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De chercheuse à danseuse : la seconde vie enflammée de Louise Lafortune

Sports et loisirs
Parcours de vie
Johanne Mercier
Louise Lafortune pose en maillot de danse avec plusieurs médailles.

Le parcours de Louise Lafortune détonne, à l’image de sa chevelure rose‑lilas. Auteure de nombreux ouvrages sur l’apprentissage des mathématiques, cette chercheuse émérite s’est découvert à Cuba une passion tardive pour les danses latines, au point de se lancer en compétition… à 73 ans. Portrait d’une femme qui sait compter ses pas.

Un cadran sonne dans une chambre d’hôtel du centre-ville de Montréal ; il est six heures du matin. Louise Lafortune ne perd pas de temps. Elle se lève, se coiffe, applique un fond de teint, poudre ses joues de brillants, puis enfile une élégante robe noire d’un chic qui étonne pour l’heure hâtive. Ne lui reste plus qu’à attendre la maquilleuse qui viendra enflammer son regard. Il est à peine 9 heures lorsqu’elle prend l’ascenseur pour se rendre à l’étage de la grande salle qui accueille le Montreal Salsa Convention 2026.

Ce jour-là, Louise Lafortune participe à 21 compétitions de danses latines, d’une minute vingt chacune. Elle a choisi de danser sur des trames musicales improvisées plutôt que chorégraphiées, préférant l’aventure à la routine, et ça lui va bien. À la fin de la journée, elle aura ajouté 17 médailles à sa collection d’une centaine remportées depuis août 2024.

La science avant la danse

Louise Lafortune a la danse dans la peau depuis l’enfance. De 11 ans à 16 ans, elle suit des cours de ballet, aussi à l’aise dans son collant noir que sur les bancs d’école où les sciences la passionnent. Mais sa mère, qui la souhaite médecin comme son mari, l’incite à se consacrer uniquement à ses études. Adieu arabesques et pas de deux.

L’abandon du ballet ne réussit pas à éteindre sa passion. Adulte, Louise est immanquablement la première à se ruer sur les planchers de danse : twist, rock’n’roll ou disco, selon l’époque, la font bondir de son siège. Mais sa vie se passe ailleurs, à mener de savantes recherches, à donner des conférences, à écrire des articles scientifiques.

Cette musique me stimule, m’énergise. Au fil des ans, j’ajoute d’autres influences : salsa, bachata, meringue, cha-cha, hustle, kizomba. Je m’éclate. 

Le retour aux sources

En 2011, une amie lui propose d’aller en vacances à Cuba. Louise hésite. Après avoir fait le tour de l’Europe sur le pouce, traversé l’Atlantique sur un bateau russe, couché à la belle étoile en Grèce où elle apprenait le grec moderne, pas question pour elle de se la couler douce dans un tout-inclus.

En quelques voyages exploratoires au pays de Fidel Castro, elle se laisse imprégner par les danses latines, un univers chaud et lascif qu’elle découvre dans les bars, dans les rues, partout où la musique fait bouger les corps.   « L’amour de la danse me revient peu à peu, se souvient Louise. Cette musique me stimule, m’énergise. Au fil des ans, j’ajoute d’autres influences : salsa, bachata, meringue, cha-cha, hustle, kizomba. Je m’éclate. »

Un hiver chaud

À Montréal, le froid hivernal ne ralentit pas ses ardeurs : elle suit des cours avec Alberto Asturo. Mais c’est en déménageant à Laval en 2021 qu’elle trouve son âme sœur salsa en Steve Alvarez, directeur artistique et cofondateur de l’école Fuego Latino. Elle suit en moyenne trois cours par semaine avec lui et ils dansent ensemble dans les compétitions, bien qu’elle seule ne soit jugée. Ils cosignent aussi un livre, Plaisirs dans les danses latines. Comme quoi la pédagogue n’est jamais bien loin de la danseuse.

À plus de 70 ans, Louise aurait pu se contenter de danser au studio Fuego Latino ou en vacances dans le Sud. Mais en août 2024, elle participe à une première compétition. Le lendemain, elle veut recommencer.

« J’y suis allée à la suggestion de mon professeur, il avait vu juste, car je suis très compétitive, avoue-t-elle. J’ai aussi pu constater que les chorégraphies peuvent être adaptées aux capacités de chaque personne. »

Néanmoins, Louise est déçue de constater que sa catégorie regroupe les 50 ans et plus. « Je devais donc me mesurer à des danseuses ayant vingt ans de moins que moi, cela m’apparaissait injuste. La veille d’une compétition, j’ai eu l’audace de demander à l’organisateur pourquoi il ne créait pas une catégorie de 60 ans et plus… et c’est ce qu’il a fait ! »

Pour Louise Lafortune, la compétition est un feu roulant qui lui procure plaisir, forme physique et épanouissement. « L’adrénaline fait taire l’anxiété, ça vaut dix séances de thérapies, soutient-elle. Les bienfaits de la danse ne sont pas que psychologiques, bouger a sauvé mon genou d’une arthrose handicapante. En 2017, je marchais avec une canne et, aujourd’hui, je danse plusieurs fois par semaine… et je le ferai jusqu’à 95 ans ! »

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