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Alain Choquette | La magie opère encore

Culture
Entrevue
Frédérique Charest
Le magicien Alain Choquette sur scène lors du spectacle Entre histoires et illusions.

En tournée partout au Québec avec Entre histoires et illusions, Alain Choquette revisite les grands moments d’une carrière bien remplie. Rencontre avec un magicien qui, après plus de 35 ans sur scène, n’est pas près de disparaître de notre paysage culturel.

« Honnêtement, je pense que j’ai encore 10 ans dans le corps », lance le célèbre magicien qui a d’abord percé à Ad Lib, le talk-show animé par Jean-Pierre Coallier dans les années 1980. « Tant que les gens veulent me voir et que j’ai du fun à le faire, je vais continuer. »

Continuer, ça veut notamment dire prendre la route jusqu’en mai 2027 pour présenter son 12e spectacle en carrière. Ce nouveau show représente en quelque sorte une rétrospective de ses plus grands moments vécus sur scène et sur les plateaux de télé, ici comme aux États-Unis ou en France.

« Quand on a commencé à concevoir ce spectacle, on vivait un peu le syndrome de la page blanche… C’est un peu insécurisant », partage l’illusionniste de 64 ans. « Puis, je me suis mis à raconter des anecdotes à mon équipe. Je leur disais : “Rappelez-vous quand on a fait ça…” Une demi-heure plus tard, on jasait encore de souvenirs. »

Ainsi est née l’idée du spectacle.

Sur scène, anecdotes, archives vidéo et versions revisitées de ses illusions les plus célèbres se succèdent pour retracer les grandes étapes de son parcours. L’un des numéros reprend même l’idée d’un tour présenté dans son premier spectacle, en 1994, alors qu’il coupait un cheval en deux. Faute d’en avoir un sous la main, c’est désormais un enfant qu’il tranche…

« Le spectacle est donc un peu nostalgique, très drôle et très interactif. Il y a aussi quelques moments plus poétiques », résume-t-il.

Tant que les gens veulent me voir et que j’ai du fun à le faire, je vais continuer. 

Comme une PME…

La magie n’est pas forcément le divertissement qui captive le plus l’univers médiatique québécois. Pourtant, Alain Choquette demeure actif depuis plus de quatre décennies. La clé de cette longévité ? « J’ai mené ma carrière comme une PME. »

Après tout, business est aussi important que show dans le mot showbusiness. Avec son fidèle collaborateur Bertrand, puis, plus récemment, avec l’équipe d’Entourage, il a soigneusement choisi ses projets, limité sa surexposition médiatique et protégé son image publique.

« Il fallait parfois laisser les gens nous oublier un peu, puis revenir au bon moment. »

Cette approche lui a permis de traverser les nombreuses transformations de l’industrie du spectacle. Mais pour durer aussi longtemps, il fallait aussi éviter de tourner en rond.

Une fois solidement établi au Québec, Alain Choquette a constamment cherché de nouveaux sommets à conquérir. « Par exemple, j’ai présenté 652 shows à Paris », rappelle-t-il.

Cette aventure française ne s’est pas faite en claquant des doigts. En parfait inconnu, il a organisé des spectacles tests, attiré l’attention des critiques et des médias, puis réussi à se faire une place à la télévision. Ce qui devait être un séjour de quatre mois s’est finalement transformé en quatre ans.

« Pour quelqu’un qui arrivait là-bas comme parfait inconnu, c’est pas mal », reconnaît celui qui a aussi présenté des tournées en Belgique et en Suisse.

Plus récemment, il s’est même lancé le défi de monter un spectacle en Italie.

« J’avais six mois pour me préparer. Je traversais l’Abitibi en répétant mon texte en italien dans la voiture », raconte-t-il avant de lancer quelques mots dans la langue de Dante.

Il fallait parfois laisser les gens nous oublier un peu, puis revenir au bon moment. 

Une autre façon de faire de la magie

Comme bien des choses dans le milieu du divertissement, la magie a beaucoup évolué depuis les années 1980. Celui qui a déjà vendu des tours à David Copperfield estime toutefois que son équipe a contribué à transformer cet art en y ajoutant davantage d’émotion et de théâtralité.

