VIRAGE
25 % des nouveaux mariés ont au moins 50 ans !
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La statistique surprend, n’est-ce pas ? Pourtant, les données sur les mariages compilées par l’Institut de la statistique du Québec sont claires : il y a eu plus de 22 200 mariages au Québec en 2019, entre personnes de sexe opposé ou de même sexe, et plus du quart de ces amoureux avaient l’âge d’être membres FADOQ !

Autre fait intéressant : 55 ans marque le point de bascule dans le statut matrimonial au moment du mariage. Entre 50 et 54 ans, il y a davantage de célibataires que de divorcés qui se passent la bague au doigt, alors qu’à partir du groupe des 55-59 ans, les divorcés sont plus nombreux. Cet écart s’accentue avec l’âge, bien qu’il y ait alors de plus en plus de veufs et de veuves parmi ceux qui donnent une seconde chance – ou plus ! – à ce rituel.

Dire oui pendant la pandémie

Les statistiques de 2020 démontrent qu’en début de pandémie, le nombre de mariages a fondu de moitié mais que la proportion de « jeunes » mariés de 50+ est demeurée intacte. Et la tendance semble se maintenir en 2022, année où les rassemblements sont à nouveau possibles.

Les 50+ composent  25 à 30 % de la clientèle de Johanne Tremblay, copropriétaire d’Événements J et l’Attraction. « Par exemple, j’ai préparé le mariage d’un couple de 75 ans, un veuf et une veuve, qui a eu lieu en juillet dernier. C’était l’aboutissement d’une belle histoire d’amour née durant la pandémie, grâce aux réseaux sociaux. D’autres clients se marient pour souligner 20, 25 ou 30 ans de vie commune », raconte Mme Tremblay, qui coordonne et planifie des mariages depuis plus de dix ans.

Elle observe autant de mariages que de remariages parmi les gens d’âge mûr qui l’engagent. Par ailleurs, les cérémonies avec un célébrant ont davantage la cote que les mariages à l’église. « La priorité pour la majorité de ces clients est que la réception soit un party réussi. La décoration de la salle passe au second plan », note Mme Tremblay.

Un clin d’œil de la vie

Qu’est-ce qui incite les 50+ à dire ou à redire « Oui je le veux » ? Virage a questionné quelques nouveaux mariés à ce sujet.

Romantique, Evelyne Cardinal se disait depuis toujours : « Un jour, je vais me marier ». Elle avait aperçu Pierre dans un restaurant il y a 35 ans. « J’avais remarqué ses beaux yeux et son regard bon. Il était marié à cette époque et moi, une adolescente. La vie a voulu qu’on se retrouve », raconte Evelyne, 53 ans, dont le parcours de vie a été parsemé de moments très difficiles.

De 19 ans son aîné, Pierre Gingras n’était pas réticent à ces épousailles, au contraire, même s’il avait déjà deux divorces à son actif. « J’ai trouvé la bonne et je voulais la marier », a-t-il dit à ce propos, précisant que c’était son « dernier mariage ». Après cinq années de fréquentations – et trois reports en raison de la COVID-19 ! –, le mariage civil a été célébré en présence de quelques proches, le 4 juin dernier.

« Un beau party de famille »

Scénario différent pour Madeleine Ferland, 68 ans et Paul St-Pierre, 79 ans. Ils vivent sous le même toit depuis plus de 45 ans et ont eu plusieurs enfants ensemble. Toutefois, puisque Paul était divorcé et que Madeleine tenait à un mariage religieux, ils ont attendu le décès de l’ex-épouse de Paul pour unir officiellement leurs vies, avec la bénédiction de leurs six enfants et de leurs 10 petits-enfants.

« Les enfants étaient heureux pour nous. Le mariage est devenu leur projet autant que le nôtre. C’était un maudit beau party de famille, avec 50 convives ! », relate Paul quelques jours plus tard, alors qu’il est en voyage de noces au Nouveau-Brunswick avec sa dulcinée. Et Madeleine d’ajouter : « Je peux enfin dire qu’il est mon mari, pas juste mon chum ! »

« Tout se fait ! »

Comme on le voit, il y a autant d’histoires de mariage sur le tard que de modèles de bagues. Mais y a-t-il des tendances pour les mariages dans ce groupe d’âge, ou encore des choses à éviter ? Spécialiste des mariages, Johanne Tremblay balaie la question du revers de la main. « Il n’y a pas de restrictions, tout se fait, peu importe l’âge. La clé est que la réception soit personnalisée », conclut-elle.

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Avant de faire la grande demande, informez-vous !

« Plusieurs futurs époux d’âge mûr sont convaincus qu’ils pourront signer un contrat à part afin de se soustraire au partage du patrimoine familial. Quand je leur apprends que ce n’est pas possible, il est fréquent que le projet de mariage tombe à l’eau », indique Me Éric Lavoie, notaire associé à l’étude Novallier.

Cet exemple démontre qu’il est important pour les cinquantenaires et plus d’être bien informés au moment de se marier ou de se remarier, eux qui ont accumulé des biens au fil des décennies et veulent les protéger.

Me Lavoie rappelle que seul ce qui sera accumulé pendant le futur mariage sera assujetti au partage du patrimoine familial en cas de rupture : maison, chalet, meubles, voitures, fonds de pension, etc. Lorsqu’on est dans la cinquantaine au moment d’un remariage, ça peut néanmoins représenter une rondelette valeur.

C’est pourquoi, en particulier dans le cas de ces unions sur le tard, il recommande la signature d’un contrat de mariage devant notaire, assorti d’une annexe faisant l’inventaire détaillé des biens de chacun au moment du mariage. Il suggère également l’ouverture de nouveaux comptes bancaires et de placements, pour que les intérêts accumulés, notamment, puissent être facilement calculés advenant une rupture.

Révisez aussi votre testament…

Les futurs époux doivent aussi réviser leur testament, d’abord pour s’assurer qu’il tient encore la route, puis pour mettre en place les stratégies fiscales les plus avantageuses.

« Parfois, malheureusement, les enfants sont en désaccord avec le remariage de leur parent. Dans ce contexte, on peut prendre des mesures pour éviter que le veuf ou la veuve soit impliqué d’un bout à l’autre avec les enfants dans le long règlement de la succession. Dans ce cas, selon la situation, il est facile de prévoir des legs particuliers en faveur du conjoint, comme la maison ou les REER par exemple, et tout le reste va aux enfants », illustre Me Lavoie.

…Et votre mandat de protection

Le mandat de protection doit aussi faire l’objet d’une relecture, sinon d’une révision. Et si l’on n’en a pas encore fait un, il est plus que temps d’y voir lors de ce changement de statut à l’automne de la vie.

« À tort, les gens pensent souvent qu’en l’absence d’un mandat, c’est le conjoint qui va s’occuper d’eux et de leurs affaires en cas d’inaptitude. Or, ce n’est pas automatique. Ça nous prend donc le fameux mandat de protection. Au moment d’un mariage, on peut choisir de nommer ou non notre conjoint comme mandataire. Il faut aussi prévoir des protections envers le conjoint, par exemple en ce qui concerne son occupation de la résidence si l’on devient inapte », fait valoir Me Éric Lavoie.

Autant de sujets à aborder avec un notaire avant le grand jour.