Ni invisible ni « has been »
À l’aube de son 35e anniversaire, Virage entame une refonte importante. Se réinventer ainsi après tant d’années, c’est refuser de se reposer sur ses lauriers. Voilà un sentiment que je partage, car, encore aujourd’hui, je ne tiens rien pour acquis, et c’est ce qui me garde en état d’alerte permanent.
Le renouveau est assurément inscrit dans mon ADN. Depuis le début de ma retraite de TVA, je suis en constant renouvellement. Pourquoi ? Probablement parce que je refuse de m’éteindre. Je ne veux pas disparaître ni devenir invisible, et je veux encore moins être cataloguée comme has been. Je veux vivre chaque jour comme s’il était le dernier. Facile à dire, mais comment fait-on concrètement pour y arriver ?
Chaque matin, je me réveille en espérant une idée à développer. J’aime jouer, tenter, oser. Un exemple tout récent : un jour, je contacte une agence d’artistes, un peu sur un coup de tête. Elle m’accueille avec enthousiasme. Une semaine plus tard, on m’offrait un troisième rôle dans la série Indéfendable. Devenir comédienne à 75 ans ? Eh oui. Ça aussi, c’est se renouveler.
Je suis en constant renouvellement. Pourquoi? Probablement parce que je refuse de m’éteindre.
Une deuxième chance
Ma franchise légendaire m’oblige à vous avouer que l’âge vénérable de 75 ans, atteint en décembre dernier, me pousse à me revisiter. À réfléchir à mes possibilités, mes capacités, mes désirs, mes amitiés. Trois quarts de siècle, ce n’est pas rien, quand même !
Dans le métier que j’ai exercé, journaliste et animatrice, le renouvellement était constant : souvent exaltant, parfois frustrant. Ces expériences et ces accrochages m’ont menée là où je suis aujourd’hui, avec somme toute peu de blessures… même si j’ai parfois l’impression de vivre sur du temps emprunté.
La Jocelyne Cazin que vous avez connue à la télévision a aussi vécu une vie parallèle, pas toujours glorieuse. Mes problèmes d’alcool récurrents ont révélé une femme parfois honteuse. Heureusement, la vie m’a offert une deuxième chance. Et c’est précisément ce parcours, avec ses zones d’ombre, qui me donne aujourd’hui le désir et la capacité de continuer à me renouveler.
Je pourrais me contenter de ce que j’ai déjà accompli. Mais ce ne serait pas moi. Avec le temps, j’ai appris à choisir mes batailles, à devenir plus résiliente, tout en restant lucide.
S’adapter, une nécessité
Je pense sincèrement que ma capacité d’adaptation depuis quelques dizaines d’années pourrait bien me permettre de devenir centenaire. Et lorsque j’entends des gens dire : « Moi, ça fait 40 ans que je fais ça d’même, pas question de changer », j’ai surtout de la peine pour eux et pour leur entourage. Car ne pas s’adapter, c’est passer à côté de la vie.
Alors, à vous qui lisez ces lignes, je le dis haut et fort : se renouveler, pour moi, n’est pas un luxe, c’est vital. Chaque jour est une nouvelle chance de renaître, de s’adapter et de continuer à vivre pleinement, peu importe notre âge.
Comme moi, Virage ne tourne pas la page sur son passé : il s’en sert comme tremplin. Il s’adapte, non pas pour suivre la mode ni renier ce qu’il a été, mais pour demeurer vivant, pertinent et nécessaire. Car, au fond, ne pas se renouveler, c’est déjà commencer à s’éteindre.