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Denis Bouchard et Daniel Lemire | Sur scène, entre chums

Culture
Entrevue
Michèle Lemieux
Denis Bouchard et Daniel Lemire

Depuis près de 40 ans, Denis Bouchard et Daniel Lemire entretiennent une relation professionnelle qui s’est transformée en une solide amitié. Leur complicité saute aux yeux, tout comme la profonde admiration qu’ils se portent. Rencontre avec deux bons chums qui, pour la première fois de leur carrière, monteront ensemble sur scène.

Dans le monde du spectacle, on croise bien des gens, mais on ne développe pas nécessairement de relations à long terme. Pourtant, Denis Bouchard et Daniel Lemire reviennent souvent l’un vers l’autre.

« Denis a signé plusieurs de mes mises en scène », se souvient Daniel, en remontant le fil des décennies jusqu’aux années 80. « En fait, j’ai fait tous ses shows qui ont marché », réplique Denis en riant.

Je n’ai pas envie de prendre ma retraite, Denis non plus. Faire rire les gens, je trouve que c’est un grand plaisir dans la vie.
Denis Bouchard et Daniel Lemire
Photo : Patrick Séguin; maquillage : Véronique Prud’Homme; stylisme : Karine Lamontagne

Selon Denis, Daniel a un redoutable sens de la répartie. En effet, il ne se gêne pas pour lancer quelques piques pendant l'entrevue (à notre grand plaisir).

Une complicité à l’épreuve du temps

Le duo est assis côte à côte dans un studio photo de Montréal, où nous les avons rencontrés pour parler de leur nouveau spectacle, 100 ans de carrière (à deux), présenté en rodage dans plusieurs villes du Québec.

Au moment de la rencontre, ils sont encore en plein processus de création. Le travail est intense, mais pour ces deux vétérans, c’est avant tout du bonheur.

« On n’a pas beaucoup d’attentes, confie Daniel. On fait ça pour s’amuser. Je n’ai pas envie de prendre ma retraite, Denis non plus. Faire rire les gens, je trouve que c’est un grand plaisir dans la vie. »

Pourquoi monter ce projet en duo, maintenant ?

« Ce qui est le fun d’être deux, c’est que si le show ne marche pas, je peux lui mettre ça sur le dos, blague Daniel. Quand t’es seul, c’est plus compliqué… »

Ils se lancent des piques, se taquinent, mais, derrière l’humour, chacun prête une oreille attentive aux commentaires de l’autre.

« On se connaît beaucoup, Denis et moi. On voit la vie de la même manière sous bien des aspects. J’aime son ouverture d’esprit. Et on est tous les deux fascinés par l’histoire derrière l’histoire. »

« On est curieux, renchérit Den, on essaie de comprendre les situations, de trouver un angle comique aux choses. Et, à certains égards, on n’a pas d’ego. On se connaît et on se respecte assez pour se dire ce qu’on pense. »

« Au final, on va toujours vers la meilleure idée… et c’est souvent la mienne ! », ajoute Daniel, fidèle à lui-même.

« Daniel est la seule personne qui peut rire de moi et qui me fait rire, révèle Denis. Il a un tel sens de la répartie ! Je ne me tanne pas de l’entendre. »

Un spectacle bien rempli

Après des années de collaborations, les deux complices s’offrent aujourd’hui le luxe de partager la scène. Au programme : des sketchs, plusieurs personnages — dont un duo de vieux chansonniers de retour après 30 ans de sabbatique — et du stand-up. Un menu bien garni qui leur permettra d’aborder différentes thématiques, dont l’actualité.

« Avec tout ce qui se passe en ce moment, on ne peut pas négliger ça, convient Daniel. Par contre, il faut trouver le bon angle. J’avoue que l’actualité n’est pas jojo depuis un bon bout de temps. »

Mais faire de l’humour aujourd’hui n’est plus aussi simple qu’il y a 20 ou 30 ans.

« Nous avons un public qui nous suit depuis longtemps, se réjouit Daniel. Heureusement, car, de nos jours, beaucoup de gens ont de la difficulté à capter le deuxième degré. C’est noir ou blanc, alors que l’humour est fait de zones grises. Quand on regarde ce qu’Yvon [Deschamps] faisait à l’époque, c’était provocant. »

« Il a été un modèle pour nous deux », ajoute Denis, qui se rappelle avoir été captivé par lui alors qu’il œuvrait comme metteur en scène de galas Juste pour rire.

On essaie de comprendre les situations, de trouver un angle comique aux choses. Et, à certains égards, on n’a pas d’ego.

Vieillir… et en rire

Aujourd’hui, Denis a 72 ans et Daniel, 70. Le spectacle leur permettra d’aborder de front la réalité que vivent désormais les deux septuagénaires — et, sans doute, celle de bon nombre de personnes assises dans la salle.

« Oui, il y a une certaine sagesse qui s’est installée, reconnaît Daniel, mais il y a aussi toutes sortes de problématiques liées au fait de vieillir ; ce n’est pas toujours négatif, mais c’est une réalité. Comme disait Yvon, ton autre choix à part vieillir, c’est de mourir… (rires) Alors moi, je n’ai pas de problème avec ça… pour le moment, en tout cas. »

Il fut un temps où Daniel montait sur scène jusqu’à 250 fois par année. Les temps ont changé, tout comme le niveau d’énergie, mais l’homme derrière les célèbres personnages de l’oncle George et de Rodney n’a rien perdu de son envie de créer.

« C’est ça qui me tient en vie. Moi, j’adore ce que je fais. Mais, évidemment, je ne le fais plus au même rythme. »

Son partenaire de scène hoche la tête.

« Moi, j’écris presque tous les jours. Certaines choses ne serviront peut-être jamais, mais heureusement, la majorité de ce que j’ai écrit ou mis en scène a fonctionné. Et même si on arrêtait de m’engager demain matin, je continuerais à écrire. C’est une passion. »

Hors scène, la vie suit son cours. Daniel s’occupe de ses petits-fils.

« Ça m’occupe et ça garde jeune. Je vis sur une terre à la campagne. Il y a toujours quelque chose à faire. Je lis beaucoup et j’aime cuisiner… même si le succès n’est pas toujours garanti ! »

Denis s’occupe lui aussi de sa terre et des arbres fruitiers qu’il cultive.

« Ça m’occupe beaucoup. J’adore ça ! Je travaille bien moins qu’avant, et c’est correct. J’ai énormément de plaisir à lire, à prendre le temps de faire les choses. J’ai découvert qu’il y avait une vie en dehors du travail… et j’en profite. »

Denis Bouchard et Daniel Lemire en couverture de Virage, le magazine de la FADOQ.

Denis Bouchard et Daniel Lemire sont en couverture du numéro Automne 2026 de Virage, le magazine de la FADOQ,

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