À une époque où la magie reposait surtout sur la démonstration et les effets spectaculaires, il cherchait plutôt à raconter des histoires. Il compare volontiers cette approche à celle qu’a apportée le Cirque du Soleil dans son propre domaine. Son influence se fait encore sentir aujourd’hui. Récemment, un magicien a présenté une version adaptée d’un de ses numéros, vieux de 20 ans, à l’émission America’s Got Talent.

Le contexte dans lequel évoluent les illusionnistes a toutefois beaucoup changé, notamment en raison du Web et des plateformes comme TikTok. Dans cet univers où le temps d’attention est de plus en plus faible, Alain mise encore sur ce qui a fait sa force.

« La magie moderne est extrêmement spectaculaire, mais je trouve qu’on perd parfois un peu d’émotion dans tout ça. Quand on met constamment le paquet pendant cinq ou six minutes, c’est un peu comme regarder la finale d’un feu d’artifice. C’est impressionnant, mais on oublie qu’il peut aussi y avoir une progression, un rythme, des nuances. »

Vieillir sous les projecteurs

Vieillir comme artiste comporte aussi ses défis. Après plusieurs décennies dans le paysage culturel québécois, Alain Choquette constate qu’il est plus difficile d’attirer l’attention des médias qu’à l’époque où il représentait une nouveauté.

« Quand ça fait longtemps que tu es là, les gens ont parfois l’impression de te connaître depuis toujours. On cherche davantage la nouveauté, les nouvelles tendances. »

Difficile, donc, de se faire une place pour promouvoir ses nouveaux projets.

Désillusionné ? Non, mais conscient de la réalité du métier. Lorsqu’il arrivait en France, où personne ne le connaissait, il retrouvait justement cet avantage de la nouveauté. Il croit néanmoins que le Québec célèbre parfois moins ses artistes de longue carrière que les Européens ou les Américains.

Heureusement, l’expérience apporte aussi certaines forces, notamment dans le secteur corporatif, où son expertise et son professionnalisme sont particulièrement recherchés.

J’apprécie beaucoup plus le moment présent. Quand on est plus jeune, on est souvent davantage dans la performance, dans le désir de plaire, dans la recherche de la perfection.

Le plaisir de la scène

À bientôt 65 ans, Alain Choquette n’est pas près de saluer la foule une dernière fois.

Certes, l’époque où il pouvait enchaîner sans conséquence des horaires démentiels est derrière lui. Plus question de faire 18 spectacles par semaine, comme il le faisait à Las Vegas à une autre époque. Son métier demeure néanmoins exigeant.

Heureusement, la forme est au rendez-vous. Alain privilégie aujourd’hui un rythme de travail qui lui permet de récupérer entre les représentations. Son secret n’a pas été puisé dans un grimoire, mais dans de bonnes habitudes de vie : sommeil, activité physique, alimentation et discipline.

« Je vais peut-être prendre un verre de vin plutôt que trois », lance-t-il en riant.

Alors qu’il est à l’âge où plusieurs pensent à la retraite, Alain affirme prendre encore plus de plaisir à son métier qu’à ses débuts. S’il continue, ce n’est ni par ambition ni par habitude.

« J’apprécie beaucoup plus le moment présent. Quand on est plus jeune, on est souvent davantage dans la performance, dans le désir de plaire, dans la recherche de la perfection. Moi, cette pression-là a disparu. Aujourd’hui, je suis ce que je suis et je m’amuse avec les gens. »

Il donne en exemple un numéro dans lequel il appelle des inconnus au hasard et diffuse la conversation dans la salle. Tout peut arriver.

« L’autre soir, je me suis présenté au monsieur qui avait décroché et il m’a répondu : “Alain Choquette ? Vous n’êtes pas à la retraite, vous ?!” »

Il en rit encore. À l’entendre parler de ses projets, une chose est claire : la retraite n’est manifestement pas pour demain.

 

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