane Desjardins

La maison est vendue. Maintenant, quoi faire de l’argent ? Après 55 ans, on suggère souvent de se replier sur des placements très conservateurs afin d’éviter de décaisser en pleine crise financière. Est‑ce vraiment la meilleure stratégie ? Pas nécessairement.

Pour y voir clair, il faut considérer deux éléments : où placer l’argent de façon sécuritaire et quel revenu il devra générer pour soutenir votre train de vie à la retraite.

Dès que le ou la notaire dépose le produit de la vente dans votre compte bancaire, il vaut mieux agir rapidement. Laisser ce capital dormir dans un compte d’épargne à faible rendement revient à s’appauvrir. Depuis 2019, l’inflation dépasse presque constamment 2 %, alors que les comptes d’épargne traditionnels rapportent à peine plus de 0,5 %.

La première étape consiste donc à diviser l’argent en deux parts :

La réserve

Cette réserve doit être investie dans des produits financiers facilement accessibles. L’objectif n’est pas de générer un rendement élevé, ni d’éviter les fluctuations, mais de constituer un coussin financier permettant de faire des retraits sans subir les contrecoups des marchés financiers.

« La valeur de cette réserve diminue lorsque les marchés baissent. Elle se reconstitue par elle-même quand la Bourse remonte. Elle doit couvrir des besoins étalés sur au moins quatre ans », explique Dany Provost, directeur de l’optimisation fiscale chez SFL Expertise.

En moyenne, les reprises après les principales crises ayant affecté les marchés mondiaux, entre 1970 et 2022, ont duré 49 mois, selon la firme PWL Capital.

Il faut combien dans la réserve ? Le montant à prévoir dépend d’abord de sa situation financière et de son train de vie. Sauf exception, les dépenses courantes restent sensiblement les mêmes avant et après la retraite : se loger, se nourrir, se déplacer, s’habiller, se divertir et réaliser certains projets.

Statistique Canada estime qu’à 65 ans, une personne peut espérer environ 15 années de vie en bonne santé, soit jusqu’à environ 80 ans. Cette période correspond aux années où l’on souhaite profiter pleinement de la retraite. Par la suite, il faut prévoir des dépenses additionnelles liées à une possible perte d’autonomie, comme les soins paramédicaux, l’aide au ménage ou à la cuisine ou les bains supplémentaires. Ces coûts peuvent facilement atteindre environ 2 000 $ par mois, que l’on vive à domicile, en résidence ou en CHSLD.

C’est pourquoi la réserve doit généralement couvrir plusieurs années de dépenses, afin d’assurer une marge de manœuvre en cas de marché difficile ou de dépenses imprévues. Pour déterminer le montant exact, une projection des revenus et des dépenses avec un ou une spécialiste en planification financière demeure essentielle. « Ça permet de confirmer si les dépenses, les projets de vie et les revenus sont réalistes, et si la personne risque de manquer d’argent en cours de route, en prenant en considération l’épargne, les rentes gouvernementales et la fiscalité », précise Dany Provost.

Le trésor de guerre

Pour son trésor de guerre, il faut choisir des produits financiers qui allient sécurité et rendement. C’est un peu la quête du Graal.

« Mais il faut continuer à investir dans les marchés, poursuit Dany Provost. Car la Bourse représente la source de rendement la plus avantageuse. » En fait, un dollar investi en actions en 1969 en valait plus de 16 en 2024 (valeur d’achat réelle). Depuis 1970, le rendement moyen des actions canadiennes a atteint 10,55 %, et celui des actions américaines, 12,23 %, selon PWL Capital. Et ces chiffres tiennent compte des plus importantes crises boursières : pétrole (1973), inflation des années 1980, lundi noir (19 octobre 1987), crise asiatique (1997), bulle dot-com (2000), attentats du 11 septembre 2001, crise du papier commercial (2007), récession de 2008 et COVID-19 (2020).

Il peut être sage de résister à la tentation de miser sur des produits financiers très conservateurs, comme les certificats de placement garanti (CPG) ou les bons du Trésor, au rendement famélique. La stratégie la plus éclairée et la moins stressante est de choisir des fonds communs ou FNB équilibrés ou indiciels. Par exemple, le FNB Vanguard de l’indice S&P 500 de la Bourse américaine a dégagé un rendement de 15,2 % sur dix ans, tandis que le FNB iShares MSCI Minimum Volatility Canada en a offert 8,72 % sur la même période. On parle ici de produits pépères, aux frais de gestion restreints.

En revanche, un portefeuille équilibré contient à la fois des actions de sociétés établies et des obligations. Ces dernières sont souvent considérées comme un investissement conservateur, mais elles rapportent davantage qu’un CPG.

« Les gens qui ont de la misère à tolérer les soubresauts des marchés boursiers alors qu’ils sont actifs sur le marché du travail ne changeront pas d’attitude une fois à la retraite, ajoute Dany Provost. Il faut donc apprendre à vivre avec les cycles boursiers. Si on retire notre argent lorsque le marché baisse pour investir dans des produits garantis, on en subit doublement les conséquences, car, après 65 ans, on ne pourra jamais se refaire. »

Ces pistes de réflexion demeurent générales et doivent être adaptées à chaque situation. Avant de prendre des décisions importantes, il est recommandé de consulter un ou une spécialiste des finances.

 

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